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La Lituanie est le dernier pays européen à avoir accepté le Christianisme, devenant en 1251 la fille cadette de l’Église. Ce pays, membre de la Communauté européenne se développe d’une façon vertigineuse. Prions pour qu’il puisse également puiser au cœur de ses propres trésors, dont le lieu béni de Siluva, village visité par la Vierge Marie.
En arrivant à Siluva, il me semble atterrir dans un autre siècle. De nombreuses maisons sont en bois. Une carriole tirée par un cheval traverse la rue. Le village est bordé d’une forêt de pins. Il paraît d’ailleurs qu’en survolant la Lituanie, on constate que les forêts de pins, de chênes et de bouleaux occupent un tiers du territoire. Je suis très surprise aussi de découvrir une grande croix à l’entrée d’une maison. En Lituanie, la Croix n’est pas une honte mais une fierté ! Signe du salut, elle nous accueille. De nombreuses croix en bois, sculptées ou ornées, se dressent aux carrefours des routes de campagne ou au coin des fermes. Elles ont ressurgi depuis 1990 avec l’indépendance du pays. Elles constituent, avec les croix en fer forgé qui ornent les cimetières, un art sacré reconnu par l’Unesco comme partie intégrante du patrimoine mondial !
Labadiana ! Bonjour. Nous essayons tant bien que mal d’établir un contact avec les gens du pays, ce qui n’est pas facile. Le lituanien est la langue la plus archaïque d’Europe et la plus proche du sanscrit ! Nous sommes logés dans un bâtiment tout récent construit par l’évêché. L’hiver, il accueille les futurs séminaristes en temps de propédeutique, et l’été il est habité par les pèlerins. Ce village est d’une extrême simplicité qui nous fait de suite plonger à Nazareth et entrer dans le mystère de l’Incarnation. C’est bien le sens pratique de la Sainte Vierge ! Marie est venue dans ce lieu et s’est montrée à des enfants...
Vierge ou démon ?
Le village était essentiellement composé de paysans. En 1608, des enfants faisaient paître les troupeaux tandis que les plus jeunes jouaient près d’un grand rocher. Soudain, ils virent sur le rocher une femme très belle portant dans ses bras un enfant. Des larmes coulaient de ses yeux. Les enfants prirent peur et aucun d’eux n’osa lui parler. Un garçon courut chez le catéchiste, calviniste, pour lui dire ce qu’ils avaient vu. L’histoire fit le tour du village et, le lendemain, un grand nombre de personnes se rendirent près du rocher. Parmi elles se trouvaient le catéchiste ainsi que le recteur du séminaire calviniste. Le catéchiste réprimandait les villageois, leur disant que ce n’était qu’une histoire d’enfants, à moins qu’il ne s’agisse du démon…
À ce moment-là, la Dame apparut à nouveau, des larmes sur le visage. Certaines versions des faits disent que tous l’entendaient pleurer, voire sangloter. Le catéchiste pris son courage à deux mains et lui demanda : « Pourquoi pleurez-vous ? ». La Dame, d’un ton triste, répondit : « Auparavant dans ce lieu, mon Fils était adoré et honoré, mais maintenant tout le monde fait ses semailles et cultive sa terre. » La Dame disparut aux regards de ceux qui étaient présents. Beaucoup d’entre eux avaient vu l’apparition.
Un bras de fer
Le village ne savait que penser. Pour les calvinistes, il s’agissait d’une supercherie. Il est vrai que le pays vivait pendant cette période un réel bras de fer entre protestants et catholiques. Le pays était devenu catholique quand le roi Mindaugas reçut le baptême en 1251 ; cependant les attaques et pillages continuels qu’il subissait ne permettaient pas à la foi de se répandre. En 1410, Vytautas le Grand pris le dessus, et l’un de ses conseillers construisit en 1457 une église à Siluva en l’honneur de la Nativité de la Vierge. En 1532, de nombreux nobles embrassèrent la foi de Luther. Parmi eux, un noble de Siluva qui y construisit une chapelle protestante. En 1550, les calvinistes se durcirent et forcèrent le peuple à embrasser leurs idées. Il semblerait qu’en 1570 l’église de Siluva ait été réquisitionnée par les calvinistes : à cette époque en effet, de nombreuses églises catholiques dans le pays étaient incendiées et leurs richesses confisquées. Les calvinistes à Siluva possédaient donc une église et un séminaire pour former pasteurs, catéchistes et enseignants catéchisés par des protestants.
Dans un tel contexte, l’apparition de la Dame était une réelle surprise pour les enfants. Ils ne connaissaient donc pas la Vierge. Ce qui est magnifique dans cette apparition est que Marie ne juge ni ne condamne qui que ce soit. Elle pleure et s’attriste devant ses enfants qui abandonnent son Fils.
Un guide aveugle
Alors que le village ne savait que penser devant ces étranges événements, un vieil homme, touché par la cécité, était inflexible : « Pensez ce que vous voulez, mais moi je vous dis que ce n’était pas le démon qui est apparu sur le rocher, comme les calvinistes voudraient que nous le pensions, mais bien la très Sainte Vierge Marie et son Fils en l’honneur duquel se tenait ici la vieille église catholique qui a été détruite, il y a plusieurs années.»
Suite à l’apparition, l’homme aveugle surprit l’émissaire de l’évêque qui l’interrogeait sur les événements. Non seulement cet homme connaissait bien l’histoire de son village mais, apprenant qu’à Siluva nul ne retrouvait les documents pour permettre à l’Église de récupérer ses biens, il déclara savoir où les papiers avaient été cachés ! Quand il arriva près du rocher de l’apparition, l’homme recouvra la vue. Il tomba à genoux, embrassa le sol et rendit grâces à Dieu. Il pointa alors le lieu où il fallait creuser. Ils trouvèrent une caisse en chêne couverte de métal. À l’intérieur, ils découvrirent non seulement les documents officiels de l’Église mais encore des ornements liturgiques, ainsi qu’une image de la Vierge à l’Enfant.
Trace de Sa présence
Notre-Dame de Siluva est une image miraculeuse. Certains pensent qu’elle serait l’une des icônes peintes par saint Luc. Elle aurait été ramenée de Rome par Vytautas le Grand, au XVème siècle, qui l’aurait offerte à son conseiller Petras Giedgaudas, celui qui a construit la première église à Siluva. Après avoir été déterrée, elle fut placée dans l’église de Siluva, récupérée par les catholiques grâce aux documents découverts. De nombreuses plaques votives en or et en argent y furent attachées. En 1671, elles furent fondues et l’on utilisa l’or et l’argent pour décorer l’icône. Des feuilles d’or et des pierres précieuses y furent ajoutées pour mettre en valeur sa beauté.
Le 8 septembre 1786, l’image miraculeuse fut solennellement couronnée d’une couronne d’or pur.
Aujourd’hui, Siluva, ce petit village qui n’a l’air de rien, garde une trace indélébile de la présence de la Vierge. L’église a été reconstruite, des séminaristes s’y réunissent et les pèlerins viennent y vénérer la Nativité de la Vierge Marie. L’autel a été restauré et l’image de la Vierge placé au centre. Depuis 1990, les militaires communistes ne barrent plus la route aux pèlerins. Le 8 septembre 1991, le Cardinal Vincentas Sladkevicius et le président du Parlement, Vytautas Landsbergis, ont consacré la Lituanie au Cœur Immaculé de la Vierge Marie. L’acte de consécration est conservé à Siluva. En 1993, Jean-Paul II s’y est rendu en pèlerinage.
Pendant les années communistes, le peuple s’est raccroché à la foi. Aujourd’hui, la Lituanie se relève et semble vouloir rattraper le temps perdu. Le matérialisme se développe à grande vitesse. L’Église catholique craint de voir un fossé s’élargir entre ceux qui restent accrochés à l’Église telle qu’ils la connaissaient avant le communisme et ceux qui désirent vivre Vatican II, sans parler de la plupart qui n’ont pas été catéchisés. La Sainte Vierge n’a cependant pas dit son dernier mot ! Dans ce petit "Nazareth" qu’est Siluva, la Sainte Vierge porte son Enfant, et ses larmes attirent la grâce sur ce lieu où l’on guérit de ses cécités. « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière ». Marie, mère de la Lumière sans déclin, déploie les grâces nécessaires pour le renouvellement de l’Église lituanienne.




