Saint Jean-Marie Vianney aux Etats-Unis
(Auteur: Cathy Brenti-photos Cathy Brenti - Parution F&L n° 258 de Février 2007)
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Du 6 au 15 octobre 2006, le cœur du Curé d'Ars a pris l'avion pour visiter les États-Unis. Cathy Brenti faisait partie de l'équipe qui a eu la chance d'accompagner ce pèlerinage. Elle adresse à Odile, de la rédaction de Feu et Lumière, le récit de cette rencontre.
Bien chère Odile,
Tu te rappelles, en septembre 2005, la première grande retraite internationale pour prêtres qui réunissait à Ars près de neuf cent prêtres de 71 pays différents ? Un prêtre américain avait alors demandé à Mgr Bagnard, l'évêque du lieu, la faveur d'accueillir dans sa paroisse située sur Long Island (New York) le cœur du saint Curé. L'occasion ? Les quatre-vingts ans de cette paroisse, la première aux États-Unis à avoir été consacrée à saint Jean-Marie Vianney, l'année suivant sa canonisation par Pie XI (1925).
Une célébrité dans l'avion
Monseigneur a formé une petite équipe avec les pères Philippe Caratgé, modérateur de la Société de prêtres Jean-Marie Vianney, et Jean-Philippe Nault, recteur du sanctuaire d'Ars… et ils m'ont emmenée, pour les aider avec la langue de Shakespeare ! Petit clin d'œil du Bon Dieu, car il semble bien clair que lorsque le Seigneur a donné à la Communauté des Béatitudes Jean-Marie Vianney comme un de ses saints patrons, il a ajouté au cadeau un appel particulier envers les prêtres.
Préparatifs du voyage assez laborieux et cocasses, puisqu'il s'agissait, entre autres, d'obtenir, du Ministère de la Santé et du Ministère de l'Intérieur américains, l'autorisation d'importer du " matériel infectieux " (le cœur !), auquel il fallait en plus attribuer un coût…
À la descente de l'avion, gardes du corps pour nous éviter la queue pour la douane, passage express, sous les yeux ébahis de l'équipage de l'avion et de tous les passagers, se demandant quelle célébrité ils avaient bien pu " rater " ! Caméras de télé, voiture de police avec gyrophare, bouquet de fleurs pour moi, bref, le grand jeu. Série américaine plus vraie que nature !
On sent Dieu partout !
Les cinq jours à la paroisse ont été impressionnants de piété, comme en témoignent les lignes qui suivent.
" Ces heures ont été les plus belles de ma vie, écrit une personne venue vénérer le cœur, on sentait Dieu partout, dans la patience de ceux qui faisaient la queue, dans celle des policiers qui faisaient la circulation et nous aidaient à traverser, partout… "
" En priant (devant la relique), j'ai senti une paix intérieure que je ne puis expliquer. Je suis revenue chaque jour, car je ne pouvais tout simplement pas m'en empêcher. "
" Aujourd'hui, je me sens comme Cendrillon, de retour à la vie ordinaire. Puissions-nous nous appuyer sur la ferveur et les grâces de ces jours si glorieux pour pouvoir sanctifier l'ordinaire. "
" Pour moi, cela a été comme une retraite, pour beaucoup un pèlerinage. Voir tous ces fidèles prier le chapelet en faisant la queue, prier avec ferveur devant la relique, m'a beaucoup touché. "
Religieux et religieuses sont venus par centaines, l'une d'entre eux témoigne : " Quel moment de grâce a été pour moi ce temps de "sainte attente" avec les autres pèlerins pour pouvoir entrer dans l'église, la célébration solennelle de l'Eucharistie, la vénération de la relique et la célébration du sacrement de réconciliation. J'ai vraiment pris conscience de l'abondance de grâces offerte à chacun des pèlerins. "
Les queues n'ont pas cessé. Des familles entières étaient présentes, ayant pour cela déserté école et travail. Une maman n'avait pas hésité devant les cinq heures de route à faire pour venir vénérer le cœur avec ses cinq jeunes enfants.
Des confessions non-stop
Après avoir attendu des heures pour la vénération, beaucoup faisaient de même pour pouvoir aller se confesser. Ils se disaient eux-mêmes surpris, car ils n'étaient venus que pour la relique… et le Seigneur les poussait jusqu'au confessionnal ! Les prêtres présents étaient bouleversés. L'un d'eux témoignait qu'en vingt-deux ans de présence dans cette paroisse, il n'avait jamais confessé autant en si peu de jours : de 8h à 22h presque non-stop !
Mgr Bagnard se faisait proche de chacun, dans une attitude de grande simplicité et de compassion, passant des heures debout à bénir chacun et à prier pour toutes les intentions. Les Américains présents, de tout âge et de toute condition, étaient touchés de rencontrer un évêque au cœur si paternel.
" Cette seule semaine a fait plus qu'une vie entière. Voir l'espérance et l'amour dans les yeux de ceux que nous connaissons dans la paroisse et ceux qui venaient de l'extérieur a été vraiment un cadeau du Ciel… Tous les cœurs sont comme unis par ce témoignage du Cœur du saint Curé pour l'éternité. "
Un riche paroissien a ensuite tout simplement mis son jet privé à notre disposition pour le voyage New York-Boston, comme dans un film : limousine, aéroport privé dans la nuit, embarquement immédiat, genre jet-set ! Situation d'autant plus anachronique et cocasse lorsqu'on se remémore les conditions d'extrême dépouillement dans lesquelles vivait le saint Curé…
Et après ?
Prions pour l'Église aux États-Unis, prions pour ses prêtres, pour les prêtres du monde entier, prions - pourquoi pas - pour une prochaine retraite internationale à Ars ? En 2009, célébrant ainsi le 150ème anniversaire de son retour au Père ? À suivre…
Boston
Boston est un énorme diocèse de huit cents prêtres, dans une terrible souffrance à cause des récentes affaires de pédophilie. Souffrance chez les prêtres, chez les laïcs, chez les évêques. Difficultés financières énormes, puisqu'il a fallu verser des dommages aux familles des victimes et, pour cela, vendre propriétés diocésaines et églises. Plusieurs diocèses américains se trouvent aujourd'hui en faillite…
Le cardinal Sean O'Malley, nommé depuis trois ans, est capucin ; un pasteur impressionnant venu plusieurs fois prier avec nous auprès des reliques. Il a clairement manifesté à son diocèse son intérêt et sa reconnaissance de la venue du Cœur, même s'il ne pouvait être présent à tout.
Deux tout jeunes prêtres responsables de la pastorale des vocations étaient chargés de toute l'organisation au séminaire, dans cette magnifique ville marquée par la colonisation anglaise.
Petite vie du Curé d'Ars
Né le 8 mai 1786 à Dardilly près de Lyon, Jean-Marie Vianney eut très jeune le désir d'être prêtre " pour ramener beaucoup d'âmes à Dieu ". Malgré d'énormes difficultés à apprendre le latin, il fut ordonné le 13 août 1815. Nommé curé d'Ars en 1818, il convertit rapidement les habitants de ce petit village déchristianisé par la Révolution. Pour l'entendre parler de l'amour de Dieu, pour se confesser et goûter la miséricorde, ce sont des milliers de gens qui viennent à lui : on compta 30 000 pèlerins en 1834.
Il mourut le 4 août 1859, entouré d'une foule en larmes et des prêtres des environs ; ses dernières paroles furent : Comme notre Seigneur est bon…




