Toc, toc, toc... Entrez, ma soeur !
(Auteur: Fabienne Lacoste-photos Petites Soeurs des Pauvres - Parution F&L n° 256 de Décembre 2006)
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Le moteur de la 4L toussote. Quatre petites sœurs habillées d'un manteau noir s'engouffrent dans la voiture.
" Seigneur, nous te confions toutes les personnes que nous allons rencontrer. Que nous demeurions sereines et joyeuses, face à toutes personnes rencontrées… Notre Père qui es aux cieux… Je vous salue Marie…, .Saint Joseph … Sacré Cœur de Jésus, Cœur Immaculé de Marie. "
Cinq jours par semaine, et le week-end dans les églises, les Petites Sœurs des Pauvres sillonnent les villes et les villages pour faire la quête. Suivant l'exemple de leur fondatrice, Jeanne Jugan, leur règle leur demande de dépendre de Dieu, de sa Providence sans revenu fixe et de la générosité de ceux qui les entourent. Pour créer en pratique l'unité du monde, afin que la famille humaine soit réelle, ceux ayant plus, partageant avec ceux qui n'ont pas, comme dans une famille.
Ici, à Angers, la plupart des habitants les connaissent et les reconnaissent. Depuis 1854, les sœurs vivent dans la ville pour s'occuper des plus pauvres parmi les pauvres. Leur quête ne vise pas l'amélioration de leur niveau de vie, mais l'attention aux personnes dont elles s'occupent.
La Quête est pour nous à l'image de notre recherche de Dieu dans la prière, nous ne l'atteindront qu'avec un cœur de pauvre et des mains vides. Gustave Thibon disait "qu'un don absolu ne pouvait tomber que dans des mains absolument vides", explique la sœur derrière son volant. ; elle poursuit : Nos mains vides, les gens les comprennent et donnent parfois de leur nécessaire, cela nous fait sentir notre petitesse. Qui plus est, en quête, nous rencontrons beaucoup de solitude, le grand mal de notre monde. Combien de fois une visite de Petite Sœur Quêteuse a sauvé des situations humaines difficiles.
La quête, c'est décapant, mais excellent pour l'orgueil ; la quête, c'est la confiance absolue en Dieu. L'Église mendiante doit être visible, l'Église est belle, mais pauvre. Il n'y a rien de pire que de s'installer ! On se perd, on a tout ce qu'il faut et on perd l'essentiel : la dépendance à Dieu.
Leur programme est déterminé bien à l'avance, la ville et les villages avoisinants sont répertoriés. Tout est prévu et réfléchi. Aujourd'hui, les sœurs se rendent au centre-ville. La 4L se gare, elles se séparent et, deux par deux, sillonnent les rues selon le plan qui leur a été confié. Avec douceur et amabilité, elles font du porte-à-porte.
- Bonjour, mes sœurs, entrez. Je pensais que c'était le plombier qui était en avance. La sœur de ma grand-mère était Petite Sœur des Pauvres… J'ai lu dans le journal que vous alliez agrandir… - Nous allons reconstruire, explique la petite sœur. Aujourd'hui, il nous faut absolument être dans les normes. Que feront les pauvres si nous partons ? Si on part, ils n'auront aucun endroit où aller. - Oui, c'est une vocation pour l'avenir, réplique la dame en signant un chèque.
Un vieux prêtre à la retraite les accueille à bras ouverts : C'est dur, ce que vous faites, je vous le dis ! Une dame ouvre sa porte avec un regard surpris : Je ne donne jamais pour ce genre d'œuvre.
Les portes des maisons et des appartements défilent. Certaines personnes sont étonnées de voir des religieuses devant elles. D'autres sourient. Certains ont juste le temps de dire non avant de refermer leur porte en vitesse.
Quand deux religieuses frappent à une porte, elles se mettent en position de petitesse, et permettent à celui qui ouvre d'être lui-même sans faux semblant, de parler simplement de sujets parfois difficiles, de problèmes dont ils ou elles ne peuvent s'ouvrir à personne . La Quête est sûrement un des moyens les plus contemporains pour ouvrir les cœurs à Dieu. C'est un travail magnifique, dont les joies ne se révèlent qu'à ceux qui la pratiquent, un peu comme la prière !
Les gens vous évangélisent… tel ce monsieur qui a perdu sa femme dans un accident de voiture. Il élève ses cinq enfants. Quelle lumière se dégage de lui ! Ma façon de prier, c'est cela : apprendre à être dans la joie, quoiqu'il arrive.
Depuis trente ans, sœur Geneviève fait la quête, été comme hiver, dans la ville ou dans la campagne. C'est bon pour l'humilité, dit-elle, le sourire aux lèvres. La douceur et la force de sœur Geneviève surprennent ; voilà une sœur épurée et pétrie par ces quêtes. Elle frappe aux portes et ajoute tout simplement : C'est pour la quête… pas de justification, pas de long discours, juste une demande.
La porte de l'auto-école s'ouvre. Un jeune homme sourit : Oh, je vous reconnais ! Il ne dit rien, ouvre son portefeuille, sourit encore et dit : À l'année prochaine ! C'est presque une histoire sans paroles.
La quête est inhérente à notre vocation, explique sœur Marie-Gabrielle. Au Japon et en Allemagne, cela nous est interdit et donc, nous n'avons pas à fonder de maison là-bas. Et dans les pays pauvres ? On peut effectivement se poser la question de savoir si c'est adéquat ou non. Un évêque a été très touché de cet aspect de notre vocation. Il nous a demandé de venir surtout à cause de notre charisme de la quête, car la quête est parfois la seule façon d'introduire et d'annoncer l'évangile. Le Cardinal Manning en Angleterre, à l'époque de l'anticatholicisme virulent, nous appelait ses " petites ouvreuses de portes ".
Pour cette jeune sœur, la quête est source d'une grande joie et de reconnaissance. C'est bouleversant de voir quelqu'un donner 3 €, en ayant bien conscience que c'est là toute sa fortune !
Devant la souffrance des gens, leurs difficultés - chômage, problèmes de santé -, j'apprends à m'oublier moi-même. On reçoit des intentions de prière. Notre merci est là : prier pour chacun. Notre prière devient une prière d'intercession.
Faire la quête apprend à vivre dans une plus grande union avec le Seigneur. Les sœurs démarrent souvent leur journée (et la voiture) par une demi-heure de silence. Je le vis comme une oraison qui se continue par la suite à travers toutes les rencontres. Quelquefois, on dit un chapelet ensemble pour rendre grâce, explique sœur Geneviève. C'est la tactique des sœurs : vivre le " Cherchez d'abord le Royaume de Dieu et tout le reste vous sera donné par surcroît ". (Mt 6, 33) Jésus parcourait les villes et les villages en enseignant ; à travers les sœurs qui se tiennent devant les portes et appuient sur les sonnettes, le Seigneur passe…
Mon plus beau souvenir, c'est de marcher sur les pas de Jeanne Jugan, notre fondatrice, elle a commencé avec rien. J'ai appris la continuité dans l'effort, la persévérance de vie dans sa parole. Il faut pouvoir et vouloir le faire, car physiquement, c'est dur, cela demande une réelle endurance physique.
Les rues, les trottoirs, les chaussées, les sœurs les connaissent bien. Tous les recoins de la ville sont visités. Les sœurs quêtent pour les plus pauvres, ceux qui n'ont rien et qui ne savent pas où aller. Dans les rues, elles témoignent de façon visible de leur confiance en Dieu. Elles prennent le chemin d'humilité et de pauvreté intérieure que nécessite la quête, une façon de vivre, sans illusion, l'esprit des Béatitudes. Comme l'explique sœur Marie-Gabrielle : Ce qui me fait sonner aux portes et demander de l'aide, c'est de savoir qu'un verre d'eau donné ne restera pas sans récompense. Quelquefois, on aime faire vite, mais c'est parfois l'occasion donnée pour ouvrir un chemin de grâce à quelqu'un. Les laïcs sont alors associés à leur œuvre et c'est aussi dans ce contexte que de nombreuses sœurs ont rencontré leur future congrégation.
Quand je vois comment l'œuvre de Jeanne Jugan a commencé, je réalise ce qu'est le cœur même de notre congrégation. Jeanne aurait pu rester dans sa mansarde, mais on l'a sollicitée et elle a pris la route. J'ai même fait la quête à St-Servan, là où notre fondatrice a quêté ! Me mettre à la suite de Jeanne Jugan, aller là où elle a visité les pauvres, soigné les malades, c'est comme aller en pèlerinage en Terre Sainte…
Une aventure !
Pour avoir un bâtiment aux normes, les Petites Sœurs des Pauvres d'Angers ont dû démolir pour reconstruire un nouveau bâtiment. Elles ont dû déménager avec toutes les personnes âgées ! Une aventure incroyable qui est aussi passée par ce porte-à-porte. Ce projet a démarré le 19 mars 2000. Les sœurs espèrent emménager dans le nouveau bâtiment le 19 mars 2008. " Ma maison " est un bâtiment qui sera entièrement dédié aux personnes âgées sans ressources.
Si vous désirez les aider : " Ma Maison ", Petites Sœurs des Pauvres d'Angers, 49100 Angers. Tél : 02.41.43.63.82. Les Petites sœurs reconstruisent aussi à Metz, Grenoble, Marseille et à Montpellier. La Providence de Dieu donne des ailes… Merci.
Naissance et développement
Un soir d'hiver, en 1839, à St-Servan (Ille-et-Vilaine), Jeanne Jugan ouvrait son cœur et son pauvre logis à une vieille femme dans la détresse. Aide infirmière en hôpital, garde-malade puis servante, Jeanne n'avait qu'un désir : servir Dieu et les autres, les pauvres surtout.
Très vite, d'autres personnes âgées suivront. Elles seront 40 en 1843 avec, autour de Jeanne, trois jeunes compagnes.
La Congrégation des Petites Sœurs des Pauvres naquit de ces humbles débuts, marquée par un double courant spirituel : celui de l'École Française à travers saint Jean-Eudes et le tiers-ordre de la Mère Admirable auquel appartenait Jeanne Jugan ; celui de la charité hospitalière de saint Jean de Dieu, l'un des religieux de son Ordre ayant été, pour Jeanne Jugan, un conseiller et un soutien précieux. L'extension de la Congrégation, en France et au-delà, fut très rapide. Aujourd'hui, la Congrégation compte plus de 200 Maisons, en 31 pays des 5 continents (47 en France).
La Quête sous toutes ses formes
Dépendre de la quête nous oblige à chercher de nouvelles formes de quête, tout en gardant notre esprit, par exemple les courriers. Même si nos courriers ressemblent aux autres, nous n'appliquons aucune technique qui nous semble non éthique, nous ne jouons pas avec les émotions de nos bienfaiteurs, nous n'échangeons pas nos fichiers avec d'autres organismes, et nous prions pour eux. Le respect du donateur nous oblige à être extrêmement responsables face à l'argent dépensé. Dernièrement, nous avons glissé un appel dans les TV Magazine, vous seriez étonné des demandes de prières qui en résultent.
Mais nous n'oublions jamais pourquoi nous quêtons : " pour rendre les personnes âgées heureuses " et pour les rendre heureuses, il faut que la maison soit bien chauffée, qu'elles mangent une bonne cuisine, etc. Mais avant tout, qu'elles se sentent aimées… Vous écrivez sur nous les quêteuses… vous devriez écrire sur nos sœurs qui gardent la maisons et qui font un travail extraordinaire. Elles viennent parfois en quête avec nous, et nous leur donnons souvent un coup de main. Enfin les petites sœurs prient, elles aussi, pour les bienfaiteurs, nous avons toutes le culte de la reconnaissance.
Enfin si vous cherchez à vous rendre utile, ou à prier avec les Petites Sœurs des Pauvres, n'hésitez pas….nous sommes dans 47 villes de France, et dans 31 pays des cinq continents (47 en France).





