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Mission au Wyoming

(Auteur : Sr Marie de la Visitation - Parution F&L n° 283 de Mai 2009)

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« Vous êtes sûrs que c’est par ici ? » La petite route de campagne semble interminable. Nous traversons des champs à perte de vue, il y a sur le côté quelques maisons qui semblent non seulement isolées mais également à moitié habitées, sur la droite un cimetière de voiture que je qualifierais volontiers de dépotoir, avec de temps à autre sur le chemin des forages de pétrole. Le père Ray est formel : « Oui, oui, c’est bien la route. »
Ce petit périple, je vous l’avoue, m’enthousiasme ! Je fais partie de cette génération qui connaît les Indiens davantage à travers les films et les bandes dessinées qu’un cours d’histoire ou de géographie. Nous nous retrouvons au Wyoming pour une mission paroissiale chez le père Ray à Lander. Il nous a proposé de visiter cette réserve indienne. Auparavant, il nous emmène rencontrer une sœur qui y travaille depuis des années. Malheureusement, nous n’avons pas pris de photos…

Tenir la parole donnée
Sr Thérèse vit dans une caravane. Elle nous accueille avec un large sourire et nous fait visiter la petite chapelle à côté de laquelle elle vit, s’occupe des personnes qui l’entourent. Cette franciscaine à l’âme missionnaire est très impressionnante de douceur et d’attention. Elle parle des hommes, des femmes qu’elle connaît avec énormément d’amour. Ce peuple fait partie de son cœur, cela transpire ! Les Indiens souffrent énormément de pauvreté. Bien sûr, l’histoire est douloureuse. Les Blancs qui sont venus ici ne les ont souvent pas respectés, n’ont pas tenu la parole donnée… La plupart des Indiens qui vivent ici vivent en dessous du seuil de pauvreté. Vous avez dû remarquer combien le lieu est désolé.
Nous apprenons que les Indiens qui ont décidé de vivre dans cette réserve perçoivent une somme de dollars chaque mois. De plus, la découverte de puits de pétrole sur cette terre leur rapporte également quelques sous. Conclusion : la plupart ne travaillent plus. Les conséquences sont dramatiques au niveau des familles.  Cela n’enlève rien aux qualités immenses de ces Indiens. La missionnaire est gênée d’en avoir trop dit… Elle va désormais parler uniquement de façon positive de ces personnes qu’elle sert et apprécie.

Cet Esprit Magnifique
Sr Thérèse aide les prêtres de la mission jésuite qui s’occupent de l’église de l’autre côté de la réserve. Les jésuites ont fondé plusieurs missions dans ces plaines indiennes à la fin du 19e s. Le désir du gouvernement de l’époque était d’assimiler les Amérindiens à travers l’éducation – donner la même chance à tous. En 1878, le chef indien des Arapahos disait déjà : « Ceci était le pays de mes pères qui maintenant sont morts ou sont en train de mourir. Nous aimons nos enfants. Nous voudrions avoir une belle maison et un homme bon qui puisse enseigner à nos enfants comment lire votre langue pour qu’ils puissent devenir des hommes et des femmes intelligents comme le sont les enfants des hommes blancs. Et alors, quand arrive le dimanche, nous serions heureux que certains hommes enseignent nos enfants sur cet Esprit Magnifique. »
Une histoire d’il y a 150 ans, soit quelques générations… Les migrants sont arrivés en masse et les Indiens se sont sentis de moins en moins en sécurité chez eux. Imaginez un déluge d’hommes blancs qui débarquent… Environ 50.000 personnes pendant la ruée vers l’or. Leur nombre était devenu plus important que les Indiens estimés à 40.000 en 1849. Comme l’avaient fait auparavant les explorateurs, soldats et autres aventuriers, les chercheurs d’or se servaient au passage en bisons, dispersant les troupeaux qui représentaient leur principale ressource. Leur terre fertile et calme était devenue dévastée. C’est ainsi qu’a été signé le 1er traité entre le gouvernement américain et les Indiens. Il a fallu attendre jusqu’en 1927 pour que ces indiens Arapaho se sentent à nouveau en sécurité chez eux. La terre leur était rendue et une forte somme d’argent donnée en contrepartie de ce passé si lourd et douloureux.

Un chef d’œuvre
Le père Ray nous emmène là où vivent les deux prêtres. Une surprise de taille nous attend : nous découvrons un vrai chef d’œuvre d’inculturation ! La petite église blanche tranche dans ce décor de western. Cette église a été complètement restaurée en 1995-1996, que ce soit l’intérieur, les vitraux ainsi que les peintures et les symboles qui l’ornent actuellement. En 2005, les peintures ont commencé à se détériorer comme si la fumée venait les recouvrir. En fait, la vieille chaudière en était la cause. Courageusement, tout a été refait.
La communauté paroissiale se tisse petit à petit. Avant de se lancer dans une évangélisation tous azimuts, une pré-évangélisation est au programme de ces jésuites. Ils ont mis ainsi en place un service préventif contre l’alcool et la drogue. Un service qui devenait urgent à mettre en place pour la santé de ces habitants de Wind River. La petite église accueille ses quelques paroissiens tous les dimanches, dont un bel Indien aux cheveux longs qui semble plongé dans une telle méditation intérieure et intimité avec son Seigneur que nous n’osons ni le déranger ni le regarder davantage.

Importance des symboles
Le prêtre va, en quelques mots, nous expliquer la signification de ces signes et symboles qui font partie intégrante de la vie et de l’histoire de ces Indiens : cerfs, sabots de cerfs et/ou de chevreuils, peaux d’ours, griffes d’ours, sentiers, montagnes, étoiles, tepees, tortues...
Le premier effort du groupe s’est fixé sur les vitraux, explique le père Ron. L’idée était de permettre aux paroissiens de les faire par eux-mêmes. Une belle occasion de construire et consolider cette paroisse également. Les Indiens ont énormément de talents artistiques, c’était une très belle façon de les impliquer dans cette paroisse. Ils étaient cinq à s’impliquer à 100% dans ce projet. Ils ont accepté d’apprendre le vitrail…
Ces cinq amérindiens, américains de souche, ont tout créé dans cette église : les vitraux, les décorations. Une petite merveille où les indiens retrouvent dans une église leur univers. Ne nous y trompons pas, ce qui tisse la paroisse et l’amour entre les personnes, c’est l’Esprit et non la décoration ! Cependant, cette petite église perdue au fond de cette réserve de Wind River est un signe bien vivant et authentique de la portée de ce que peut être l’inculturation.
Le tam tam circulaire qui est la base de l’autel n’est plus un simple tam tam. Dans la tradition indienne, il est l’objet qui invite à se tourner vers Dieu. Il est présent dans toutes les cérémonies indiennes. Lors de la mise en place de l’Église, il est devenu comme évident que c’était l’autel le centre, ce lieu où Jésus est le prêtre, l’autel et la victime. C’est vers lui que monte les cœurs, que se tournent les regards.

Plus qu’une simple adaptation
L'inculturation est autre chose qu'une simple adaptation extérieure : elle signifie une intime transformation des authentiques valeurs culturelles. Ainsi on peut dire que la vie de la Bienheureuse Kateri est un véritable signe pour les indiens de cette réserve. Cette petite indienne a accepté de vivre rejetée de sa tribu pour s’unir au Christ auquel elle croyait. Si l’autel, les vitraux et les peintures permettent aux paroissiens de se sentir “chez eux”, la statue de Kateri au fond de l’Église leur permet de toucher combien la foi n’est pas une idée mais un vécu rendu possible par la vie de Jésus offerte en sacrifice. C’est d’ailleurs le signe fort de la Croix derrière l’autel. Cette croix est posée sur la charpente d’un tepee. Notre demeure s’y trouve ! Sur chacun des plaies de Jésus est posée une plume d’aigle, signe de la victoire.
Sr Monika, une sœur de saint Joseph originaire de Pennsylviana qui vit dans la réserve depuis plus de trente ans travaille actuellement au petit magasin. Après avoir enseigné dans l’école de la réserve, après en avoir été directrice, elle a cédé sa place même pour le catéchisme. Toute simple, elle raconte : J’ai toujours appris à aimer les personnes avec qui je vis. Nous vivons ensemble. Je me tiens disponible, à l’écoute pour être là où le Seigneur le veut. N’est-ce pas le plus beau des trésors qu’une vie donnée, offerte qui gratuitement insuffle l’amour ? N’est-ce pas le besoin fondamental pour la nouvelle évangélisation ? Et cette petite paroisse au fond de cette réserve en est le signe, c’est bien là toute sa beauté.

(1) Voir le Rapport final du Synode extraordinaire des évêques, de 1985.
Pour en savoir plus : Le chemin de Croix passés dans le FL ° 281 en mars 2009 provient de cette église. St Stephen’s indian Mission : http://www.ssimf.com