Le mont Nebo : entrée en terre promise
(Auteur : Sr Marie de la Visitation - Parution F&L n° 269 de Février 2008)
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L’été dernier, nous avons profité de notre passage en Israël pour visiter la Jordanie. Le mont Nebo était pour nous incontournable ! Récit de la découverte d’un lieu spirituellement fort.
Qu’a-t-il vu ? En lisant la Bible, j’essayais de m’imaginer la vision de Moïse avant sa mort. Il n’a pas pu mettre les pieds sur cette terre promise tant désirée, mais qu’a-t-il vu ? Le jour tant attendu est arrivé : aujourd’hui, nous allons au Mont Nebo ! Pour tout vous dire, j’attendais ce moment depuis longtemps.
Nous traversons la ville de Madaba et dans le Guide bleu, frère Etienne nous lit: « On entend par mont Nebo une longue crête comprise entre le ravin du wadi Ulyun Musa au nord et celui du wadi el Afrit au sud. Cette arête comprend trois sommets : le Jebel Neba, que l’on atteint en premier lieu à partir de Madaba, la colline dite Khirbet el Mukhayyat et enfin, à l’extrémité ouest, le Jebel Siyagha, le lieu le plus intéressant auquel on donne très souvent le nom générique du mont Nebo. »
« Moïse monta vers Dieu. Le Seigneur l’appela de la montagne. » Ex 19,3a
La voiture laissée en bas, nous montons une petite ruelle appelée “la route de la paix”; devant nous, un grand bloc de pierre. Il s’agit d’un monolithe de Vincenzo Bianchi de 5,50m de hauteur érigé en souvenir du passage de Jean-Paul II à l’occasion du grand Jubilé de l’an 2000. Un message est gravé en grec, latin et arabe : « Un seul Dieu, père de tous, au-dessus de tous », le texte est répété en arabe : « Dieu est amour, ceci est l’appel du ciel et le message des prophètes. » C’est ce message de paix qui nous accueille au Mont Nebo. Nous arrivons alors sur une petite esplanade; sur la gauche, une bâtisse abrite le centre didactique qui expose des pièces archéologiques qui couvrent la longue histoire de la présence humaine sur cette montagne, de la période préhistorique jusqu’à l’âge de fer et de l’époque hellénistique et romaine jusqu’aux périodes byzantine et omeyyade, illustrées par des riches pavements de mosaïque.
« Tu guidas comme un troupeau ton peuple par la main de Moïse et d’Aaron. » Ps 77,21
En sortant, nous contournons un mur du monastère byzantin et là, nous avons devant les yeux un panorama à nous couper le souffle ! En toile de fond, nous voyons les collines de Samarie et de Judée. Et la tache verte, un peu sur la droite ? C’est Jéricho. Père Zacharie et frère Etienne, tous deux guides, rivalisent dans les connaissances et la description de ce qu’ils voient et reconnaissent. Voilà le panorama qu’a vu Moïse : beaucoup de rochers, de cailloux et cette tache verte. La couleur sable domine et elle est douce au regard. En bas, on aperçoit le Jourdain. La majesté de ce paysage me donne tout de suite envie d’aller me cacher dans le creux d’un de ces rochers pour prier, méditer, contempler la beauté. Impossible, un groupe de pèlerins arrive… La séance photos prend le dessus, que ce soit avec en arrière-plan ce panorama naturel ou le grand symbole christologique en fer forgé planté face à la terre promise. La Croix du Christ plantée là comme un signe de victoire, de promesse, de réalité dont il s’agit de s’emparer.
« Moïse fit tout comme le Seigneur lui avait ordonné. » Ex 40,16
Nous en profitons pour entrer dans un bâtiment vétuste qui abrite des merveilles! Des mosaïques, des pierres révèlent un passé prestigieux. Le sanctuaire primitif remonte au IVe s. On transforma en église un édifice préexistant – sans doute d’époque romaine. Construit en gros blocs de calcaire, il servit de sépulture avant de devenir une église. Les moines ajoutèrent une série de gradins pour le clergé dans l’abside orientale (le synthronon des églises byzantines) et couvrirent la partie centrale de mosaïques. Un diakonikon (corniche à droite du sanctuaire, destiné à la garde des vêtements et des objets liturgiques) est situé à un mètre en contrebas, et juste à côté se trouve l'abside du baptistère. Son vaste bassin cruciforme repose sur un sol couverte de fines mosaïques, œuvres caractérisées par l’école de Madaba. Dans la seconde moitié du VIe s., les moines (ils étaient une centaine à l’époque) agrandirent le sanctuaire et érigèrent une basilique. Le baptistère fut rénové avec, notamment, de nouvelles mosaïques et une inscription de salut inscrite sur le seuil : « Paix à tous. » En sortant, la beauté du lieu me frappe en plein visage. On sent en ce lieu une atmosphère de silence qui invite à une expérience spirituelle profonde.
« Prière. De Moïse, homme de Dieu. Seigneur, tu as été pour nous un refuge d’âge en âge. » Ps 90,1
C’est l’expérience du père Fabien, originaire d’Australie, supérieur du monastère franciscain du Mont Nebo : « La vie de Moïse est importante pour nous, elle nous apprend beaucoup pour notre vie spirituelle. Moïse est arrivé ici, au Mont Nebo, dans cette région entourée de collines, et voilà, c’est sa fin, et donc la réalisation des promesses, sa plénitude. L’histoire de Moïse nous montre un homme qui a toujours cherché la volonté de Dieu, ses voies qui ne sont pas les nôtres. Dieu appelle Moïse à délivrer son peuple de l’esclavage. Comment ferais-je cela ? et Dieu lui dit : Si tu fais ce que je te dis… La volonté de Dieu n’est pas la nôtre, cette volonté appartient au mystère même de Dieu. Dieu qui a fait traverser la mer rouge à pied sec, qui a emmené son peuple puis l’a éduqué car il avait la nuque raide et s’était rebellé, Dieu qui pourvoit et donne la manne jour après jour, qui est là au sein de la nuée lumineuse et ténébreuse, Dieu qui promet la vie quand les serpents attaquent les hommes. Toute cette histoire est magnifique. »
« Comme Moïse éleva le serpent dans le désert, ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l’homme. » Jn 3,14
De nombreux groupes de pèlerins s’arrêtent ici, des chrétiens mais également des juifs et des musulmans. Moïse est une figure importante pour ces trois religions monothéistes. Selon le midrash (commentaire juif), Moïse meurt dans un baiser de Dieu, une interprétation qui sera reprise par le Coran. Les chrétiens de Madaba font vivre le lieu : plusieurs s’y font encore baptiser. Ce haut lieu spirituel accueille aussi quelques retraitants à la recherche du silence. Ah! ce silence tant désiré qui engendre la peur, qui nous dépouille et nous ouvre l’âme. Le père Fabien en est tout imprégné et on passerait des heures à l’écouter nous parler de la beauté de la création, de la lune, des étoiles, du peuple de Dieu. Oui, tout ici parle de Dieu. Et ce franciscain insiste en ajoutant : Tous les prophètes sont partis au désert pour prier ; quand on cherche Dieu, on le trouve! Mais voilà, nous devons partir, continuer notre route, alors avec une infinie délicatesse, il ajoute : En tant que chrétiens, nous sommes dans la Terre Promise, quand nous vivons dans le Cœur de Dieu. Cette phrase résonne et jaillit comme une source, un appel à goûter ce silence où présence et absence se confondent et, comme Moïse, recevoir le baiser le plus doux. Comme elle est belle notre foi !
« Ceux qui ont triomphé chantent le cantique de Moïse, le serviteur de Dieu et le cantique de l’Agneau. » Ap 15, 2-3




