Le feu des Béatitudes au fond de l’Amazonie
(Auteur : Fr Bernard de Clairvaux et Sr Solène - Parution F&L n° 263 de Juillet/Août 2007)
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Sr Claire (Française) et Sr Noémie (Italienne), membres de la communauté des Béatitudes, ont choisi de partager la vie des habitants d’Anajas, au Brésil, durant une année… Frère Martin les a rejointes. Un lieu où se mêlent pauvreté, désoeuvrement, mais aussi richesse humaine et spirituelle…
Anajas : ville posée sur un immense marécage qui, à la saison des pluies, envahit tout ! Pas de rues, mais de simples planches… Depuis l’aéroport de Belem, on rejoint Anajas par le mode de transport incontournable en Amazonie : les lignes fluviales. Bruit et dépaysement total, constate Noémie. Cela prend deux jours. La nuit : dormir dans des hamacs les uns à côté des autres, mais également au-dessus et en-dessous !
Bençao !
Depuis environ 15 ans, des religieuses missionnaires espagnoles ou vénézueliennes (congrégation de la Charité de Ste Anne) vivent à Anajas, travaillant à l’hôpital (1), dans les écoles, la paroisse, le conseil municipal… donnant Dieu en se donnant ! Oui, Dieu donne son Amour à travers ses missionnaires ! Cela me bouleverse, nous confie Claire. Il chérit tout particulièrement les plus pauvres de ses enfants. La pauvreté est grande ici dans tous les domaines : maisons sur pilotis à cause de l’eau, quelques rares rues goudronnées… La population se déplace à pied ou en vélo. L’unique voiture arrivée cette année : une ambulance !
Malgré la misère, la population, jeune, garde toujours le sourire. Les gens, dit Claire, se contentent de peu, mais ils sont très chaleureux et généreux ; ils te tendent la main pour que tu les embrasses. Ils te disent « bençao ! » pour que tu les bénisses ! Martin confie après un mois : Physiquement, je survis, mais Dieu est là ! Il m’aide à vivre tout ça avec humour. Dans cette déstabilisation permanente, Il me donne une joie et un bonheur à la mesure de l'intensité de ce que j'encaisse physiquement… Il fait très chaud, très moite, on transpire tout le temps. C'est impossible de vraiment s'habituer. Il faut boire beaucoup et l’eau “rendue potable” garde un léger goût de chlore. Pas évident pour un Européen… J’ai dû également apprendre à partager ma chambre avec les rats du quartier venant inspecter nos réserves de nourriture !
À plus pauvre…
Évangélisation et compassion sont deux points essentiels de la vie de nos missionnaires qui visitent les familles du quartier où ils vivent. Martin a rencontré un évangéliste qui était auparavant le secrétaire d’une sorte de sorcier local. Il se saoulait le week-end, comme beaucoup de ceux qui n’ont plus d’espérance. Là-bas, ce sont jeux, danses, boisson et sexe… Il a fait la rencontre de Dieu, s’est converti, a arrêté de boire. Il est entré dans l’Église évangélique de la ville. Il lit maintenant la Bible tous les jours ! Nous avons passé des heures ensemble et prié, nous bénissant mutuellement… Inoubliable ! dit Martin.
Claire nous raconte comment la foi et l’entraide à Anajas ne restent pas au placard : Un jour, je visite une famille de la paroisse et un message passe à la radio : une maman célibataire, deux enfants, malade depuis deux jours, est clouée au lit. Ils n’ont plus rien à manger. L’enfant le plus âgé envoyé par sa mère vient demander de l’aide à la radio. Aussitôt, la fille aînée de la famille que je visite demande à sa mère si elle peut leur apporter le paquet de haricots rouges qui leur reste. Je la vois, avec la générosité de ses 20 ans, ouvrir le placard vide ne contenant que ce paquet. Je connais la situation de cette famille et je sais que le repas du soir sera des plus légers… Le peu qu’ils avaient, ils l’ont donné à plus pauvre qu’eux.
Le père Antonio, le premier prêtre autochtone, essaie de passer au moins une fois par an dans chaque village des bords du fleuve. Il emporte avec lui des sacs de vêtements donnés par des dames de la “grande ville”. Un jour, alors qu’il confie comme d’habitude un sac au responsable du village, il récupère un pantalon, un tee-shirt et un sous-vêtement : Je ne sais pas pourquoi j’ai fait cela, je n’ai pas réfléchi… Sûrement, l’Esprit Saint m’a inspiré, témoigne-t-il avec un petit sourire en coin. Puis l’Esprit Saint “lui fait remarquer” une maison un peu à l’écart qu’il ne connaissait pas. Il y va. Une famille habite là. L’un des fils dans un coin est habillé d’un pantalon tout déchiré… Son père avait travaillé dur pour pouvoir l’acheter à son fils. Le fils pour sa première “sortie” se trouve embarqué par de “nouveaux amis”. Il termine la soirée ivre, dépouillé de ses vêtements et de son argent. Quand le père Antonio donne au jeune son petit sac avec exactement ce dont il a besoin, l’émotion est grande dans la famille… Dieu montre ainsi son Amour miséricordieux !
Enfants et prisonniers
L’école obligatoire pour les enfants entraîne progressivement le transfert des familles en ville, mais il y a très peu de travail à la ville et ils continuent à faire le va-et-vient avec la forêt pour y trouver ce dont ils ont besoin pour vivre. À Anajas, trois écoles accueillent les élèves en plusieurs tranches horaires, depuis 7 h du matin jusqu’à 23 h (2), car il n’y a pas assez de bâtiments pour les accueillir tous à la fois ! Les personnes viennent de plus en plus nous chercher pour parler, pour prier, constate Noémie. Avec les enfants des rues est né un groupe de prière d’enfants grâce auquel nous avons vu des couples se remettre ensemble et des malades guérir. Au travers des visites régulières que nous faisons à la prison (3), le Seigneur a touché les cœurs et les a ramenés à lui. Nous revivons la parabole du fils prodigue. Un jeune qui a passé presque deux ans en prison vient de sortir et travaille, participe au groupe des jeunes de la paroisse. Les prisonniers nous ont demandé des bibles. La joie est grande de voir comment ils en prennent soin et comment ceux qui savent lire la lisent aux autres.
Nos sœurs vivent l’esprit des béatitudes au cœur de l’Amazonie : consoler les affligés, soigner et prier pour les malades, partager la Parole avec les évangéliques, faire le catéchisme, éduquer les enfants à la prière, animer la liturgie, donner une parole ou la Parole, sourire, porter une espérance… bref, porter Dieu et témoigner du Royaume…
(1) L’unique hôpital de 20 lits avec un seul médecin, de Belem, qui n’est pas tout le temps présent.
(2) Trois tranches d’âge scolaire : collège, lycée et adultes en scolarisation.
(3) L’unique prison avec une quinzaine de prisonniers dans un espace très réduit.
Une “Couronne missionnaire” soutient la mission qui va se poursuivre… Prions pour nos sœurs et aidons-les si nous le pouvons !
Pour en savoir plus, vous pouvez visiter notre site missionnaire (en français et en italien) :
http://fastmission.it




