L'Assekrem, sur les pas de Charles de Foucauld
(Auteur : Cécile Pointeau - Parution F&L n° 270 de Mars 2008)
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Le soleil se lève sur les montagnes de balsate rose qui nous dominent. Un vent glacial traverse le col sur lequel notre campement est installé. Dur de sortir de nos duvets et de nos tentes ! Pourtant, un rendez-vous nous appelle : cent mètres de dénivelé plus haut se dresse le plateau de l’Assekrem, but de notre pèlerinage, lieu où le père Charles de Foucauld avait bâti un ermitage où il résida cinq mois, d’août à décembre 1911.
L’Assekrem, haut lieu de pèlerinage ? Haut lieu, oui, puisque ce plateau domine de ses 2.780 m tout le désert du Hoggar. Cet endroit, très prisé des touristes et pèlerins de tout poil, ne fut pourtant qu’une étape dans la vie du père Charles. À nous d’en prendre le chemin, gravissant le flanc du plateau au rythme de nos prières.
Impression d’infini
Un homme au visage buriné et au large sourire vient à notre rencontre et nous accueille d’une parole amicale : c’est l’un des deux petits Frères de Jésus qui vivent actuellement à l’ermitage. Ils nous reçoivent autour d’un thé sous l’auvent d’une terrasse qui domine le paysage splendide qui s’offre à nous :
La vue est plus belle qu'on ne peut ni le dire, ni l'imaginer, écrivait le frère Charles en 1910. Rien ne peut donner une idée de la forêt de pics et d'aiguilles rocheuses qu'on a à ses pieds, c'est une merveille, on ne peut la voir sans penser à Dieu. J'ai peine à détacher mes yeux de cette vue admirable, dont la beauté et l'impression d'infini rapprochent tant du créateur, en même temps que sa solitude et son aspect sauvage montrent combien on est seul avec lui et qu'on n'est qu'une goutte d'eau dans la mer.
Ne nous y trompons pas : ce n'était pas en premier lieu pour trouver la solitude que Charles de Foucauld s'était installé dans ce lieu sauvage. Il était en effet à la croisée des routes de caravanes de Touaregs, qui vinrent en grand nombre en cette année 1911 faire paître leurs troupeaux pour fuir la sécheresse qui sévissait sur le pays. Son temps de solitude, il l'avait vécu à Tamanrasset, isolé dans son ermitage jusqu'au jour où, malade, il fut contraint d'accepter l'aide des Touaregs. Son regard changea alors complètement : il n'était plus là pour évangéliser par la prière, mais pour apprendre à se laisser aimer. Il migra vers l'Assekrem, à plusieurs jours de marche de Tamanrasset, pour se rapprocher des Touaregs, contempler Dieu dans sa création et poursuivre la rédaction de son dictionnaire français-tamahak (la langue des Touaregs, que Charles de Foucauld fut le premier à traduire).
Foules en quête de solitude
Le thé nous réchauffe, la conversation se poursuit. Nos deux petits Frères sont ici pour les mêmes raisons que le frère Charles, à la différence près qu'ils n'accueillent plus seulement les caravanes de Touaregs qui continuent d'emprunter cette route, mais également toutes sortes de visiteurs occidentaux : touristes pressés venus admirer à la hâte le coucher de soleil réputé pour être le plus beau du monde, avant de redescendre au pas de course vers le Tassili du Hoggar (région basse du désert où commencent les dunes), sportifs et baroudeurs, chercheurs de spiritualités de tout acabit, pèlerins chrétiens sur les traces du Bienheureux. Que l'échange soit bref ou long, la présence des frères interroge, leur hospitalité touche, et devant ce paysage à vous couper le souffle, personne ne repart sans s'être approché des questions essentielles.
Nous faisons quelques pas sur ce plateau au sol lunaire. À quelques centaines de mètres se dresse un géomètre ; le premier fut installé par le frère Charles, qui voyait en ce site un lieu idéal d'observation du climat. L'idée dut paraître bonne puisque l'Institut météorologique d'Algérie continue aujourd'hui d'y effectuer des relevés.
Jésus, seule présence
Le petit ermitage en pierre grise s'élève devant nous. Long de 4 mètres sur 8, à chacun de trouver sur le sol la position la moins inconfortable pour y faire oraison. Tout est gris ; seul l'ostensoir est doré, l'hostie est blanche ; dehors, le vent souffle. Jésus est la seule présence en ce lieu froid et dénudé.
Quand nous ressortons, le jour tombe. Les montagnes devant nous deviennent rouge sang. Notre guide touareg nous mène à un point d'observation, protégé par un mur censé nous abriter du vent glacial. Même le feu allumé dans ce désert de pierre ne parvient pas à nous réchauffer. Rien d'étonnant à ce que le frère Charles ait dû se résigner, au bout de cinq mois, à quitter ce lieu à cause de la rudesse du climat.
Nous redescendons, éclairés par la lune et nos lampes torches. Demain, nous retraverserons tout le Hoggar en 4x4 pour retrouver la “civilisation” : Tamanrasset, une ville en plein désert. En ce lieu austère, nous avons touché la pureté et la grandeur de Dieu et, par l'accueil chaleureux des Frères, goûté sa tendresse.
Petite vie de Charles de Foucauld
Né à Strasbourg le 15 septembre 1858, Charles de Foucauld devient militaire en 1876. Courageux, il mène en dehors des opérations militaires une vie de désordre, mais une quête spirituelle l’habite. Il quitte l’armée et explore le Maroc. Il demande de l’aide à l’abbé Huvelin qui, au lieu de l’enseigner, le confesse et le communie. Pour Charles, c’est la conversion et la grâce envahit sa vie. Ordonné prêtre en 1901, il s’installe en Algérie dans le Hoggar, pays des Touaregs dont il veut sauver la culture.
Il est tué d’un coup de feu devant son ermitage, le 1er décembre 1916.
Charles est béatifié le 13 novembre 2005 à Rome.




