La Galilée, un rêve autour du lac
(Auteur : Père Zacharie - Parution F&L n° 274 de juillet/Août 2008)
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Nous serions avec plusieurs familles, les parents, les enfants petits et grands, pour une quinzaine de jours de vacances au bord du Lac. Jésus y a passé trois ans de sa vie ; nous y passerions deux semaines. Les enfants de Capharnaüm, que Jésus bénissait et prenait sur ses genoux, s’amusaient dans l’eau, entre les barques de pêche ; les enfants passeraient leur après-midi sur la plage, entre les planches à voile. Jésus sortait de la maison pour sa mission dans les villages alentour et sur l’autre rive ; nous partirions tous les matins pour les lieux saints et historiques, pour marcher autour du Lac et en sentir inlassablement sa présence inspirante… Ce serait un voyage spirituel, un vrai voyage, de vraies vacances avec de vrais temps forts spirituels. Jésus, au bord du Lac, disait à ses disciples après le travail de la mission qui mérite salaire (Lc 10,7) : « Venez à l’écart vous reposer un peu ! » (Mc 6,31)
De Tabgha à Capharnaüm
Le Lac est d’abord un lac, c’est-à-dire aujourd’hui un lieu de villégiature, entouré de plages, bordé de campings, avec pour capitale estivale : Tibériade, sa jetée, ses restaurants, les kiosques des marchands de glaces et sur la surface miroitante de l’eau : dériveurs, scooters des mers, ski nautique… Seuls les quelques kilomètres de côte où se côtoient les lieux saints chrétiens, depuis Tabgha (lieu de la multiplication des pains) jusqu'à Capharnaüm, sont épargnés par la société du loisir.
Nous aurions la messe tous les jours, au mont des Béatitudes, à Capharnaüm, à la Primauté de Pierre. Nous célébrerions aussi des eucharisties dans la nature, sur les hauteurs du Lac où Jésus prêchait et se retirait en silence. Nous pousserions jusqu’à Cana, Nazareth, le mont Thabor, Césarée de Philippe (lieu de la profession de foi de Pierre : « Tu es le messie ! » Mc 8,29), qui sont si proches.
Au pied du mont Hermon
Nous nous apercevrions que Jésus vivait quotidiennement au pied d’une haute montagne, enneigée jusqu’au printemps, le mont Hermon (2814 m) dont les psaumes que Jésus chantait disent qu’il crie de joie au nom du Créateur (Ps 89,13) et que vivre ensemble en frère est doux comme recevoir sa rosée, rosée de l’Hermon qui descend sur les hauteurs de Sion, comme une bénédiction, pour y donner la vie à jamais (Ps 133). De fait, les trois sources du Jourdain qui alimentent le Lac surgissent au pied de cette montagne.
La Galilée, porte de la Babylonie
La grande majorité des juifs déportés à Babylone est restée en Babylonie, alors que seule une minorité est revenue en Judée pour reconstruire le temple (livres d’Esdras, de Néhémie, d’Aggée et de Malachie). Demeurés en Exil, les juifs de Babylone ont développé une nouvelle forme de religion, sans sacrifice, sans Temple, mais centrée autour de la Tora et des règles qui empêchent à la communauté de se mélanger avec les peuples païens au milieu desquels elle vit : règles de pureté, règles alimentaires, respect du shabbat. C’est autour de ces principes que se constitue le pharisaïsme, avec une institution majeure et fondamentalement nouvelle : la synagogue, maison de rencontre, maison de prière.
Dans le siècle qui précède la naissance de Jésus, un mouvement important de retour au pays voit le jour. Ces pharisiens s’installent en Galilée, tout autour du Lac. Le pays est prospère, peu peuplé, alors que la Judée est pauvre, Jérusalem est aux mains des grands prêtres et de l’aristocratie, toute centrée sur le Temple et son culte. La ville sainte sera bientôt contrôlée directement par Rome (cf. Ponce Pilate, gouverneur), alors qu’en Galilée, la présence romaine se fait moins sentir !
Un grand nombre d’entre eux s’orientent vers une libération du joug de l’empire romain, ils s’organisent pour mener une lutte armée, ce sont les sicaires, les zélotes dont certains des disciples de Jésus feront partie (Simon le Zélote (Lc 6,15) et Judas Iscariote). Pierre n’hésitera pas non plus à jouer du glaive (Jn 18,10) !
La Galilée, creuset du mouvement zélote, du pharisaïsme et du christianisme
C’est de Galilée que partiront tous les mouvements de révolte contre Rome. Celle de Theudas et de Judas le Galiléen (Ac 5,36-37). Pilate se livre du temps de Jésus à un massacre (Lc 13,1)… On comprend mieux pourquoi les grands prêtres avaient peur que Jésus soulève les foules (Mt 21,46 ; Jn 11,46-53). Après Jésus, les deux grandes révoltes juives sont parties de Galilée, celle de 70 et celle de 135.
Les restes des synagogues sont les témoins archéologiques du développement du pharisaïsme. Les vestiges de l’époque de Jésus sont rares, leur nombre augmente par la suite. La grande majorité des découvertes ont été faite en Galilée, aux abords du Lac.
Le christianisme est né comme un mouvement juif galiléen. Ne soyons pas « stupéfaits, et tout étonnés » comme les juifs venus en pèlerinage à Jérusalem pour la fête de Pentecôte qui disent des apôtres : « Ces hommes, ne sont-ils pas tous Galiléens ? » (Ac 2,7)
La Galilée, foyer du judaïsme rabbinisme d’hier et d’aujourd’hui
Adrien, en 135, a chassé les juifs de Jérusalem. Le judaïsme rabbinique d’aujourd’hui s’est alors construit autour d’un sanhédrin refondé. Il s’est installé à Yavné, près de Jaffa, puis dans différentes localités plus au nord avant de s’établir à Tibériade. La synagogue de Hamat Tibériade ne manquera de nous surprendre par les représentations humaines de ses mosaïques. Dans cette synagogue, au IIIe siècle, Yehuda ha-Nassi, le chef sanhédrin, a fait mettre par écrit, la tradition orale des pharisiens (que Jésus qualifiera de « préceptes humains », Mc 7,7) qui constituera la Mishna. Le manuscrit sera mis en sûreté dans la florissante communauté juive de Babylone ! Cette Mishna (enseignement) constituera le cœur du grand livre saint du judaïsme rabbinique : le Talmud de Babylone.
Aujourd’hui, la grande majorité des lieux saints du judaïsme, en dehors de Jérusalem, se situent en Galilée : Safed, la ville des maîtres de la Cabbale ; Tibériade avec les tombeaux de Maïmonide et d’Akiba… Mais c’est une longue histoire !
Épilogue
Le Nahal Yehudié, oued très encaissé qui descend vers le Lac, garde encore certaines poches d’eau en été. Les familles qui font la descente doivent s’organiser. Les ados nagent en transportant le sac pique-nique sur la tête, papa traverse avec le dernier accroché à ses épaules. D’autres portent les vêtements à bout de bras pour les garder au sec ! Richesse de la Galilée, trésor de randonnées, d’histoire, de spiritualité, terre sanctifiée par les pas, les gestes et les paroles de notre Seigneur.
Faut-il déjà sortir du rêve ? Non, ce n’était pas un rêve, mais des souvenirs d’aventures vécues, des bribes de méditation… Le seul rêve est que d’autres puissent partager la même expérience, les mêmes émotions.
Pour en savoir plus sur les pèlerinages en Israël :
frerezacharie.pelerinages@beatitudesterresainte.org




