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À Calcutta, dans les pas de Mère Teresa

(Auteur : Sr.Marie V - Parution F&L n° 250 de Mai 2006)

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Réveil à 5h du matin. Départ à 5h30. Arrivée à la maison Mère à 6h pour la messe. Le ton est donné. La retraite démarre. Le chant du muezzin ne m’a pas permis de faire une grasse matinée. Le décalage horaire se fait sentir et, ce matin pendant la messe, je crie vers le Seigneur pour qu’Il me donne la force de le servir et de le reconnaître. Je ne cesse de penser à ces paroles de Mère Teresa qui disait en montrant les plus pauvres : « This is Jesus ». Et moi, vais-je Le reconnaître ? Cette «retraite-pèlerinage» à Calcutta nous invite à mettre nos pas dans ceux de la bienheureuse Teresa de Calcutta. En arrivant à la maison-mère, nous sommes accueillis par des sœurs «bréviaire à la main», une petite grotte de Lourdes sur le côté nous plonge dans la réalité de la vie des Missionnaires de la Charité (M.C.) tout à Jésus par Marie. Je me place donc devant Marie et lui confie ces quinze jours de retraite.

Marie, Mère de Jésus,
Donne-moi ton cœur si beau, si pur, si immaculé , si plein d’amour et d’humilité, afin que je puisse recevoir Jésus dans le pain de la vie, l’aimer comme tu l’as aimé et le servir sous le déguisement misérable des plus pauvres d’entre les pauvres. Bienheureuse Teresa de Calcutta

Dans la chapelle, les sœurs novices et les professes sont entassées, les volontaires assez nombreux. Ils viennent d’Europe mais aussi d’Asie, d’Amérique. À l’entrée se trouve une statue de Mère Teresa, à la place qu’elle occupait durant les offices et la liturgie. Sœur Nirmala, supérieure des M.C. (Missionnaires de la Charité) est assise à côté d’elle. Cette première messe est surprenante. Les bruits de la rue sont d’une intensité assez incroyable. Le micro est «à fond», faute de quoi nous ne comprendrions pas un mot prononcé par le prêtre. Pour qui se débrouille en anglais, pas de problème. Profondeur, recueillement, la messe est vraiment le sommet de la journée. Je réalise que j’ai vraiment besoin de cette nourriture céleste. Je me sens si incapable de vivre cette journée.
La messe terminée, les sœurs prient quelques prières dont celle de St François : «Seigneur fais de moi un instrument de ta paix». Je réalise en priant avec les sœurs combien j’ai à dépendre toujours plus de Dieu. « Sans moi, vous ne pouvez rien faire. » Voilà la pauvreté de Mère Teresa, sa véritable dépendance à Dieu, à Jésus par Marie.

Mon Jésus, aide-moi à répandre ton parfum partout où je vais. Remplis mon âme de ton Esprit et de ta vie. Pénètre et possède tout mon être afin que toute ma vie ne soit qu’un rayonnement de Toi. Brille à travers moi de manière que chaque âme que je rencontre puisse sentir Ta présence en mon âme. Fais que ce ne soit plus moi qu’elle voit et qu’elle regarde mais Jésus seul ! Reste avec moi et je commencerai à resplendir comme Tu resplendis, à resplendir pour être une lumière pour les autres. La lumière, ô Jésus, sera la tienne, rien d’elle ne sera à moi. Ce sera Toi qui resplendiras sur les autres à travers moi. Laisse-moi Te prier de la manière que tu aimes le plus, en portant ta lumière à ceux qui sont autour de moi. Fais que je T’annonce sans prêcher - non par des paroles, mais par l’exemple – avec une force contagieuse, la bienveillante influence de ce que je fais, la plénitude visible de l’amour que mon cœur Te porte. Amen. (Prière après la communion)

Après un petit déjeuner rapide chez les sœurs et la rencontre des bénévoles, nous partons dans nos lieux de service. Les rues grouillent de monde. Kolkata (nom officiel depuis le 1er janvier 2001) compte quelque quatorze millions d’habitants. La pollution, l’odeur, la chaleur font de cette ville un condensé d’expérience. Les Indiens sont attachants et merveilleux de vie, de joie. Nous traversons un bidonville et, là encore, les sourires nous font craquer. Prem Dahn - le cœur pur - est une ancienne usine désaffectée. Un vieil homme aux grosses lunettes fonce vers moi pour m’embrasser les pieds et me demander ma bénédiction. Ne voulant pas le décevoir, je le bénis de tout mon cœur.

Au cours de mon travail dans les taudis, j’ai appris que ce sont précisément les plus pauvres qui comprennent le mieux la dignité humaine. Bienheureuse Teresa de Calcutta

Nous arrivons dans une grande salle où sont logées quelque quatre-vingt femmes. Les lits sont serrés les uns contre les autres. Les volontaires longue durée sont déjà au travail pour laver le linge, faire la toilette des malades, changer les pansements… Il ne me reste qu’à être un «diffuseur d’amour». Un sourire par-ci, une caresse par là, un petit massage, une oreille attentive. Je suis obligée intérieurement de supplier le Seigneur, de m’inspirer le geste, l’attention. Et je repense à ces mots de Mère Teresa : « This is Jesus ».

Les pauvres sont le corps du Christ qui souffre : ils sont le Christ. Bienheureuse Teresa de Calcutta

Je pensais être dans un dispensaire et je réalise qu’il ne s’agit pas du tout de cela. Les médicaments nécessaires, le vaccin, ils ne les ont pas et acceptent cette situation. J’en suis choquée… Mon efficacité et mon esprit d’organisation me trahissent. J’appelle d’urgence le médecin venu avec notre groupe. Je veux remuer ciel et terre… Ania perdra l’usage de ses jambes car elle n’a pas été bien soignée. Cette réalité me révolte. Petit à petit, j’accepte l’intolérable. Vraiment, tout est conçu pour ne dépendre que de Jésus seul…

Sans sacrifice, prière et pénitence, sans une forte charge de vie spirituelle, nous ne pourrions jamais mener à bien notre travail. Bienheureuse Teresa de Calcutta

Jour après jour, j’apprends à connaître ces femmes. J’avoue apprécier particulièrement le temps de pause… Parfois, je sens le Seigneur guider mes pas vers telle ou telle. Oui, ce n’était pas difficile de Le reconnaître sous les traits de cette vieille femme qui m’a demandé de lui masser le visage, mais n’avait-elle pas une telle ressemblance avec la Sainte Face ? J’avoue aussi marcher un peu plus vite en passant devant une femme qui a un peu perdu la tête. Arrivée à sa hauteur, je lui caresse le visage et elle essaye de me téter les seins… Ne sachant comment réagir, je vais plus loin.

Je trouverai toujours une joie nouvelle à me prêter aux caprices et à contenter les désirs de tous les pauvres souffrants. Ô bien-aimé malade, comme tu m’es doublement cher quand tu personnifies le Christ, et quel privilège est le mien d’être admis à te soigner. Bienheureuse Teresa de Calcutta

Un jour, repassant devant elle, je vois une jeune volontaire américaine assise sur son lit, à ses côtés. Elle la tient dans ses bras. La petite vieille repose sa tête sur son épaule. Tout d’un coup, je ne sais si c’est à cause de la luminosité rayonnant sur leurs visages, je reconnais Marie au pied de la Croix, Jésus est dans ses bras. Cette évidence me transperce le cœur et, en descendant les escaliers, mon âme éclate en sanglots. Partout où mon regard se pose, je vois des gestes d’amour. Il n’y a autour de moi que de l’amour. Ce lieu est une oasis d’amour.

Sans nos souffrances, notre œuvre ne serait qu’une œuvre sociale, charitable, salutaire mais ne serait pas l’œuvre de Jésus-Christ. Bienheureuse Teresa de Calcutta

Cette réalité d’amour me fait toucher l’essentiel : le Christ. N’est-ce pas pour cela que je suis venue finalement ? N’était-ce pas ma prière et mon désir intense ? J’essaye de me laisser faire et de me laisser guider. En passant devant ma petite vieille, je suis surprise de voir qu’elle me fait signe. Je m’assieds à ses côtés, me laisse faire. C’est alors qu’elle se blottit dans mes bras comme un tout petit bébé. Je la berce, lui chante une berceuse. Je cajole l’Enfant-Jésus et savoure cet instant d’éternité…