Yves Boulvin
est formateur en relations humaines, psychologue et consultant. Il organise depuis de nombreuses années des stages en entreprise,parallèlement à son activité de thérapeute. Il anime depuis plus de dix ans les émissions Foi et psychologie retransmises sur différentes radios francophones.
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Pour atteindre notre être profond, ce soleil intérieur qui nous habite, et vivre plus pleinement en Dieu et en sa Présence, nous avons à nous dépouiller progressivement, tout au long de notre vie, des multiples blindages psychiques qui l’ont recouvert ; blindages qui nous furent nécessaires à une époque pour ne pas trop souffrir, mais qui ont fini par enfermer notre potentiel de vie, d’amour, de communion.
Ces blindages sont notre sécurité
De la même façon que nous retirons nos vêtements pour retrouver notre nudité originelle, nous pourrions apprendre à retirer ces couches protectrices qui, aujourd’hui, étouffent notre vrai Moi. Mais tout cela nous fait peur. Nous préférons souvent garder nos défenses parce que nous les connaissons, que nous en avons l’habitude et qu’elles nous donnent paradoxalement une impression de sécurité.
On voit ainsi des enfants qui ont été battus trouver une forme de plaisir, quand ils deviennent adultes, à attirer et à recevoir des coups. Pavlov a montré, dans ce qu’il appelait les réflexes conditionnés, qu’un chien qui a faim et qui reçoit une boulette de nourriture en appuyant sur une pédale va commencer à saliver lorsqu’une lumière s’allume au préalable et que l’on a associé, à plusieurs reprises, la lumière et l’arrivée de la nourriture.
Je souffre donc je suis !
Notre cerveau procède par association et par analogie. Si l’on fait précéder la venue de la boulette de viande par un choc électrique désagréable pour le chien et que l’on répète l’association, le chien va finir par saliver au moment du choc électrique. Ainsi, beaucoup d’entre nous ont associé une forme de bien-être à des événements douloureux et les attirent ensuite inconsciemment. D’autant plus que, dans certaines familles, on s’occupe naturellement plus d’un enfant malade ou qui se blesse. L’indifférence est la pire des choses pour l’enfant, et il préfère encore les punitions, voire la brutalité, que de se sentir ignoré.
Ainsi, nous « en tenons une couche », selon l’expression populaire. Et nous allons avoir à nous déconditionner de tous ces scénarios destructeurs. Mais comme nous avons du mal à le faire ! C’est ce qui explique les résistances fortes lors d’une psychothérapie ou d’un accompagnement spirituel, alors que nous savons que cette démarche va nous aider et que nous l’avons choisie. Une partie de nous veut avancer, mais une autre nous tire en arrière.
Quand nos défenses volent en éclat
Il est des moments privilégiés dans notre vie où notre structure défensive est ébranlée. C’est le cas notamment de toutes les séparations affectives que nous vivons, qu’il s’agisse d’un décès, d’une séparation amicale ou conjugale, d’un changement difficile de région ou de travail, de l’éloignement des enfants… Nous sommes alors brutalement rejoints au plus profond de nous-mêmes et nos défenses volent en éclats !
Il est légitime, dans ces circonstances, de passer par différents états que l’on commence à bien connaître : le refus de la réalité, Ce n’est pas possible ! ; le rejet de la faute sur l’autre ; la culpabilité et la colère. Puis nous arrivons, à un moment donné, à une profonde tristesse qui nous fait vivre une expérience intérieure douloureuse mais déterminante sur le plan spirituel : la souffrance de l’éloignement, la déchirure d’être quitté, le fait de se retrouver seul. Nous touchons là une blessure fondamentale, celle de l’abandon.
Nous avons le choix
Mais cette expérience est extraordinaire parce qu’elle peut nous permettre, elle peut me permettre d’accéder à la profondeur. À un certain niveau de moi-même en effet, j’ai quitté le Dieu tout Amour : souvenons-nous du jardin d’Éden et de la parabole du Fils prodigue (Lc 15, 11-32). Dans de telles circonstances, une fois la révolte et l’incompréhension passées, je vais ressentir quelque chose qui se creuse en moi : un au-delà des larmes, une possibilité de retrouver qui je suis vraiment, de me reconstruire, de me fortifier, de devenir plus autonome tout en comprenant mieux ce que Dieu vit par rapport à sa création.
Car j’ai le choix : soit je continue d’en vouloir à l’autre, aux autres, aux médecins qui ont « raté » cette opération, à Dieu qui l’aurait soi-disant « permis » ; soit, comme il est dit dans le Fils prodigue, je reviens à moi-même, et, revenant à moi-même, je reviens vers le Père et je me jette dans ses bras. Dans toutes ces séparations, je fais l’expérience de la liberté, surtout lorsque l’autre décide de me quitter.
Une preuve d’amour
Comment vais-je montrer mon amour véritable ? Est-ce en le contraignant, en montant les uns et les autres contre lui ou contre elle ? Est-ce en me mettant dans une position de domination où je suis une personne « bien », victime d’un « méchant », avec tout un jeu de reproches ? Ou bien, au contraire, après avoir fait tout ce que j’étais en mesure d’entreprendre dans le respect de l’autre, est-ce en acceptant la liberté de mon conjoint, en acceptant l’éloignement de mon enfant et en les bénissant ?
La séparation met à l’épreuve et teste ma qualité d’amour. Mes réactions fortes en face d’événements douloureux sont plus souvent la marque d’une peur de la solitude, d’une peur de me retrouver avec moi-même, que d’un amour vrai. Or j’ai, à cette occasion, la possibilité de comprendre de l’intérieur pourquoi Dieu tout Amour laisse la liberté à l’homme. Car si j’aime l’autre, la douleur au cœur, j’accepterai son départ.
Vivre en Lui la séparation
Je comprendrai, dès lors, qu’amour et liberté vont ensemble d’une façon indissoluble. Il ne s’agit ici ni de se sentir victime, ni de persécuter, mais d’accepter une réalité lorsque je ne peux pas faire autrement, tout en comprenant les circonstances qui ont amené la situation. Les fruits de cette expérience intérieure seront une paix découverte ou retrouvée, une joie spirituelle intense, la découverte de l’amour miséricordieux de Dieu et une renaissance où peut-être, pour la première fois, j’apprendrai à m’aimer et à vivre par moi-même et plus seulement pour ou à travers les autres.
Jésus a vécu pour nous l’abandon, la séparation, mais quelle Résurrection ! En paraissant perdre la partie aux yeux des hommes, en vivant apparemment l’échec, il a complètement réussi sa mission salvatrice et le mal de tous les temps a été anéanti. Quelle révolution peut être la nôtre si nous vivons en Lui les séparations ! Quelle construction intérieure ! Quelle entrée dans notre profondeur lumineuse !





