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Trois étapes pour un changement

(Auteur: Yves Boulvin - Parution F&L n° 265 d'Octobre 2007)

Yves Boulvin
est formateur en relations humaines, psychologue et consultant. Il organise depuis de nombreuses années des stages en entreprise,parallèlement à son activité de thérapeute. Il anime depuis plus de dix ans les émissions Foi et psychologie retransmises sur différentes radios francophones.

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Il est bien difficile de changer des habitudes prises depuis longtemps ; pensons par exemple à l'habitude de fumer, de boire ou de manger excessivement, de conduire vite, de trop travailler ou de passer des heures sur son ordinateur. Nous nous identifions souvent en nous à ce que nous connaissons, d'où la phrase : « Chassez le naturel, il revient au galop », qui s'adresse en fait plus à nos habitudes qu'à ce que nous sommes vraiment à l'intérieur de nous-mêmes.

Un déséquilibre nécessaire
Il a été ainsi démontré que si nous n’y prenons pas garde, nous allons répéter les mêmes scénarios, reprendre les mêmes compensations, jouer les mêmes jeux psychologiques, reproduire les mêmes attitudes lorsque nous sommes fatigués ou stressés (voir FL n° 233 Halte à mes sabotages et n° 236 Si je gagne, tu perds).
Mais il y a une autre raison qui nous empêche de changer : la peur de la phase intermédiaire entre l'ancien comportement – le vieil homme – et le nouveau comportement que l'on veut mettre en place. Quand je marche, entre le moment où mon pied gauche touche terre et celui où j’avance mon pied droit, il y a un déséquilibre. Si je veux arrêter de fumer, je sais que pendant des mois, voire des années, je vais devoir lutter contre une envie récurrente, voire un besoin pressant ; je risque d'être tendu, énervé, de me jeter sur la nourriture ou des sucreries en compensation… Ainsi, entre le moment où je fumais, ce qui me donnait certaines gratifications, au moins immédiates, certains plaisirs, et le moment où je serai totalement débarrassé de toute envie de fumer, il va y avoir une période de sevrage, de désintoxication de l'organisme, de changement d'habitude, qui peut être perçue comme particulièrement pénible.

Les trois étapes
Voici les trois étapes du changement :
1. L’ancien comportement que l'on veut changer ;
2. Un entre-deux où l'on n'est plus dans l'ancien comportement, mais pas encore dans le nouveau ;
3. L'émergence et l’implantation du comportement désiré.
Et c'est la deuxième étape, cette phase intermédiaire, qui nous fait peur. Imaginons un joueur de tennis qui a un très bon coup droit mais un revers défectueux : il peut jouer toute sa vie avec son coup droit, mais rapidement, il va rencontrer des "adversaires" qui vont lui placer la balle là où il ne pourra pas la rattraper avec son seul coup droit. S'il veut améliorer son jeu, il faudra donc qu'il travaille son revers, peut-être avec l'aide d'un professeur. Mais cette modification va déséquilibrer son ancienne façon de jouer et, temporairement, il jouera moins bien. S'il ne se souvient pas de l'objectif de changement qu'il s'est fixé, il risque de revenir rapidement à ce qu'il connaissait et d'abandonner le nouvel apprentissage. C’est la persévérance seule qui le fera réussir.
Quand quelqu'un subit une petite opération : appendicite, extraction d’une dent de sagesse, etc., il sera moins bien juste après l’intervention qu'il ne l'était avant. Mais ce "moins bien" temporaire l'amènera à un mieux. Voilà le changement : accepter le désagrément momentané d'un déséquilibre pour arriver à un état nouveau. Pensons aussi à Untel qui a l'habitude, chaque jour, de prendre plusieurs verres au café avec des compagnons aussi dépendants que lui. Le jour où il voudra s’arrêter, non seulement il devra trouver d’autres boissons, plus saines, mais encore il subira les invitations, voire les quolibets de ses camarades : Un verre, ça n'a jamais fait de mal à personne, regarde la tête que tu fais, tu étais plus drôle avant… et la tentation sera grande alors de revenir en arrière. Sans doute vaudrait-il mieux que pendant un certain temps, il s’éloigne des bars et de ses camarades…

Oser se libérer
C'est malheureusement aussi ce qui se passe lorsque, prenant conscience des conditionnements de notre famille d'origine, nous cherchons à la quitter. Quelles pressions culpabilisantes exercent certains parents, certaines familles, pour ramener au bercail les brebis qui "s'égarent" dans une vie nouvelle. C’est ainsi qu’au moment de Noël, il est particulièrement difficile et courageux, pour les enfants, les frères et les sœurs, de résister à la pression familiale et de pouvoir dire : Cette année, nous ne viendrons pas, ou : Nous préférons vivre un Noël dans notre foyer, ou encore : Pour nous, la messe de minuit est plus importante que la réunion de famille, et nous faisons ce choix cette année. Que de résistances montent alors, que d'intimidations même parfois, ce qui explique que tant de gens vivent mal les fêtes de fin d’année. Pour certains, Noël, c'est la fête des inégalités entre les riches et les pauvres, ceux qui sont seuls ou délaissés et ceux qui sont choyés et entourés. Pour d’autres, Noël, qui devrait être la fête de la renaissance et de la légèreté, est vécu comme un moment de lourdeurs, voire de tensions et d’obligations familiales.
Pour oser dire : Je ne viendrai pas et être le premier des enfants à le faire, un pionnier, il va falloir s'armer de beaucoup de détermination et faire face à bien des désagréments. Comme les compagnons de boisson de tout à l'heure, certaines familles, sans en avoir conscience, cherchent à ramener sans cesse leurs membres dans des comportements anciens et connus. Savoir dire non devient fondamental en ce sens. Jésus a dit : « Que votre oui soit oui, que votre non soit non » (Mt 5,37). Il n'a jamais exprimé qu'il fallait toujours dire oui et en toutes circonstances. Et les apparences peuvent être trompeuses, car si évidemment, il est bon d'aimer et d'honorer sa famille d’origine, il est aussi indispensable de savoir la quitter dans certaines circonstances et au moins de faire respecter sa différence. Ce n’est pas l'un ou l'autre, c'est l'un et l'autre.

Le paysan et l’oiseau
Dans un western connu : Mon nom est personne, il est question d'une histoire que l'on peut, en la modifiant un peu, raconter ainsi : un agriculteur arrive avec sa charrette pleine de fumier et voit au bord de la route un petit oiseau tombé du nid. Pour le réchauffer, il fait un trou dans le fumier et il l'y place. Quelque temps après, le petit oiseau va mieux, et il commence à chanter : cui cui cui ! Un renard passe par là, l'entend, le sort du fumier et le mange. Cette histoire bien triste a trois moralités :
1. Celui qui nous met dans la m…, dans le fumier, ne nous fait pas forcément du mal. Autrement dit, celui qui me fait réfléchir à un comportement qu'il me faudrait changer peut être vu comme mon ennemi parce qu'il me gêne, mais c'est en fait mon ami parce qu'il m'offre une opportunité de changement.
2. Celui qui me sort trop vite de la m… ne me fait pas forcément du bien, et ce sont souvent les amis, les proches qui nous empêchent d'aller jusqu'au bout du changement, en toute bonne foi.
3. Quand on est dans la m…, dans cette période entre deux, dans ce passage entre l'ancien et le nouveau comportement, il faut savoir se taire, et attendre que la transformation intérieure se soit opérée, avant de crier trop tôt victoire.
Ainsi, l'ennemi peut être mon ami et mon ami peut devenir mon ennemi, ennemi du changement, s'il me ramène, en croyant bien faire, à mes comportements anciens. Le changement prend du temps, et l’on n'est jamais sûr que l'ancien comportement ne reviendra pas. En termes psychologiques, le gagnant est celui qui sait que le vieil homme va réapparaître périodiquement et qui fera tout pour ne pas retourner dans les habitudes anciennes. S’il reprend un verre ou une cigarette, s’il se laisse de nouveau enfermer dans sa famille d’origine où il retrouve le confort du connu, il se donne le droit à l’erreur et redécide immédiatement. Il sait qu’il y aura des "chutes" mais, déterminé, il les traversera avec succès. Être perdant, c'est être dans le tout ou rien, tenir, avec un volontarisme effréné, sa décision nouvelle, et s'effondrer à la première cigarette, à la première sucrerie, au premier verre, en pensant : C’est raté, je suis nul, un incapable, c’est toujours la même chose avec moi… Stop ! Je vais changer, cela prendra du temps, cela passera par différentes étapes, mais, avec l’aide de Dieu, je réussirai !