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Quels sont mes vrais besoins ?

(Auteur: Yves Boulvin - Parution F&L n° 241 de Juillet/Août 2005)

Yves Boulvin
est formateur en relations humaines, psychologue et consultant. Il organise depuis de nombreuses années des stages en entreprise,parallèlement à son activité de thérapeute. Il anime depuis plus de dix ans les émissions Foi et psychologie retransmises sur différentes radios francophones.

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« Je prends mon temps… Je suis pressé… Je suis du soir… Je suis du matin… » Chacun de nous a son rythme, ses petites manies, ses habitudes. Mais il nous arrive trop souvent de croire que tout le monde pense, ressent, réagit de la même façon que  nous ! Pour vivre en harmonie avec nos proches, apprenons leur manière de fonctionner, et disons-leur tout simplement les nôtres.

Reconnaître nos besoins va faciliter nos relations avec les autres que nous abordons souvent (dans la vie conjugale ou communautaire, au bureau) comme s’ils avaient, en même temps, les mêmes besoins que nous. Nous pensons aussi que si nos proches nous aimaient vraiment, ils anticiperaient nos besoins, entre autres dans la vie sentimentale, et les satisferaient sans que nous n’ayons rien à demander.

Chacun à son rythme
La réalité concrète nous montre au contraire que les relations les meilleures, notamment au niveau conjugal, sont entre des personnes qui ont su s’exprimer mutuellement leurs besoins et leurs désirs. Par exemple, je sais que tu aimerais, toi mon mari, mon compagnon, que nous ayons plus de relations intimes ; mais pour moi, ce n’est possible que si nous avons été proches au cours de la journée, si tu m’as donné des marques d’amour ou d’attention, un coup de fil, un sourire, si tu m’as prise dans tes bras… car c’est cela qui ouvre mon cœur. Je comprends par ailleurs que plus je te rejette parce que tu n’as pas eu ces gestes, moins tu te sens aimé par moi, et donc plus tu vas être en demande. Aussi, accepte que je ne sois pas toujours disponible et de mon côté, je m’engage à ne pas différer trop longtemps nos rencontres amoureuses.
Tu m’as dit l’autre jour - et c’est important que tu l’aies exprimé - que si, pour moi, l’amour s’exprime d’abord par des Je t’aime et des gestes de tendresse, toi tu as tendance à le manifester en agissant, en travaillant pour nous ou en bricolant dans la maison. Tu m’as expliqué aussi que regarder à la télévision un match de football ou ce que j’appelle "des conneries" te délasse après ta journée de travail, que ce n’est pas un manque d’amour et qu’après tu es plus disponible, détendu et présent. Nous avons chacun notre rythme : tu as besoin de faire la sieste et moi pas ; je ne peux être disponible que lorsque j’ai tout rangé, alors que toi, le "désordre" ne te gêne pas… En nous disant nos besoins, nos habitudes, nous pouvons mieux choisir les moments et la façon dont nous allons nous rencontrer.

Faciliter les retrouvailles
Témoin, ce couple où l’homme, cinéaste, partait souvent plusieurs semaines à l’étranger, et où la femme, journaliste dans un grand quotidien, quittait son travail à 16 h pour reprendre leur bébé à la crèche et s’en occuper. Quand l’homme revenait après trois semaines de tournage durant lesquelles il avait téléphoné trois fois à sa femme - pour lui, c’était beaucoup ! - il avait besoin qu’on ne lui demande rien, qu’il ait le temps de ranger ses affaires, de regarder son courrier. Il lui fallait un   "sas" de deux heures rien qu’à lui. De son côté, sa femme qui l’avait tant attendu et trouvait qu’il avait vraiment peu téléphoné ( !) voulait tout de suite lui mettre le bébé dans les bras et s’offusquait de ses réticences. Lui avait besoin de se délasser et de se décontracter, elle avait besoin d’une intimité qu’il ne pouvait pas donner tout de suite, d’où incompréhension et disputes.
Ayant rencontré un conseiller conjugal, ils décidèrent, chaque fois que possible, d’organiser autrement la journée du retour du mari. Quand il le pouvait, le mari prendrait un avion qui arriverait le matin : il aurait ainsi la journée, avant que sa femme rentre, pour se délasser, ranger ses affaires. Il irait ensuite la chercher vers 16 h à la sortie de son travail, ce qui était pour elle une marque d’affection dont elle avait besoin. Habitant tout près, ils auraient deux heures pour se retrouver avant d’aller chercher l’enfant dont ils s’occuperaient alors vraiment. Chaque fois qu’ils ont procédé de la sorte, tout se passa bien. Mais quand ils court-circuitèrent ou compressèrent le temps, les besoins différents s’entremêlèrent à nouveau et les disputes refirent leur apparition.

Trouver l’équilibre
Si l’on veut échapper aux conflits si fréquents de fin de journée et de fin de semaine, éviter de se sentir envahi par l’autre ou au contraire ignoré de lui ou d’elle, il est important de savoir simplement parler de ses besoins et de réfléchir à comment ils vont être satisfaits de part et d’autre.
Tenir compte de ses besoins, par exemple au moment de la retraite, ce n’est pas forcément tout faire ensemble, ce que certains supportent d’autant plus mal qu’ils ont vécu des années loin de l’autre, mais trouver l’équilibre entre les temps ensemble et les temps séparés où chacun peut vaquer à ses occupations favorites. Si cet équilibre est bien mis en place, on sera content de se retrouver. La réussite de relations conjugales, amicales ou communautaires réside souvent dans le juste milieu entre les temps partagés et les moments de solitude, de retrait et de temps pour soi.

Des besoins très différents
Certains besoins sont communs à tous, d’autres dépendent des types de personnalité, d’où la complexité des relations humaines. Quels sont les besoins fondamentaux ? Être soi-même, en accord avec ce que l’on est profondément, ses valeurs profondes. Donner un sens à sa vie ; avoir le sentiment d’être utile ; avoir des buts et agir pour les atteindre ; connaître sa valeur en Dieu ; donner et recevoir de l’affection, de la tendresse, de l’amour ; choisir et décider librement ; se sentir suffisamment en sécurité ; créer et utiliser son sens artistique ; se ressourcer dans le Beau, le Vrai, le Bon : se relier aux autres quand on en a besoin ou s’isoler quand on en sent la nécessité : pouvoir se confier et être guidé quand c’est nécessaire : sentir une cohérence entre les différents compartiments de sa vie : s’occuper sainement de son corps…
Par ailleurs, les personnes sensibles ont un besoin vital d’être comprises affectivement, touchées, valorisées, de se sentir reconnues et aimées par des paroles et des gestes, alors que les personnes plus renfermées, que l’on appelle  "stoïques",  ne savent pas dire Je t’aime mais le montrent par des actes. Ces dernières ont un besoin vital de retrait, de solitude, de silence, d’un espace à elles, alors que les sensibles craignent d’être seules. Les personnes que l’on appelle organisatrices,  "travaillomanes", ont un besoin vital de comprendre rationnellement, d’avoir des responsabilités, d’organiser, de structurer, d’être informées, privilégiant la clarté et la précision, ce qui n’est pas toujours le cas des sensibles. Les personnes que l’on nomme "persévérantes" ont des valeurs fondamentales, les défendent, ont besoin de se sentir respectées dans leurs croyances, leur foi, et supportent mal qu’on change les règles en cours de partie. Les personnes plus réactives ou créatives-rebelles ont besoin de bouger, de se sentir libres, d’innover, d’être sur le terrain. Enfin, les personnes qui ont un côté entrepreneur ont besoin de challenges, de défis, de prendre des risques, de se mettre en avant. (1)

Une chance de s’enrichir
Nous avons tous un peu de chacun de ces types de personnalité, mais nous manifestons souvent une ou deux dominantes qui se réveillent particulièrement lorsque nous sommes touchés affectivement, en situation de stress ou fatigués.
Vivre en couple, en groupe ou en communauté, c’est se positionner, faire respecter ses besoins de base, mais aussi respecter et comprendre les besoins essentiels des autres. S’il est souvent plus facile de vivre avec quelqu’un du même type, on travaille en général avec des gens très différents et l’on est souvent attiré dans sa vie affective par quelqu’un de complémentaire qui a, pensons-nous, ce que nous n’avons pas. Alors n’oublions pas notre choix initial si nous lui reprochons ce qui nous avait pourtant séduits au départ. Toute différence est une opportunité d’évolution, de travail sur soi. Au contact de l’autre, différent, des caractéristiques atrophiées peuvent se réveiller pour notre plus grand bien !

(1) Michel Walter, Votre personnalité de Manager, Éd. d’Organisation.