Yves Boulvin
est formateur en relations humaines, psychologue et consultant. Il organise depuis de nombreuses années des stages en entreprise,parallèlement à son activité de thérapeute. Il anime depuis plus de dix ans les émissions Foi et psychologie retransmises sur différentes radios francophones.
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Si je ne réalise pas suffisamment ce que je suis, si je n’ai pas découvert au sens large ma vocation, ma mission, je vais me sentir mal, angoissé(e), je vais subir la vie, me comparer, me dévaloriser, être envieux(se) ou jaloux(se) parce que, ne me connaissant pas vraiment, je loucherai sur ce qu’ont les autres ; cela peut m’entraîner aussi à vouloir prendre leur place ou à les laisser s’emparer de la mienne. Que je voie bien que je ne peux pas continuer comme cela, qu’il n’y a aucune vertu à s’écraser, à se laisser dominer ou, par compensation, à vouloir dominer ou envahir les autres.
Un trésor habite en moi
La solution est de recevoir de Dieu qui je suis, de découvrir mon cygne intérieur, le trésor qui m’habite, pour m’en réjouir et entrer dans la fécondité d’une réalisation qui soit bien la mienne ; c’est là le véritable appel de Dieu car il y a une place précise pour chacun de nous dans une forme de ministère, au sens large. Et de même que la Petite Thérèse voyait son nom inscrit dans le ciel, Dieu m’aide à trouver ma juste place sur cette terre, pour le bien commun et ma joie. L’un aura une fonction de constructeur ou de technicien, l’autre d’ouvrier, de cadre, de fonctionnaire, un autre de commerçant, de mère de famille, de soignant, de responsable dans la vie politique ou associative, etc. Il y a une place pour chacun et tout irait bien si chacun était à sa place !
C’est ainsi qu’une mère de famille, lorsque ses enfants deviennent grands, doit se préparer, pour ne pas les envahir ensuite, à découvrir sa mission, sa vocation en dehors d’eux. Si elle la découvre, elle sera une mère disponible, mais non possessive. Il en est de même au moment de ma retraite à laquelle je vais penser bien avant, pour trouver enfin, si je ne l’ai pas déjà découvert, sur quel axe je veux fonder mon existence.
Si tout m’était possible, que ferais-je ?
Il faut bien que je comprenne que si je ne veux pas faire partie des « casse-pieds » – pour reprendre le titre d’un film ancien qui montrait que, désœuvrés, nous empiétons sur le territoire des autres –, il est urgent que je définisse aujourd’hui mon projet de vie. Je saurai que je suis à ma place dans la société, ma famille, ma vie spirituelle, si je me sens bien intérieurement, si je me sens suffisamment compétent, motivé, ayant toute l’énergie nécessaire pour ma réalisation. Mais si je ne suis pas à ma place ou si je ne l’ai pas trouvée, mon esprit sera confus, je “pédalerai dans la choucroute” ou serai “à côté de mes pompes”. Alors, je peux me poser la question : Qu’est-ce qui est essentiel dans ma vie ? Qu’est-ce qui me rendrait vraiment heureux ? Si tout était possible, qu’est-ce que j’accomplirais qui me donnerait un sentiment de plénitude et de fécondité pour autrui ? S’il me restait un an à vivre et que j’aie la santé, que ferais-je ? Ou encore : à quoi aimerais-je passer mon Ciel ? Je me souviens d’un homme, ingénieur, dont l’épouse lui disait toujours qu’il avait de belles mains ; il avait choisi ce métier par fidélité à son père, ingénieur lui-même, mais son rêve était en fait d’être médecin. Il accomplit son métier d’ingénieur aussi bien que possible pour le confort financier de son foyer et de ses enfants. Lors de son enciellement, il retrouvera progressivement et épanouira aussi sa qualité intérieure de soignant.
Je peux le faire !
Olivier, 38 ans, qui occupait un haut poste financier dans une entreprise et réussissait bien, n’attendit pas sa retraite ou sa mort pour changer de cap. Vivant un véritable mal-être malgré une réussite extérieure, il rencontra un psychologue pour l’aider à définir ce qui lui manquait dans la vie, pour quoi il était fait, ce qu’il voulait vraiment réaliser. Il venait à ces séances toujours vêtu de chemises à manches courtes qui lui donnaient une allure de chirurgien au bloc opératoire. Le thérapeute le lui fit remarquer. Olivier répondit : C’est vrai, j’ai toujours voulu soigner… Commença alors un accompagnement pour rendre possible ce qui lui paraissait irréalisable. Intelligent et bien structuré, il se demanda comment il voulait soigner : par les médicaments, les plantes, les mains, etc., s’informa, rencontra différents spécialistes et découvrit le métier d’ostéopathe. Comme il n’avait pas la formation adéquate, il aurait pu dire : C’est impossible, c’est trop tard. Mais lors de cet accompagnement psychologique, il se dit : Comment faire pour y arriver ? Il trouva une école ; le cursus était de six ans ; il chercha comment quitter son entreprise et profita d’un plan de redressement et de licenciement collectif pour partir dans des conditions financières suffisantes pour couvrir les premières années de sa formation, chômage compris. Au bout de quelques années, il commença à recevoir bénévolement des clients et, à la fin de ses études, ouvrit rapidement un cabinet. Il avait donc repris six ans d’études à 39 ans pour commencer à 45 ans une pratique d’une vingtaine d’années où il fut heureux et gagna fort bien sa vie. Non. Il n’est jamais trop tard !
J’ai également raconté dans mes livres l’histoire extraordinaire de cette personne qui, à 30 ans, en était restée au certificat d’études. Tout en travaillant, elle refit par correspondance toute sa scolarité secondaire de la Sixième à la Terminale pour ensuite passer le concours d’infirmière et accomplir la formation en trois ans. Dix ans d’études entre 30 et 40 ans, et ensuite une vingtaine d’années de service où elle fut bien à sa place.
Ta mission est inscrite dans ton cœur profond
Combien de personnes autour de 50 ans s’interrogent avec raison sur leur parcours professionnel, car c’est l’un des tournants importants de la vie. Est-ce que je vais continuer à m’investir autant dans le travail, quitte à voyager de plus en plus, ne plus voir ma famille et être un père absent, risquer la rupture dans mon couple, ou vais-je choisir de réduire mes ambitions, refuser tel poste pour avoir plus de temps pour les miens et pour moi, et équilibrer ma vie professionnelle, familiale et personnelle ?
Alors, toi qui lis ces lignes, tu ne peux plus te contenter de dire : C’est impossible, c’est trop tard, je n’y arriverai pas. Vois-le bien : en adoptant cette attitude négative et défaitiste, tu sabotes en toi l’action de Dieu qui veut te révéler à toi-même et t’aidera à accoucher de ta mission. Tu aurais tort de privilégier un axe parce qu’il est plus reconnu par la société ou dans ta famille. Ce que certains appellent « la sainteté cachée » consiste à réaliser sa mission le mieux possible, là où on est, avec le plus d’amour, le plus de joie possible. On ne se rend souvent pas compte de la fécondité d’une vie où l’on essaie simplement de bien faire ce qu’on a à faire.
L’offrande cachée
Il y avait, pendant la guerre, des chefs de la Résistance qui n’étaient connus de personne, pas même de leur famille, pour des raisons de sécurité évidentes. Ils œuvraient sans que personne ne le sache, acceptant pour certains d’être considérés comme des lâches ou des « collabos » ! Par analogie, je peux accomplir une mission importante dans ma vie quotidienne par ma conscience professionnelle, ma patience, ma persévérance, mon courage, mon don aux autres, l’offrande de mes journées sans que personne ne le sache.
Prends conscience de ce qui est vraiment inscrit dans ton cœur profond. Quel état de vie, l’un n’étant pas meilleur que les autres : est-ce le mariage, le célibat, la vie monastique ? Chaque état présente des avantages et des inconvénients. Le tout est de bien l’accomplir, de façon unifiée et non pas en rêvant à autre chose. Quelle est ma fonction dans la société ? Priant (et on ne se rend pas compte de l’importance de la prière pour autrui), écoutant, organisateur, conciliateur, inventeur, soignant, technicien, formateur… ? Y a-t-il un mot, une dénomination dans laquelle je me reconnais vraiment et qui me donne de la joie quand j’y pense ? Même si je n’ai pas la formation suffisante ou pas le courage de l’entreprendre, comment me rapprocher le mieux possible de mon axe ?





