Yves Boulvin
est formateur en relations humaines, psychologue et consultant. Il organise depuis de nombreuses années des stages en entreprise,parallèlement à son activité de thérapeute. Il anime depuis plus de dix ans les émissions Foi et psychologie retransmises sur différentes radios francophones.
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J’ai peut-être rêvé de former un couple uni, harmonieux, mais ce n’est pas ce que j’ai vécu et je me retrouve aujourd’hui célibataire contre mon gré, marié mais avec de nombreuses difficultés conjugales, séparé, divorcé, veuf ou veuve. J’ai longtemps cherché l’âme sœur et je ne l’ai pas trouvée.
Et puis je me suis rendu compte que je pouvais vivre des amitiés spirituelles profondes qui me permettaient de ne plus me sentir seul(e). J’ai vécu et perçu le danger de vouloir m’approprier quelqu’un, d’être tout pour lui, le risque du mon, ma, mes (« mon mari », « ma fille », « mon amie ») qui expriment plus souvent une demande affective qu’un amour véritable.
Dans la ronde des Enfants de Dieu
J’ai aspiré à quelque chose de plus léger, qui enrichit et ne retire rien à personne, et je vous ai rencontrés : toi, ma petite sœur religieuse qui, dans ton couvent, pries pour moi, pour toutes les personnes que je rencontre, et qui es heureuse de savoir que moi qui vis à l’extérieur, dans le monde, je peux œuvrer pour le Seigneur dans mon ministère de soignant, de prêtre, de responsable, etc. ; toi, ma petite sœur, mon petit frère, rencontrés dans un pèlerinage, un foyer de charité, un sanctuaire. Nous nous sommes sentis spirituellement proches, et nous avons réussi à bien déterminer qu’il ne pouvait s’agir d’amour physique entre nous, que nous ne vivrions jamais ensemble ; que ce n’était pas notre désir l’un et l’autre, et que, d’ailleurs, nous ne le pourrions pas, mais que le trésor résidait dans cet amour désintéressé et cette bénédiction qui circulent entre nous, à distance. Quand nous pensons l’un à l’autre, cela nous fait du bien, nous prions ensemble là où nous sommes, dans notre fonction, notre vocation ; nous prions l’un pour l’autre.
Nous entrons dans cette ronde des petits enfants de Dieu, tous complémentaires autour de Jésus et de Marie. Cela permet à chacun de vivre un peu, à travers d’autres, un état de vie qui ne lui est pas possible de choisir actuellement. Dans notre ronde, moi qui suis célibataire, il y a toi, mère de famille, dont j’admire le dévouement, le sens pratique. Tu m’apprends l’amour-partage, et moi, je t’apprends à prendre du temps pour toi, à te faire du bien, à te ressourcer. Dans notre ronde, moi qui travaille dans une usine, dans un bureau et qui souffre d’un environnement trop matérialiste, trop porté sur le rendement et la performance, où il y a trop de bruit et d’agitation à mon goût, je suis heureux de penser à toi qui vis dans le silence, le recueillement, la prière, qui me portes dans ta liturgie, et cela m’habite profondément. Moi qui suis actif, j’ai besoin de ton côté contemplatif, et tu m’as exprimé la même chose à l’inverse de ton côté. Moi qui n’aime pas lire, ou qui n’en prends pas le temps, je suis heureux de profiter de tes découvertes et tu t’émerveilles de la façon dont moi, je les mets en pratique. Moi qui ai une vie rythmée, cadencée, que certains jugeraient répétitive, je suis enrichi par tes voyages, les rencontres que tu fais à travers d’autres cultures, les enseignements que tu en tires.
Je choisis une famille spirituelle
J’aspire à la joie du Ciel. Dans cette ronde où nous nous enrichissons mutuellement et où nous sommes reliés intérieurement, où chacun est à sa place dans ce qu’il a à vivre, je trouve une vraie joie, car cette joie est détachée de tout attachement possessif. J’ai compris qu’il était dangereux pour moi de ne m’attacher qu’à toi, et c’est pourquoi le Seigneur, dans son amour, me donne de vivre différentes amitiés sur des plans différents, incomparables. Quelle fécondité dans l’amitié entre François d’Assise et Claire ! Jean-Paul II a sûrement aussi beaucoup reçu à travers des amitiés spirituelles qui le portaient. Ma responsabilité est de ne plus m’isoler, mais de me relier.
Si je dis que je n’ai pas d’amis, qu’ai-je fait pour en découvrir ? Quel obstacle reste-t-il en moi à l’amitié vraie ? Est-ce que je crois encore qu’on ne peut pas m’aimer, que je n’ai rien à apporter, que je ne suis pas intéressant(e) ? Ou est-ce que je suis entré dans un vrai chemin de renaissance pour découvrir les richesses qui m’habitent et que j’ai à donner aux autres ?
Des amis t’attendent, quelque part ; des amis s’approchent de toi. Mais vas-tu vers eux ? Resteras-tu dans cette attente passive où tu subis la vie, où tu attends que les autres viennent vers toi sans rien faire, quitte parfois à les repousser, ou accepteras-tu, petit à petit, d’aller vers eux, de faire les premiers pas, d’oser, de prendre quelques risques ? Dieu t’y aidera. Imagine ce que pourrait être ta vie : tu ferais partie d’un réseau, d’une famille d’âmes où l’on se porte mutuellement. Tu peux vivre en communauté sans faire partie d’une communauté, mais parce que tu te sens proche de tel ou tel mouvement, de tel ou tel monastère, de tel ou tel réseau d’amitié.
Ta famille spirituelle, ce peut être aussi tous ceux qui sur terre ont la même fonction, la même mission que toi et le font de tout leur cœur. Tu fais peut-être partie de la famille des soignants, des ouvriers, des artisans, des mères de famille, des enseignants, des chercheurs, des cadres, des agriculteurs, des fonctionnaires, des politiques, des journalistes… Et, sur un autre plan : des éveilleurs, des protecteurs, des dynamiseurs, des soutiens de famille, des piliers qui défendent des valeurs, des lions qui avancent et agissent, des créateurs qui innovent et proposent, des passeurs qui aident à franchir les passes difficiles de la vie, des ponts entre communautés et entre groupes…
Nos différences sont notre richesse
Je t’invite à faire la prière suivante : « Seigneur, tu as dit qu’il n’est pas bon que l’homme, la femme, soit seul(e). Les blessures de la vie, mes peurs, m’ont enfermé(e). Je veux aujourd’hui m’ouvrir aux amitiés que tu me donnes. J’ai confiance qu’il n’y aura pas entre nous de jugement, de comparaison, mais au contraire une véritable estime. »
Comme je suis heureux, moi qui ne joue d’aucun instrument, que tu joues du piano ! Moi qui n’ai pas développé mon sens de l’écriture, que tu aies édité des livres ! Moi qui n’ose pas parler, que tu fasses de si beaux sermons ou de si belles conférences ! Moi qui n’ai apparemment pas de dons pour le dessin, que tu dessines si bien ! Je ne profite pas de cette ronde d’amitié pour me dévaloriser, mais le fait même que vous ayez développé des talents qui ne sont pas les miens me permet de mieux épanouir ma spécificité, mon originalité dans la ronde. J’ai besoin de vous comme vous avez besoin de moi.
Pendant longtemps, j’ai cherché, voire quémandé, l’amour de mes parents, de mes frères ou sœurs, et j’ai bien dû me rendre compte de leurs fragilités, de leurs limites, voire de leur impossibilité de me le donner. Nous faisons partie de la même famille d’origine, mais nous ne vivons pourtant pas forcément dans le même monde. J’ai renoncé à vous demander ce que vous ne pouviez pas m’offrir, et je le reçois aujourd’hui dans cette ronde d’amitié qui me comble, dans cette famille spirituelle dont je fais partie, même si cette famille est faite de personnes solitaires, indépendantes, un tantinet rebelles… il y a tant et tant de façons de former une ronde ! De même que Jésus était entouré de douze apôtres qui, chacun, avaient leur personnalité, il n’y a pas deux familles, deux communautés, deux réseaux qui se ressemblent. Comme est merveilleuse la diversité que Dieu offre pour que chacun soit vraiment à sa place et relié !
Es-tu vraiment entré dans la ronde ? Le désires-tu ? Un réseau ne veut pas dire que l’on vit tous au même endroit. On peut être très proche de personnes éloignées physiquement. Te sens-tu revitalisé, ressourcé, quand tu penses à tel ou tel ami ? Est-ce léger ? revigorant ? Vous soutenez-vous mutuellement ? Cela vous aide-t-il à repartir dans les moments difficiles, à rebondir, à ne jamais vous décourager, et cela d’autant plus que chacun ne veut pas décourager l’autre ou les autres ?





