Yves Boulvin
est formateur en relations humaines, psychologue et consultant. Il organise depuis de nombreuses années des stages en entreprise,parallèlement à son activité de thérapeute. Il anime depuis plus de dix ans les émissions Foi et psychologie retransmises sur différentes radios francophones.
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Il ne faut pas se laisser faire… Il faut montrer les dents… Il faut taper du poing sur la table… Que d’expressions n’avons-nous pas entendues qui montrent que la vie est une lutte, que les faibles se font manger par les plus forts, que c’est la loi de la jungle, que réussissent ceux qui ont les dents longues… Cette vision se retrouve dans bien des domaines de la vie puisque l’on va parler, en marketing, d’"attaquer" le marché et en sport, de vaincre "l’adversaire".
Il est vrai, à première vue, que si le loup et l’agneau sont appelés selon la Bible à paître un jour ensemble, ce n’est pas vraiment le cas aujourd’hui, et M. Seguin continuera encore longtemps à conseiller à sa chèvre Blanchette de ne pas tenter le diable et de ne pas monter sur la montagne ! Des siècles de guerre ne font d’ailleurs que confirmer nos craintes et positions défensives.
Des icônes de la faiblesse
Pourtant, il est des saints et des sages dont la douceur enfantine est telle qu’ils confondent et désarçonnent ceux qui les attaquent, ces derniers ne s’attendant pas à une telle attitude. Si quelqu’un nous agresse devant d’autres et qu’au lieu de lui rendre la monnaie de sa pièce, nous lui disons simplement et en vérité : Je te comprends, sa colère, comme un coup d’épée dans l’eau, a beaucoup de chances de s’atténuer.
Sauf face à certaines bandes d’adolescents ou en pleine guerre, il est des attitudes désarmantes qui font progresser la paix. Que dire de François d’Assise, de frère Roger, de Mère Teresa, du bon pape Jean XXIII, mais aussi de Jean-Paul II qui, d’abord modèle de pape sportif, est devenu, après l’attentat dont il a été victime en 1981, l’icône de la force de Dieu à travers la faiblesse assumée…
Ces cadeaux que je reçois
Alors, la vie : combat ou cadeau ? Ce n’est pas par le combat que Josué a pris Jéricho, ce n’est pas par le combat que les Hébreux ont reçu chaque jour la manne dans le désert, ce qui n’était pas, par ailleurs, une invitation à la paresse ! Comment donc se sont effondrés une certaine forme de communisme en URSS et le mur de Berlin… ?
Comment se fait-il que ce soit à des petits enfants que Marie donne le plus souvent ses messages, et non pas à des politiciens, des lutteurs ou des entrepreneurs ? Y aurait-il une autre voie à découvrir ? Ai-je pris conscience de tous les cadeaux que je reçois chaque jour de la part de Dieu ?
Si l’on donne des cadeaux aux enfants à Noël, c’est pour nous rappeler que Dieu, en tant que Père, nous couvre de cadeaux. Savons-nous les reconnaître ? Noël, c’est tous les jours ! Tous les jours, il y a dans ma vie des signes de l’Amour de Dieu et de sa Présence, que je vais m’entraîner à identifier, pour ma plus grande joie. Or cela exige que j’arrête de lutter en concentrant toutes mes forces dans un combat personnel où je veux l’emporter sur l’autre, ce dont j’ai trop souvent l’habitude. J’ai évidemment à agir, mais à agir avec Dieu, inspiré par Lui. Il est bien difficile de battre un tout-petit qui nous fait craquer, qui ouvre notre coeur…
Un petit enfant confiant
C’est ce que Jésus propose en nous disant que si l’on nous frappe sur une joue, nous pouvons tendre l’autre, non pas pour recevoir un coup supplémentaire ou par masochisme, mais pour inviter notre adversaire à réagir autrement. C’est difficile de battre quelqu’un qui ne se défend pas, qui, ayant confiance en Dieu, ne cède pas à la peur. Cela ne veut pas dire non plus que nous n’avons pas à fuir certaines situations, certains endroits, certains groupes maléfiques, parce que la Providence nous fait sentir le danger. Soyons « candides comme des colombes », mais aussi « prudents comme des serpents » (Mt 10, 16).
Je suis un petit enfant qui avance en toute confiance, guidé par la colombe de l’Esprit Saint, entouré par ses Parents divins, affermi par sa force intérieure et par les protections qu’il n’hésite pas à mettre… mais sans rajouter la bagarre à la bagarre, la colère à la colère. Si je ne combats pas de front, si je ne cherche pas à gagner à tout prix contre mon "adversaire", en même temps, je me donne le droit d’arrêter la relation ou de le quitter s’il y a vraiment un danger. Je ne suis ni masochiste ni doloriste. Les arts martiaux, déjà, indiquent qu’il y a une autre façon d’utiliser l’attaque de l’adversaire que de la contrer brutalement. Si David a vaincu Goliath, et le petit Poucet l’ogre, ils n’ont pas utilisé des moyens habituels.
Alors je vais apprendre à me renforcer, à me fortifier (mon côté Adulte sera important pour cela), à affermir mon autorité, à développer en moi le bon lion, à savoir rugir quand il le faut… Mais je ne grifferai pas, je ne mordrai pas ; Jésus nous en a montré le modèle en ayant une parole forte, une attitude majestueuse, mais aussi une bienveillance confondante qu’à son exemple, je vais faire grandir petit à petit en moi.
Le combat de la miséricorde
La vie, combat ou cadeau ? Cadeau d’abord, parce que la vie est belle en elle-même, seuls les hommes la ternissent. Cadeau parce qu’un Père ne cesse de choyer ses enfants, cadeau parce qu’un amoureux gâte sa bien-aimée. Mais aussi combat contre tous les conditionnements qui m’entourent, contre tous les a-priori, les scénarios négatifs dans lesquels je me suis enfermé. Combat par le tri que je peux faire dans mon hérédité lourde ; combat contre certaines de mes tendances désordonnées ; mais là encore, si ce combat est frontal et si je porte sans cesse des jugements définitifs sur moi-même, je risque - comme l’a dit Jésus - d’arracher le bon grain avec l’ivraie.
Alors, le vrai combat n’est-il pas de découvrir une autre pédagogie, pas celle que l’on m’a apprise, pas celle des guerres, mais celle de la miséricorde ? J’apprends à m’aimer dans mes petitesses, dans ma fragilité, mes imperfections, non pas pour les justifier, mais pour les retourner, remonter à la source, à leur origine positive, tel que Dieu m’a créé. Si je suis en proie à de violentes colères (cf FL n° 231), ce n’est pas en me mettant en colère contre elles que je vais m’en sortir, c’est en les défoulant dans des endroits faits pour cela ou en les spiritualisant ; c’est en les orientant autrement, en utilisant l’énergie positive qui les traverse et en mettant à jour ce qui est à leur origine : un désir d’amour, un appel à l’amour.
Retrouver l’ourson en moi
C’est ainsi que je vais peu à peuévangéliser mes profondeurs, comme dit Simone Pacot, que je vais apprivoiser tous les animaux féroces que je découvre en moi : de cet ours intérieur redoutable qui me faisait peur, je ne vais garder que la force, la solidité et ce petit ourson que je prendrai tendrement dans mes bras. Ainsi, dans mon arche, je pourrai faire entrer progressivement tous les animaux qui m’habitent. Cette pédagogie de compréhension, d’apprivoisement, de retournement en positif de tout ce que j’ai “négativisé” dans ma vie, je l’appliquerai aussi aux autres et je ne les combattrai plus de la même façon. Alors, je m’entraîne. Il y a beaucoup d’humilité et de simplicité à recevoir des cadeaux. Or, tout peut être cadeau. Redevenir des petits enfants, c’est savoir, comme des petits, jouer et se réjouir d’une fleur ou d’une pierre au bord de la route. Que la création est belle pour celui qui ne combat plus négativement et qui se laisse traverser par l’Amour et la Lumière de Dieu…
La lumière du coeur
S’il y a un juste combat, c’est bien contre tout ce qui fait, en moi, obstacle à la lumière : mes “négativités”, mes dramatisations, mes exagérations, mes culpabilisations et culpabilités lancinantes, mes obsessions, mes idées fixes, mes accusations, mes jugements et critiques… Mais là encore, je le ferai avec tendresse et sollicitude. Qui suis-je pour ne pas aimer ce premier prochain qui est moi-même ?
C’est un vrai retournement auquel je suis invité. À combat et cadeau, je pourrais ajouter que le combat du coeur est loin de celui des poings ou même de celui de la tête. Si je veux combattre comme l’a fait Jésus, il y a bien des causes qui attendent ma présence, ma parole, ma disponibilité offerte.





