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Je veux être plus heureux

(Auteur: Yves Boulvin - Parution F&L n° 234 de Décembre 2004)

Yves Boulvin
est formateur en relations humaines, psychologue et consultant. Il organise depuis de nombreuses années des stages en entreprise,parallèlement à son activité de thérapeute. Il anime depuis plus de dix ans les émissions Foi et psychologie retransmises sur différentes radios francophones.

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J’ai en moi tout ce que je cherche à l’extérieur ; je suis habité dans ma profondeur par un trésor : les dons, les talents que Dieu a mis en moi. Mais la plupart du temps, je les ignore. Je suis encombré par toutes les images que l’on m’a données de moi et que je me suis faites: le vilain petit canard, le crapaud, le méchant, le menteur, l’hypocrite…

Un décalage source de culpabilités
Toutes ces paroles sont comme un poison que j’aurais reçu : par culpabilité, je me suis identifié à elles car, enfant, je me rendais bien compte que ce que je faisais n’était pas toujours juste. Je me sentais capable du meilleur, mais aussi du pire ! Je sentais en moi la rivalité, le désir d’être aimé plus que les autres, j’avais des révoltes contre l’injustice. J’étais jaloux de mon petit frère ou de ma petite sœur qui me prenait l’amour de ma mère, l’attention de mon père. Pour qu’ils s’occupent plus de moi, je me mettais en colère, je cassais, je faisais des « grosses bêtises »… Au fond, je vivais un décalage entre une aspiration profonde que je connaissais mal, l’idéal que l’on me proposait d’atteindre, et mes comportements quotidiens.
Aujourd’hui, je ne me vois malheureusement plus comme Dieu me voit. Au lieu de discerner en moi sa Création, de considérer le cygne que je suis, je me dévalorise, je me nie. Ou au contraire, je « surcompense » en me mettant au-dessus des autres, en ironisant, en dominant ou en persécutant à mon tour. J’ai à retrouver un regard innocent sur moi, un regard qui me voit tel que je suis vraiment.

Un changement de regard
C’est ce regard que, dans Les Misérables de Victor Hugo, l’évêque a eu sur Jean Valjean, le forçat, qui en réponse à son invitation, venait de lui voler l’argenterie qu’il avait sortie pour l’honorer. Devant la police, l’évêque ne le charge pas mais au contraire déclare lui avoir donné cette argenterie ; et à l’image de Dieu, il donne plus encore : il va chercher deux chandeliers et les lui offre en surplus. C’est ce regard de l’évêque qui va transformer intérieurement Jean Valjean pour le mener au meilleur de lui-même et faire de lui Monsieur Madeleine qui sera charitable le reste de sa vie. Il gardera en souvenir les deux chandeliers jusqu’à sa mort…
Et toi, as-tu vraiment rencontré le regard d’Amour de Dieu sur toi ? T’a-t-il transformé ? En gardes-tu un souvenir précis, matérialisé par un support (photo, musique, parole…) qui peut te le rappeler chaque jour ? As-tu ôté de ton psychisme cet inspecteur Javert qui ne peut croire que Jean Valjean, le forçat, soit devenu un homme bon, et qui fera tout pour le faire chuter ? L’inspecteur Javert ou l’évêque : quel regard sur l’homme choisis-tu ?
Nous voyons trop souvent la boue de notre vie, Dieu voit l’or qui y est caché. Nous voyons le négatif de la photo. Dieu est le Révélateur qui transforme le négatif en positif et nous rappelle la lumière particulière qu’il nous a donnée au départ de notre vie. Plus je pourrai m’en souvenir et le vivre, moins je jalouserai et envierai les autres. Le sens de ma vie apparaîtra alors : mettre à jour ce que je suis vraiment, être vraiment moi, tout moi, rien que moi. Alors, le vrai bonheur, n’est-ce pas de découvrir toute cette richesse qui m’habite ?

Je m’accepte tel que je suis
Dieu est le chef d’orchestre qui me révèle l’instrument que je suis et m’aide à en jouer le plus justement possible. Il n’y a aucun mérite à se dévaloriser sans cesse. À l’ange qui lui dit qu’elle sera la mère de l’Emmanuel, Marie ne se dévalorise pas en disant qu’elle en est incapable, elle ne se survalorise pas non plus en faisant remarquer que Dieu a bien fait de la choisir. Est-ce que le bonheur ne serait pas alors de dire simplement oui à ce que je suis vraiment ? Et à retirer tous ces éléments du passé qui m’empêchent encore d’être moi-même ?

La joie d’être pardonné
Devenir chrétien, c’est vivre la joie de me sentir totalement aimé, principalement là où je m’en veux le plus, là où j’ai le plus honte et où j’ai le plus mal, c’est-à-dire dans tous mes manquements à l’amour.
On peut dire que pardonnent le mieux ceux qui ont eu la conscience la plus vive à un moment de leur vie d’avoir produit de la souffrance autour d’eux, ceux qui ont regretté sincèrement leurs actes, et ont fait l’expérience du Pardon absolu de Dieu. Ceux-là pardonneront plus facilement aux autres…

J’ai droit au plaisir !
Je ne suis pas sûr d’avoir bien intégré le droit de me faire plaisir, parce que ce mot a eu mauvaise réputation dans ma famille, dans mon milieu d’origine : le plaisir était méprisable, honteux ; d’ailleurs, ce terme était banni du vocabulaire familial. Il n’était pas question de se faire du bien quand d’autres personnes connaissaient tant de souffrances. Il fallait être sérieux et travailler.
C’est pourquoi aujourd’hui, je ne sais plus très bien ce que je veux : Mes élans sont coupés. Par moments, je me sens dans la nuit, dans le vide. J’ai du mal à me donner le droit d’avoir des petits plaisirs tout simples, comme de rencontrer des amis, d’avoir des activités qui m’ouvrent des horizons nouveaux, de trouver des centres d’intérêts qui développent la curiosité et la créativité de mon petit enfant intérieur.
J’ai le droit et le devoir de mettre de la couleur et des fleurs dans ma maison, d’avoir le cœur en fête même s’il y a des malheurs autour de moi. Cultiver en moi la tristesse par respect pour la souffrance des autres ne rend pas les autres plus heureux. Au contraire ! Depuis que je cultive la joie intérieure, celle qui est née de toutes mes blessures acceptées, cela a développé en moi la compassion, la faculté de reconnaître la blessure chez l’autre. J’alimente ma joie intérieure quotidiennement par des petits bonheurs qui me rafraîchissent, qui me font dire que la vie est belle, même si par ailleurs je connais la souffrance. Cette dernière, j’ai appris à la traverser autrement, et avec Dieu.

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