Yves Boulvin
est formateur en relations humaines, psychologue et consultant. Il organise depuis de nombreuses années des stages en entreprise,parallèlement à son activité de thérapeute. Il anime depuis plus de dix ans les émissions Foi et psychologie retransmises sur différentes radios francophones.
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Il y a un moment, essentiel dans ma vie : celui où je découvre le Ciel qui m’habite en profondeur. À l’occasion d’une difficulté affective, professionnelle, d’une rupture, d’un changement de cap, d’un deuil, quelque chose en moi est bouleversé, une ancienne façon de penser est remise en cause.
Tout en moi est souffrance, je suis confronté à mes peurs, à mes colères, à une nostalgie profonde qui m’habite, je me sens découragé. Et puis, un beau jour, le Ciel se dégage en moi et je découvre une luminosité que je ne connaissais pas. Au-delà de ma souffrance, de mes tribulations, je me sens attiré par un endroit plus profond où tout baigne dans la paix, où je découvre un amour total, inconditionnel, une douceur et une tendresse infinies, une joie qui me comble.
Je désire vivre du Ciel
Je viens de toucher quelque chose de l’éternité. De nouvelles valeurs, un nouvel étalon se sont mis en place en moi. Je découvre la différence entre mon psychisme blessé, plaintif, rempli de revendications, et un autre lieu de moi-même, plus profond, où règnent une sérénité, une ouverture à l’infini qui me comblent. Je peux aussi avoir contacté cet endroit intérieur lors de retraites, de rassemblements, de sessions de guérison, d’une liturgie, ou bien en contemplant la nature, un tout petit enfant, un geste désintéressé, une personne qui, à la fin de sa vie, a tout donné. Quelque chose a remué en moi et je me suis dit : C’est cela que je désire vivre.
J’ai vécu par instants la sensation de ce Ciel qui m’habite, de mon Ciel intérieur. Ma solitude est habitée par une intensité, une densité intérieure, un sentiment de communion universelle, je me sens relié. La notion de Présence m’envahit et je deviens plus présent à moi-même. Je découvre que le trésor est en moi, que la Trinité m’habite et que, dans ce lieu profond intérieur, je me sens proche de tous ceux qui ont traversé la mort, qui pensent à moi, qui m’aident tout au long de mon parcours. Je développe une nouvelle sensibilité. Certains saints, certaines personnes de mon hérédité me deviennent encore plus présents que ceux que je rencontre physiquement chaque jour. Je suis entré intérieurement dans une nouvelle dimension. Je comprends que là est ma Source, là est ma base, mon fondement, et que je ne peux m’équilibrer et agir qu’à partir de ce lieu intérieur.
J’installe le Ciel chez moi
J’ai découvert un peu de mon Ciel, et je veux l’agrandir. Aussi, je vais l’incarner dans l’endroit où je vis, dans ma chambre, dans ma maison. C’est beau de mettre les photos de mes proches, mais n’est-ce pas encore plus beau que je puisse visualiser le Ciel qui m’habite ? Si je vis seul ou si je peux le partager avec mon conjoint, mes colocataires, rien ne m’empêche d’enrichir mon environnement par des icônes, des supports qui vont me parler de Dieu, de son amour.
De même que j’ai besoin très concrètement de me souvenir des courses que j’ai à faire ou des tâches qui sont les miennes, je comprends que j’ai besoin de m’entourer de stimulants, de relais qui me font entrer dans mon intériorité, dans l’éternité : une image du Saint-Suaire, d’un Père tout-aimant qui étreint son enfant, d’un berger entouré de ses brebis, blanches ou grises, et qui répand son amour sur toutes… ; mais aussi la photo d’une basilique que j’aime particulièrement, comme le Sacré-Cœur de Montmartre, la basilique de Lisieux, ou une autre… Je peux choisir des photos qui me rappellent tel pèlerinage : au Saint-Sépulcre, au mont des Béatitudes, à Lourdes ou ailleurs. Mais aussi, pourquoi pas ?, la représentation de tel ou tel saint, important pour moi, que j’ai découvert ou qui m’a rencontré, qui me protège, dont la vie me parle particulièrement.
Je me crée un sanctuaire
J’enrichis mon environnement spirituel chez moi de la même façon que je dispose matériellement mon mobilier pour que cela me convienne. Je ne m’interroge pas sur ce qu’en pensent les autres ou sur les éventuelles réflexions de telle ou telle personne invitée. Et, à l’occasion de travaux dans une pièce que je refais, je me demande comment l’aménager pour que je m’y sente bien et dans mon Ciel. Car ensuite, chaque fois que j’entrerai dans cette pièce, immédiatement je verrai les bras grands ouverts, tendus, du Père, j’allumerai une bougie ou une mèche, je ferai brûler un peu d’encens et je me replongerai plusieurs fois par jour dans cette atmosphère où le Ciel imprègne tous mes sens.
Si je suis en-dehors de chez moi, je cherche, et c’est important, des lieux de ressourcement où je vais pouvoir m’arrêter quelques instants : en allant à mon travail, en en revenant, ou à l’heure du déjeuner. Je choisis par exemple une église que j’affectionne particulièrement. Quel que soit l’endroit où j’habite, ville ou campagne, je peux en faire un sanctuaire, voire un petit monastère. Il y a des villes qui sont tout imprégnées de la présence du Cœur de Jésus, comme Paray-le Monial ; de Marie, comme Lourdes ; ou d’une sainte, comme Thérèse à Lisieux. J’apprécie ou non tous ces objets religieux vendus près des sanctuaires, il n’en reste pas moins qu’ils rappellent sans cesse une dimension et la rendent présente. Plutôt que de sortir un poncif, une idée toute faite, du style : Ces marchands du temple, comme c’est vilain !, je vais chercher ce que j’offrirai, mais aussi ce que je peux ramener chez moi, ce qui va ensuite me permettre de retrouver et d’intensifier mon cœur à cœur avec Dieu.
Toi qui souffres…
Toi qui te sens seul, toi dont le couple est difficile à vivre, qu’as-tu mis en place pour qu’en rentrant chez toi, ton regard se porte sur Celui qui t’aime infiniment ? Sans doute diras-tu : Oui mais, justement, mon conjoint ne peut supporter ma religiosité, comme il l’appelle. Mes amis, mes enfants se moquent ou sont gênés devant cette manifestation de ma foi. Il n’empêche qu’il est indispensable que tu aies chez toi au moins une pièce, un endroit où tu puisses te ressourcer, te faire un autel. On ne peut pas vivre sans support et nous ne sommes pas encore arrivés, acceptons-le humblement, à un état intérieur qui nous permette de nous priver de tout.
Avoir devant les yeux l’image d’un agneau, d’une petite main d’enfant dans une grande main qui l’accueille avec amour, des pétales de fleurs séchées, un ange qui protège des petits enfants - et je me reconnais dans l’un d’eux -, un visage d’enfant émerveillé…, tout cela va me permettre d’apprendre à vivre chaque instant dans la présence de Dieu. Terre et Ciel seront intimement liés en moi, partout où j’irai. Le fait même de m’être retrempé dans une ambiance spirituelle qui est la mienne, dans mon Ciel, va me porter toute la journée et me permettre de traverser les moments difficiles et de me ressourcer intérieurement.
La musique aussi me mène au Ciel
Aujourd’hui, je veux respirer l’air du Ciel, m’en imprégner, goûter et savourer comme le Seigneur est bon, et ne plus jamais m’éloigner de cette Source. Je sais que je suis petit, faible, que j’ai besoin de rappels fréquents et donc de supports. La même attention que je mets à ma vie quotidienne, au rangement chez moi, je vais la porter à la mise en place concrète du Ciel qui m’habite.
La musique aussi peut m’y aider. Quel type de musique ai-je l’habitude d’écouter? Me suis-je permis de m’acheter une radio, un lecteur de CD ou de cassettes, un MP3 qui me permet de me ressourcer spirituellement en écoutant, en chantant, en dansant, en découvrant des témoignages, en suivant des enseignements… tout en repassant, en préparant les repas, en faisant la vaisselle ou simplement en me promenant ? Les supports que je vais utiliser vont s’adresser à tous mes sens, et en particulier à ceux que j’ai le plus développés, mais je n’en oublierai pas les autres pour autant. Je vis sur terre, oui, mais d’autant mieux ancré que je demeure intérieurement dans le Ciel qui m’habite.





