Yves Boulvin
est formateur en relations humaines, psychologue et consultant. Il organise depuis de nombreuses années des stages en entreprise,parallèlement à son activité de thérapeute. Il anime depuis plus de dix ans les émissions Foi et psychologie retransmises sur différentes radios francophones.
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Dieu agit toujours avec pédagogie et amour et sa pédagogie est positive. Celui qui habite en chacun de nous connaît mieux que quiconque le fonctionnement de notre corps et de notre psychisme. Il sait combien toutes nos pensées négatives, nos dramatisations sont des ennemis pour notre santé psychique et mentale. Voilà pourquoi lorsqu’Il nous parle, Il le fait de façon constructive et vivifiante.
Je peux apprendre à reconnaître la voix de Dieu. Contrairement aux voix psychiques qui m’habitent, me parlent fort, m’accusent et me font peur, la voix du Seigneur est douce, lumineuse et claire, elle ne s’impose pas. Dieu n’habite pas l’ouragan, mais passe dans le silence ténu, le murmure de la brise légère (1R. 19,12)
D’abord allumer la lumière
Dieu ne s’adresse pas à moi d’une façon culpabilisante ce qui pourrait me décourager, provoquer une réaction de repli sur moi et me faire perdre goût à la vie. Même si dans ces cas exceptionnels où je me suis tellement éloigné de Lui, Il va, avec plus de force, mettre un coup d’arrêt et faire émerger à ma conscience une nouvelle vision . Sa voix sera alors plus nette, voire tranchante mais jamais accusatrice.
Pour les hommes et les femmes de bonne volonté que nous sommes et qui cherchons à nous améliorer, Dieu va s’appuyer sur ce qu’il y a de meilleur en nous, nous le rappeler, le mettre en valeur pour, ensuite, éclairer avec cette lumière les zones plus sombres de notre maison. On ne descend pas à la cave sans d’abord allumer la lumière. Et si à la cave la lumière s’éteint, nous nous sentons perdus.
Voilà pourquoi Dieu va toujours garder une lumière allumée pour nous faire voir avec douceur et clarté ce qui nous encombre et les sabotages qu’inconsciemment nous mettons en oeuvre pour nous empêcher de participer à la vraie Joie qu’Il veut nous donner.
Inefficacité du reproche
Lorsqu’on écrit une lettre, dans les règles de savoir-vivre, on commence par « Cher monsieur, Chère madame » et on termine par une formule de politesse. Ce qu’il y a de plus délicat à dire, on va le placer au milieu. Si on veut être efficace, on va réaliser que la façon de dire les choses est au moins aussi importante que ce que l’on dit.
Des études sur les types de personnalités psychologiques ont montré qu’à peine 20% des personnes peuvent supporter et réagir positivement à une phrase totalement négative de reproche qui leur est adressée. Par ailleurs, beaucoup de reproches correspondent plus à une aigreur ou à un défoulement qu’à une vraie volonté de faire avancer les choses.
Devant une remarque brutale et autoritaire, les personnes "sensibles" ne se sentent pas aimées, pas comprises et perdent tous leurs moyens. Les personnes que l’on appelle "stoïques" se bloquent, se braquent et ne vous adressent plus la parole. Les personnes dites "réactives" ou "rebelles" n’attendaient que cela pour vous rentrer dedans et vous contrer et c’est la guerre ! D’autres, "les persévérants", vous feront la morale ou rentreront dans de longues justifications. Rares sont celles qui seront capables de faire le tri dans ce qui a été dit, dans la façon dont cela a été exprimé et qui pourront en tirer un bien.
Plus, moins, plus
Aujourd’hui, les psychologues invitent à prêter une attention particulière à la forme. Bien communiquer, c’est d’abord accueillir et savoir dire ce que l’on aime dans l’autre, c’est ne jamais attaquer l’être, la personne elle-même, c’est ensuite souligner ce qui va bien avant d’aborder ce qui ne va pas. C’est encore chercher des solutions pour résoudre le problème plutôt que de se faire un malin plaisir à des reproches successifs. C’est enfin montrer sa confiance dans l’autre et dans la réussite d’un changement tout en respectant son rythme et sa liberté de choix.
Comme dans la lettre de tout à l’heure, c’est ce que l’on pourrait appeler la pédagogie du "plus, moins, plus" : une négation doit toujours être précédée et suivie d’une affirmation positive. Il ne s’agit ni de faire de l’angélisme (uniquement plus), ni d’avoir une attitude masochiste, doloriste ou persécutrice (uniquement moins), mais de combiner les valorisations, l’analyse des points à améliorer et les encouragements.
Le triomphe de l’Amour
La Semaine Sainte illustre bien cette pédagogie : le dimanche des Rameaux, Jésus entre triomphalement à Jérusalem, Il est acclamé, puis le dimanche de Pâques, Il ressuscite et c’est le triomphe de la Vie sur la mort. Entre ces deux pôles de lumière, Il connaît sa Passion : "Plus, moins, plus".
Cette Passion est elle-même la victoire de l’Amour : elle est bien sûr la souffrance infinie que Jésus a connue, l’état d’abandon total qu’Il a accepté de vivre pour rejoindre tous les hommes mais elle est aussi à travers cela, l’Amour qui triomphe de tout mal. Car c’est l’Amour et seulement l’Amour qui a mis Jésus en croix. En Lui, Il ne s’est trouvé aucun mal, aucune négativité. Tout le mal de l’humanité s’est engouffré sur la croix, mais n’y ayant trouvé aucune résonance, ce mal a été dissout à jamais. Seule la pureté totale de Jésus pouvait tout engloutir. La Semaine Sainte est en vérité la victoire du Bien et de la pureté originelle sur tout ce qui empêche l’homme d’être pleinement lui-même et réellement heureux.
M’aimer tel que Dieu m’aime
"Plus, moins, plus", c’est ainsi que Dieu nous parle. Voilà pourquoi face à celui qui m’agresse aujourd’hui, je vais d’abord chercher à comprendre ce qui le motive. Je vais aussi reformuler ses reproches pour être sûr de les avoir bien compris et pour en faire le tri. Mais je ne combattrai plus directement le mal par le mal. « J’ai compris très tôt qu’il fallait non pas agresser l’agresseur, mais comprendre pourquoi il agit de la sorte » écrit Boris Cyrulnik, psychiatre qui, enfant juif, a frôlé la déportation où sont morts ses parents.
Si j’adopte cette attitude vis-à-vis des autres, c’est que, grâce à l’Amour de Dieu, j’ai d’abord appris à m’aimer moi-même : je ne m’identifie plus à mon "vilain petit canard" intérieur, je ne me complais plus dans le reproche incessant de mes fautes et de mes imperfections, je respecte qui je suis dans la profondeur et je découvre avec reconnaissance mes ressources, mes dons et mes talents.





