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J’avance à petits pas

(Auteur: Yves Boulvin - Parution F&L n° 225 de Février 2004)

Yves Boulvin
est formateur en relations humaines, psychologue et consultant. Il organise depuis de nombreuses années des stages en entreprise,parallèlement à son activité de thérapeute. Il anime depuis plus de dix ans les émissions Foi et psychologie retransmises sur différentes radios francophones.

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Prendre de grandes résolutions, de celles qui engagent tout une vie, peut nous faire peur. Nous ne pouvons y arriver qu’en nous entraînant chaque jour à de petites décisions, en nous y tenant et en avançant pas à pas ; en donnant un sens à chacune de nos actions ordinaires et en les réalisant, en Dieu, d’une façon extraordinaire.

On s’est souvent moqué d’Émile Coué qui invitait ses malades à dire quotidiennement cette simple phrase : Chaque jour et à tout point de vue, je vais de mieux en mieux. Or, les praticiens savent combien les suggestions positives sont efficaces. Lorsque l’on parle de la méthode Coué, on pense à une méthode mécanique, superficielle, sans profondeur, et pourtant !

Paroles de mort et Parole de vie
Quand je prends conscience de ce que je me dis intérieurement tout au long de la journée, je me rends compte que j’applique la méthode Coué « à l’envers » en répétant des phrases du type : Je suis incapable, Je ne vaux rien, Comme je suis bête !, Je n’ai pas de mémoire, Je suis nul. Toutes ces phrases me semblent de peu d’importance et je continue à les dire et à les redire, sans réaliser que je retourne le don de Dieu, la Parole de Vie : « Et le Verbe s’est fait chair » (Jn 1, 14 ), à mon détriment et à celui des autres. Dans la Genèse, c’est le serpent qui introduit cette façon de penser… Là où Dieu donne l’abondance et protège (Gn 3,4), le serpent réduit, négativise et introduit le doute. Quel gâchis !
Je vais donc apprendre à me rendre compte, chaque jour et à chaque fois, lorsque je me donne de telles injonctions ou que je les accepte des autres sans discernement. Ensuite, je chercherai à les stopper aussitôt, car c’est dès le début que je peux contrôler mes pensées. Stop ! Enfin, je m’exercerai à les remplacer par des propositions inverses constructives. Par exemple, au lieu de dire Je suis nul, je dirai, ce qui est la vérité : Dieu a mis en moi tout ce qu’il faut pour réussir dans mon domaine de compétence. Au lieu de dire Je suis bête, je dirai : Je découvre chaque jour avec émerveillement et reconnaissance mon type d’intelligence.

Sept formes d’intelligence
Les psychologues ont découvert - ce qui paraît une évidence - qu’il n’y a pas une seule forme d’intelligence, celle qui était valorisée par les tests autrefois, mais au moins sept formes d’intelligence qui sont chacune localisées dans une partie du cerveau : verbale, logico-mathématique, musicale, visuelle et spatiale, corporelle, inter-personnelle, intra-personnelle, auxquelles on rajoute parfois l’intelligence de la nature (voir bibliographie). La seule question est de découvrir la ou les formes d’intelligence que j’utilise préférentiellement et qui peuvent servir ma vocation. Par ailleurs, la principale, la plus profonde, n’est-ce pas l’intelligence du cœur ?
Un sportif de haut niveau n’aura pas la même dominante d’intelligence qu’un musicien, qu’un mathématicien ou qu’un psychologue. Il est important que je découvre et que j’affirme les types d’intelligence qui sont les miens parce qu’en pensant le contraire (Je suis bête), je vais m’attirer tôt ou tard des réflexions du même type. Ainsi, cet homme à qui son père déclarait qu’il était «un bon à rien» le disait ensuite de lui-même et le pensait si fortement qu’on finissait par le lui renvoyer.

Mémoire et motivation
Au lieu de dire Je n’ai pas de mémoire, je pourrai constater qu’il s’agit souvent d’un manque de motivation ou d’un manque de vigilance. Manque de motivation, car là aussi j’ai le type de mémoire qui correspond à mon être profond : l’un se souviendra de dates apprises, un autre de petits événements quotidiens, un autre de ce qu’il a mangé ou fait à manger, un autre de ce qu’il a vécu spirituellement… Et manque de vigilance : je ne sais plus où j’ai mis l’objet que je cherche, car je n’étais pas présent intérieurement au moment où je l’ai posé.
Ainsi, au lieu de dévaloriser la mémoire que Dieu m’a donnée, je vais me fixer un objectif positif par cette phrase : Je suis de plus en plus présent à ce que je fais, je développe chaque jour ma vigilance. C’est par la répétition d’une telle attitude, tous les jours, que je vais vraiment changer. Si je pouvais accueillir la vie telle qu’elle est, je serais dans un état de disponibilité à l’Esprit Saint, d’ouverture, sans aucun de ces parasitages psychiques. Mais puisque je suis encore conditionné par toutes ces façons négatives de penser, je vais me donner plusieurs mois ou plusieurs années pour vivre un vrai retournement, une profonde contrition et penser autrement.

Trois ans pour apprendre
Cela prendra du temps ; même s’il me fallait 10% de mon âge pour changer ma façon de voir les choses et de réagir, ce serait formidable. Je considère qu’une durée de trois ou quatre ans est normale pour apprendre un métier, un sport ou un instrument de musique, et je trouve ce temps extrêmement long en ce qui concerne ma transformation intérieure. Cela prouve simplement que j’ai été mal formé et que j’ai du mal à remettre en cause certaines habitudes mentales.
C’est donc tous les jours que je me répèterai ces phrases positives pour avoir en mémoire mon objectif de changement. En effet, si je me trouve devant un escalier de dix ou quinze marches et que je veux le monter en un seul bond, je pourrais m’y exercer toute ma vie, je n’y arriverai pas ! C’est ce qui fait que, dans mon perfectionnisme maladif, je finirai par dire cette phrase terrible : Jamais je n’y arriverai ! Le jour où je comprendrai qu’un escalier se monte marche après marche, je réussirai à le gravir en très peu de temps. Marche par marche !

Nul en maths !
Prenons l’exemple réel d’un élève de terminale qui, au mois d’octobre, avait 2 sur 20 en mathématiques malgré les cours de soutien que ses parents lui payaient, qui travaillait effectivement, mais qui était tellement persuadé d’être nul en maths qu’il perdait, à chaque interrogation, tous ses moyens. Au mois de novembre, il a 4 sur 20. Quelles vont être les réflexions de ses parents ? Sébastien, tu réalises pourtant combien ces cours de soutien nous coûtent cher? Ce n’est pas si difficile, les maths ! Un peu de logique, que diable ! Moi, à ton âge… Et puis, regarde Sylvain : il a eu 14, lui !
Il existe une autre pédagogie, c’est de lui dire : Bravo, Sébastien, tu as deux fois plus, continue ! Je te propose comme objectif d’avoir au moins 5 ou 6 la prochaine fois. Courage ! Tu t’améliores… Cette attitude n’est bien sûr possible que si Sébastien essaye vraiment de bien faire. La pédagogie des petits pas par renforcements et valorisations successifs permit finalement à Sébastien d’avoir 10 en juin au baccalauréat.
Des petits pas, chaque jour, cela s’applique à tous nos changements…

Pour en savoir plus :
Découvrez et testez votre intelligence, Gérard Roudaut, Jeunes Éditions-Studyrama 2003.
Les formes de l’intelligence, Howard Gardner, Éd Odile Jacob 1997.
L’intelligence du cœur, Isabelle Filliozat, Marabout 1997.