Yves Boulvin
est formateur en relations humaines, psychologue et consultant. Il organise depuis de nombreuses années des stages en entreprise,parallèlement à son activité de thérapeute. Il anime depuis plus de dix ans les émissions Foi et psychologie retransmises sur différentes radios francophones.
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La façon dont nous avons été élevés nous empêche, le plus souvent, de comprendre la fécondité de ce qui nous paraît être, au premier abord, un échec, voire un désastre, et nous pousse à le vivre d’une façon masochiste ou en tant que victime. Pourquoi le Lion de Juda est-il désigné par Jean-Baptiste comme l’Agneau de Dieu ? Pourquoi Jésus a-t-il évoqué la parabole du Bon Berger et de ses brebis, et invite Pierre à paître ses agneaux, ses brebis ? C’est donc qu’Il nous désigne, dans notre identité véritable, comme étant des brebis, des agnelles, des agneaux. Or, contrairement à la plupart des animaux, l’agneau n’a aucun moyen de défense : il ne peut ni s’enfuir, ni s’envoler, ni se cacher dans un trou, ni agresser, mordre, piquer ou faire peur…
Un blindage pour ne pas souffrir
Ai-je repéré dans ma vie ces moments où ma nature d’agneau a été mise à jour? Quand je suis né, je n’étais que ce petit agneau, cette petite agnelle, sans aucune défense. Tout est péril pour un bébé : un manque d’amour, un manque de soins peuvent contribuer à lui faire quitter la terre dans les premiers mois. J’ai été ce petit agneau sans défense qui avait un besoin vital de l’amour, des bras, des soins de ses parents, et d’être protégé, rassuré. Ce petit agneau qui avait tant besoin d’aide s’est petit à petit mis debout car, à l’époque, il ne doutait pas de lui-même et il mettait toute sa confiance en ses parents… Mais rapidement, il s’est trouvé confronté à un monde violent, dur, dont les réactions étaient souvent incompréhensibles pour lui, et il s’est durci, s’est mis un blindage, une carapace, s’est intellectualisé à outrance pour ne plus ressentir, s’est déconnecté de son corps pour ne pas souffrir…
Aujourd’hui, il y a toujours, au-delà de mes défenses et de mes blindages, tout au fond de moi, un petit agneau qui a peur de se montrer. Que va faire le Bon Berger pour me faire renaître et me faire entrer dans la vie ? Il va faire émerger ma nature véritable à l’occasion d'événements qui me bouleversent, qui fragilisent mes défenses. Bien sûr, il serait préférable pour moi de me dépouiller moi-même et petit à petit de toutes ces couches défensives inutiles pour entrer dans mon être véritable. Mais comme j’ai du mal à le faire !
L’émergence du petit agneau
C’est souvent à l’occasion d'événements traumatisants : deuil, séparation, divorce, perte d’emploi, infirmité ou maladie, qu’une vraie transformation, une véritable renaissance va se produire. Je me sens subitement démuni, fragilisé, je risque de ne plus me reconnaître, d’avoir peur de tout, de ne plus réussir à accomplir des actions qui, pour moi, auparavant, étaient faciles. C’est le moment où je peux vraiment me tourner vers Dieu. Ce petit agneau qui réapparaît en moi ne peut vivre sans le Bon Berger, cet enfant de lumière ne peut vivre sans ses Parents divins.
Je découvre la parcelle divine qui m’habite en profondeur, lumineuse mais si vulnérable, à l’occasion d’un événement qui me paraît particulièrement injuste. Je commence par me rebeller, par m’interroger : Pourquoi est-ce que cela m’arrive, à moi ? Je cherche des coupables, je m’en veux, mais en même temps, une autre compréhension commence à naître. Je comprends que si je finis par dire oui à ce que je ne pouvais jusqu’à présent accepter : l’accident, la maladie, le rejet brutal, la séparation, après avoir fait tout ce que je pouvais pour trouver une solution, ce oui me fera entrer dans une nouvelle dimension, celle de l’agneau. Une joie profonde va alors m’envahir. Je ressentirai, pendant tout un temps, une lutte entre ma personnalité psychologique qui a de la rancœur, qui refuse la réalité, qui veut retenir celui ou celle qui s’en va, et une autre part, beaucoup plus subtile, qui entre dans le oui. Et c’est cette partie plus subtile, plus légère, qui est en moi l’agneau, le murmure léger dans lequel Élie a rencontré Dieu.
Quelles portes étroites ai-je à franchir ?
Aujourd’hui, je vais relire ma vie et prendre conscience de ce qui s’est durci en moi : tous mes refus, les non à des situations qui, pourtant, ont eu lieu et que je ne peux pas changer. Le Seigneur, dans son Amour inconditionnel, vient m’aider à dire oui à chacune de ces situations pour en libérer le potentiel d’amour. Seuls ceux qui ont vécu une injustice et l’ont acceptée entrent par la porte des agneaux. Il ne s’agit pas de rechercher l’injustice ni de la justifier, mais de l’accepter et de la rendre féconde quand on ne peut pas faire autrement. Et quelle libération, alors ! Je me souviens d’un homme qui a été injustement accusé de comportements pédophiles à partir d’un simple geste : il a eu à se défendre, à expliquer, à faire face à la justice, certains l’ont rejeté, mais en même temps, quelle transformation intérieure ! Voilà le choix : en vouloir… ou passer la porte.
Et toi ? Quel est ton choix aujourd’hui ? As-tu passé toutes les portes de ta vie ? En est-il resté, ne serait-ce qu’une seule, que tu n’as pas voulu franchir ? Là où tu n’as pas dit oui, le mal s’est incrusté en toi et te ronge. As-tu perçu ce sentiment intérieur d’unité, de plénitude, quand tu finis par dire oui ? Es-tu entré dans ta fécondité maintenant, à travers, grâce et au-delà des épreuves que tu as connues ? Je me souviens de Raoul, grand handicapé qui ne pouvait remuer que le haut de son visage, mais de qui émanait une telle paix que l’on venait se ressourcer auprès de lui. Alors que Jean, qui avait une légère surdité due à l’âge, repoussait rageusement ceux qui s’approchaient de lui et rejetait cette épreuve. As-tu vraiment le désir de devenir un petit agneau qui suit l’Agneau de Dieu ?
La peur d’être trompé
Ce petit agneau peut être défendu par le lion en toi, par ta parole, forte, par un bon positionnement et une saine affirmation, comme le faisait Jésus. Ce petit agneau est protégé par la Providence, par les anges, par le Père céleste. La fécondité de sa vie va se faire à travers ses blessures acceptées.
Alors, quel message as-tu reçu : Il faut montrer les dents, Il faut être le plus fort, L’homme est un loup pour l’homme (ce qui, malheureusement, est trop souvent vrai au niveau psychologique…) ? Aspires-tu maintenant à retrouver une innocence, aimée et aimante, sans aucun masochisme ni dolorisme ? As-tu mis à jour ta vulnérabilité, ta sensibilité et les as-tu ancrées en Dieu, tout en les protégeant par ton discernement, le recul et l’intelligence que tu as développés ?
Lorsque tu pries avec d’autres dans la douceur et la tendresse de Dieu, lorsque tu chantes ces chants si doux qui sont un baume au cœur, qui te donnent envie de pleurer et te font entrer dans la béatitude intérieure, tu touches le monde des agneaux. Lorsque tu te sens mal dans ton travail, dans ta ville, lorsque tu recherches des lieux pour vivre, communiquer autrement, partager une foi vivante et aimante avec d’autres, tu cherches à entrer dans le monde des agneaux.
Je fais confiance à mon Berger
Peut-être te reste-t-il des craintes à ce sujet ou penses-tu qu’en développant ton côté agneau, tu vas être roulé, manipulé. Tu ne pourras pas toujours être seul. C’est vrai, tu auras besoin de l’aide d’autres agneaux, d’une vraie communion avec eux, quel que soit le mode que tu choisiras. Jésus, le Bon Berger, vient chercher chacune de ses brebis perdues ou blessées et les rassembler. Tu es choisi et aimé. En entrant dans cette dimension, tu resteras proche de Dieu et il pourra plus facilement venir à ton secours. Mais si tu t’identifies seulement à une partie apparemment plus forte de toi, tel le rhinocéros, le sanglier, voire le tigre, et quelles que soient les qualités de ces animaux par ailleurs, tu seras obligé d’assurer ta défense par toi-même, et tout seul, dans la jungle de la vie. Que choisis-tu ?
Seigneur, montre-moi ce moment de ma vie où s’est ouverte pour moi la possibilité d’entrer par la porte des agneaux et où j’ai eu peur de me faire dépouiller, de me faire avoir. Aujourd’hui, je veux passer cette porte pour être plus heureux, plus accompli, et remplir ma mission.





