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Vivre les séparations

(Auteur: Yves Boulvin - Parution F&L n° 227 d'Avril 2004)

Yves Boulvin

est formateur en relations humaines, psychologue et consultant. Il organise depuis de nombreuses années des stages en entreprise,parallèlement à son activité de thérapeute. Il anime depuis plus de dix ans les émissions Foi et psychologie retransmises sur différentes radios francophones.

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Pour atteindre notre être profond, ce soleil intérieur qui nous habite, et vivre plus pleinement en Dieu et en sa Présence, nous avons à nous dépouiller progressivement, tout au long de notre vie, des multiples blindages psychiques qui l'ont recouvert ; blindages qui nous furent nécessaires à une époque pour ne pas trop souffrir, mais qui ont fini par enfermer notre potentiel de vie, d'amour, de communion.


 De la même façon que nous retirons nos vêtements pour retrouver notre nudité originelle, nous pourrions apprendre à retirer ces couches protectrices qui, aujourd'hui, étouffent notre vrai Moi. Mais tout cela nous fait peur. Nous préférons souvent garder nos défenses parce que nous les connaissons, que nous en avons l'habitude et qu'elles nous donnent paradoxalement une impression de sécurité.

On voit ainsi des enfants qui ont été battus trouver une forme de plaisir, quand ils deviennent adultes, à attirer et à recevoir des coups. Pavlov a montré, dans ce qu'il appelait les réflexes conditionnés, qu'un chien qui a faim et qui reçoit une boulette de nourriture en appuyant sur une pédale va commencer à saliver lorsqu'une lumière s'allume au préalable et que l'on a associé, à plusieurs reprises, la lumière et l'arrivée de la nourriture.

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Quand nos défenses volent en éclat

Il est des moments privilégiés dans notre vie où notre structure défensive est ébranlée. C'est le cas notamment de toutes les séparations affectives que nous vivons, qu'il s'agisse d'un décès, d'une séparation amicale ou conjugale, d'un changement difficile de région ou de travail, de l'éloignement des enfants… Nous sommes alors brutalement rejoints au plus profond de nous-mêmes et nos défenses volent en éclat !

Il est légitime, dans ces circonstances, de passer par différents états que l'on commence à bien connaître : le refus de la réalité, Ce n'est pas possible ! ; le rejet de la faute sur l'autre ; la culpabilité et la colère. Puis nous arrivons, à un moment donné, à une profonde tristesse où nous pouvons vivre une expérience intérieure douloureuse mais déterminante sur le plan spirituel : la souffrance de l'éloignement, la déchirure d'être quitté, le fait de se retrouver seul. Nous touchons là une blessure fondamentale, celle de l'abandon.

Nous avons le choix

Mais cette expérience est extraordinaire parce qu'elle peut nous permettre, elle peut me permettre d'accéder à la profondeur. À un certain niveau de moi-même en effet, j'ai quitté le Dieu tout Amour : souvenons-nous du jardin d'Éden et de la parabole du Fils prodigue (Lc 15,11-32). Dans de telles circonstances, une fois la révolte et l'incompréhension passées, je vais ressentir quelque chose qui se creuse en moi : un au-delà des larmes, une possibilité de retrouver qui je suis vraiment, de me reconstruire, de me fortifier, de devenir plus autonome tout en comprenant mieux ce que Dieu vit par rapport à sa création.

Car j'ai le choix : soit je continue d'en vouloir à l'autre, aux autres, aux médecins qui ont " raté " cette opération, à Dieu qui l'aurait soi-disant " permis " ; soit, comme il est dit dans le Fils prodigue, je reviens à moi-même et revenant à moi-même, je reviens vers le Père et je me jette dans ses bras. Dans toutes ces séparations, je fais l'expérience de la liberté, surtout lorsque l'autre décide de me quitter.

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Vivre en Lui la séparation

Je comprendrai, dès lors, qu'amour et liberté vont ensemble d'une façon indissoluble. Il ne s'agit ici ni de se sentir victime, ni de persécuter, mais d'accepter une réalité lorsque je ne peux pas faire autrement, tout en comprenant les circonstances qui ont amené la situation. Les fruits de cette expérience intérieure seront une paix découverte ou retrouvée, une joie spirituelle intense, la découverte de l'amour miséricordieux de Dieu et une renaissance où peut-être, pour la première fois, j'apprendrai à m'aimer et à vivre par moi-même et plus seulement pour ou à travers les autres.

Jésus a vécu pour nous l'abandon, la séparation, mais quelle Résurrection ! En paraissant perdre la partie aux yeux des hommes, en vivant apparemment l'échec, Il a complètement réussi sa mission salvatrice et le mal de tous les temps a été anéanti. Quelle révolution peut être la nôtre si nous vivons en Lui les séparations ! Quelle construction intérieure ! Quelle entrée dans notre profondeur lumineuse !