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Te dire les mots justes

(Auteur: Yves Boulvin - Parution F&L n° 222 de Novembre 2003)

Yves Boulvin

est formateur en relations humaines, psychologue et consultant. Il organise depuis de nombreuses années des stages en entreprise,parallèlement à son activité de thérapeute. Il anime depuis plus de dix ans les émissions Foi et psychologie retransmises sur différentes radios francophones.

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« Ouvre mes lèvres et ma bouche publiera ta louange » (Ps 51,17). Trop souvent, nos lèvres s’ouvrent pour critiquer, médire ou gémir. Yves Boulvin nous invite à retrouver le goût des mots qui font grandir, des mots qui louent, des mots qui bénissent. Que nos lèvres s’ouvrent pour donner de la joie, pour appeler à la vie.

Chaque mot, chaque phrase que je prononce, non seulement révèle ma structure psychologique, mais encore produit des effets sur les autres comme sur moi. Car chaque parole est une semence qui va germer dans mon inconscient et me faire porter du fruit, fruit vivifiant ou fruit amer. Prendre conscience des mots que j’utilise et de leur portée constitue un profond chemin de transformation intérieure. Ma parole n’est jamais anodine…

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La vérité qui ne blesse plus


Quel chemin que de veiller quotidiennement aux mots que je prononce et à ceux qui encombrent ma pensée ! Je vais apprendre à parler de façon personnelle, en mon nom, c’est-à-dire de façon relative, et à ne plus parler des autres ni sur les autres et, pire encore !, dans leur dos. Je vais apprendre à bien différencier la personne qui est en face de moi de ce qu’elle a dit ou fait. Mon vocabulaire, en ce qui la concerne et en ce qui me concerne, sera empreint d’un respect absolu pour elle et pour moi, en tant que personne, en tant qu’enfant de Dieu.

Je vais veiller à utiliser des mots adaptés à la capacité de mon interlocuteur de les comprendre et d’en faire un bien. Car ce que j’appelle dire la vérité n’est trop souvent qu’un défoulement qui ne tient pas compte de l’autre. La vérité authentique est celle qui, pouvant être reçue par autrui, produira chez lui un effet bénéfique. Et si je me permets d’exprimer à quelqu’un ce que je crois être des vérités, je dois accepter qu’il en fasse de même avec moi. C’est ainsi que je vais apprendre à adapter mon message à mon interlocuteur, à son âge, à son type de personnalité, ce qui me demandera beaucoup de délicatesse, de doigté, de compréhension.

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Des mots porteurs de vie


Jésus a insisté sur tout « ce qui sort de la bouche de l’homme » (Mt 15,11), sur le fait de ne point juger. Il a été particulièrement virulent, non pas contre les pécheurs, mais contre ceux qui les enfermaient dans un jugement définitif.

Je sens que je dis les mots justes lorsqu’en les disant, je ne me sens pas emporté, pas identifié totalement à une émotion que je ne contrôle plus, lorsque je me sens intérieurement dans une onction et qu’il y a « de l’huile dans les rouages ». Je pourrai donc faire cette prière chaque jour : « Seigneur, inspire-moi les mots justes, ceux qui vont éclairer, qui vont faire du bien ; aide-moi à ne plus heurter inutilement mon frère et à ressentir la façon dont il reçoit ce que je dis. »

Sa Parole est guérison


Il faut des années, de très nombreuses années, pour trouver son propre vocabulaire, pour découvrir ces mots remplis de vie qui nous ressourcent et qui créent chez les autres un déclic positif. Ce chemin est ouvert à tous sans exception, quelles que soient ses conditions de vie. Lorsque nous allons à la messe, nous disons avant la communion : Dis seulement une parole et je serai guéri. Quelle parole Dieu me dit-il, à moi, son enfant, pour me restaurer dans mon identité véritable ? Cela peut être : Je t’aime… J’ai confiance en toi… Tu es mon enfant bien-aimé… Je te remercie pour ce que tu as fait ou essayé de faire… Je suis avec toi… Tu es ma joie…

Ces paroles entendues de Dieu vont me donner le modèle de celles que je vais pouvoir dire à autrui. Quel que soit ce que j’aime ou ce que je n’aime pas chez quelqu’un - et je peux m’interroger sur mes goûts, mes préférences - est-ce que je peux dire aujourd’hui qu’au fond de moi, je ne lui veux que du bien ? Ai-je suffisamment travaillé sur mes rivalités, mes jalousies d’enfance pour désirer profondément que l’autre, comme moi, soit béni ? Dieu m’a donné le don de la parole pour bénir, louer, remercier, exhorter. En ai-je vraiment conscience ?

Approfondissons cette magnifique prière de saint François d’Assise, Dieu de notre cœur :
« Dans le silence de ce jour naissant,
Je viens Te demander la paix, la sagesse, la force,
Je veux regarder aujourd’hui le monde
Avec des yeux tout remplis d’amour,
Être patient, compréhensif, doux et sage,
Voir au-delà des apparences,
Tes enfants, comme Tu les vois Toi-même,
Et ainsi ne voir que le bien en chacun.
Ferme mes oreilles à toute calomnie,
Garde ma langue de toute malveillance,
Que seules les pensées qui bénissent
Demeurent en mon esprit,
Que je sois si bienveillant et si joyeux
Que tous ceux qui m’approchent sentent Ta Présence.
Revêts-moi de Ta Beauté, Seigneur,
Et qu’au long de ce jour, je Te révèle. »