Yves Boulvin
est formateur en relations humaines, psychologue et consultant. Il organise depuis de nombreuses années des stages en entreprise,parallèlement à son activité de thérapeute. Il anime depuis plus de dix ans les émissions Foi et psychologie retransmises sur différentes radios francophones.
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Chaque mot, chaque phrase que je prononce, non seulement révèle ma structure psychologique mais encore produit des effets sur les autres comme sur moi. Car chaque parole est une semence qui va germer dans mon inconscient et me faire porter du fruit, fruit vivifiant ou fruit amer. Prendre conscience des mots que j’utilise et de leur portée constitue un profond chemin de transformation intérieure. Ma parole n’est jamais anodine…
« La langue : un bien petit membre » (Jc 3,5)
Ai-je le souci d’utiliser des mot qui décrivent les situations objectivement, sans parti pris ? Ai-je le souci d’utiliser des mots qui relèvent, qui dynamisent, qui réconfortent, qui encouragent ? Ai-je le souci d’utiliser des mots qui n’attaquent jamais la personne ou son être profond, par exemple : Tu es un…, tu es une… ? Ai-je le souci de ne pas colporter des bruits de couloirs, des médisances sur des personnes absentes qui ne pourront pas les rectifier ? Ai-je le souci d’utiliser les termes Je crois, je pense, je ressens, montrant ainsi que j’exprime une opinion dont on peut discuter et non pas : C’est, on, tout le monde sait que, énonçant d’apparentes vérités absolues, des jugements ne souffrant pas la discussion ?
Le fabuliste Esope, à qui son maître demandait un jour de préparer pour ses invités le plat qui lui semblait le meilleur, fit de la langue. Étonné, son maître lui demanda pourquoi il avait choisi un plat si commun. - Maître, la langue n’est-elle pas ce qui permet de louer, de dire du bien, de remercier ? Alors son maître lui demanda de faire le plat qu’il trouvait le plus mauvais. Esope fit encore de la langue. Son maître lui demandant pourquoi, il répondit : C’est avec la langue que l’on critique, que l’on juge et que l’on dit du mal des autres…
La vérité qui ne blesse plus
Quel chemin que de veiller quotidiennement aux mots que je prononce et à ceux qui encombrent ma pensée ! Je vais apprendre à parler de façon personnelle en mon nom, c’est-à-dire de façon relative, à ne plus parler des autres ni sur les autres et, pire encore ! dans leur dos. Je vais apprendre à bien différencier la personne qui est en face de moi de ce qu’elle a dit ou fait. Mon vocabulaire, en ce qui la concerne et en ce qui me concerne, sera empreint d’un respect absolu pour elle et pour moi, en tant que personne, en tant qu’enfant de Dieu.
Je vais veiller à utiliser des mots adaptés à la capacité de mon interlocuteur de les comprendre et d’en faire un bien. En effet, ce que j’appelle dire la vérité n’est trop souvent qu’un défoulement qui ne tient pas compte de l’autre. La vérité authentique est celle qui, pouvant être reçue par autrui, produira chez lui un effet bénéfique. Si je me permets d’exprimer à quelqu’un ce que je crois être des vérités, je dois accepter qu’il en fasse de même avec moi. C’est ainsi que je vais apprendre à adapter mon message à mon interlocuteur, à son âge, à son type de personnalité, ce qui me demandera beaucoup de délicatesse, de doigté, de compréhension.
Si j’ai une "vérité " à dire, je vais apprendre à m’adresser au cœur de la personne à qui je parle. Est-ce le bon moment ? Mes mots sont-ils positifs ? Ce que je crois devoir dire doit-il réellement l’être ? Le ton de ma voix indique-t-il une intention d’amour ? Mon dessein est-il vraiment d’éclairer la personne à laquelle je vais parler ou plutôt de satisfaire mon ego ? N’oublions pas que la vérité, si elle vient de Dieu, ouvre le cœur, éclaire mais n’écrase jamais.
Quand je me trouve devant un "étranger", je perçois immédiatement qu’il ne me comprend pas, puisque je ne parle pas la même langue que lui. Puis-je appliquer la même démarche à toutes mes rencontres et trouver le type de communication qui permettra un réel échange ? Tout cela va me demander une attention quotidienne et sera l’essentiel de mon chemin intérieur.
Des mots porteurs de vie
Jésus a insisté sur tout « ce qui sort de la bouche de l’homme » (Mt 15,11), sur le fait de ne point juger. Il a été particulièrement virulent, non pas contre les pécheurs mais contre ceux qui les enfermaient dans un jugement définitif.
Je sens que je dis les mots justes lorsqu’en les disant, je ne me sens pas emporté, pas identifié totalement à une émotion que je ne contrôle plus, lorsque je me sens intérieurement dans une onction et qu’il y a "de l’huile dans les rouages" . Je pourrai donc faire cette prière chaque jour : « Seigneur, inspire-moi les mots justes, ceux qui vont éclairer, qui vont faire du bien ; aide-moi à ne plus heurter inutilement mon frère mais plutôt à ressentir la façon dont il reçoit ce que je dis. »
Sa Parole est guérison
Il faut des années, de très nombreuses années, pour trouver son propre vocabulaire, pour découvrir ces mots remplis de vie qui nous ressourcent et qui créent chez les autres un déclic positif. Ce chemin est ouvert à chacun sans exception, quelles que soient ses conditions de vie. Lorsque nous allons à la messe, nous disons avant la communion : Dis seulement une parole et je serai guéri. Quelle parole Dieu me dit-il, à moi, son enfant, pour me restaurer dans mon identité véritable ? Cela peut être : Je t’aime… J’ai confiance en toi… Tu es mon enfant bien-aimé… Je te remercie pour ce que tu as fait ou essayé de faire… Je suis avec toi… Tu es ma joie…
Ces paroles entendues de Dieu vont me donner le modèle de celles que je vais pouvoir dire à autrui. Quel que soit ce que j’aime ou ce que je n’aime pas chez quelqu’un - et je peux m’interroger sur mes goûts, mes préférences - est-ce que je peux dire aujourd’hui qu’au fond de moi, je ne lui veux que du bien ? Ai-je suffisamment travaillé sur mes rivalités, mes jalousies d’enfance pour désirer profondément que l’autre, comme moi, soit béni ? Dieu m’a donné le don de la parole pour bénir, louer, remercier, exhorter. En ai-je vraiment conscience ?
Approfondissons cette magnifique prière de saint François d’Assise, Dieu de notre cœur :
« Dans le silence de ce jour naissant,
Je viens Te demander la paix, la sagesse, la force,
Je veux regarder aujourd’hui le monde
Avec des yeux tout remplis d’amour,
Être patient, compréhensif, doux et sage,
Voir au-delà des apparences
Tes enfants, comme Tu les vois Toi-même,
Et ainsi ne voir que le bien en chacun.
Ferme mes oreilles à toute calomnie,
Garde ma langue de toute malveillance,
Que seules les pensées qui bénissent
Demeurent en mon esprit,
Que je sois si bienveillant et si joyeux
Que tous ceux qui m’approchent sentent Ta Présence.
Revêts-moi de Ta Beauté, Seigneur,
Et qu’au long de ce jour, je Te révèle. »





