Yves Boulvin
est formateur en relations humaines, psychologue et consultant. Il organise depuis de nombreuses années des stages en entreprise,parallèlement à son activité de thérapeute. Il anime depuis plus de dix ans les émissions Foi et psychologie retransmises sur différentes radios francophones.
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Dans mon clan familial, dans la société dans laquelle je travaille, dans ma communauté, je vis mal toutes sortes de situations qui objectivement ne me semblent pas justes. Je m’aperçois que je n’arrive pas à me positionner de façon satisfaisante. Soit je me tais, je subis, mais - comme diraient certains thérapeutes - je remplis ma collection de timbres négatifs et je ne trouve pas de solution. Soit j’agresse et j’entre alors dans un rapport de force où c’est celui qui hésite le moins à écraser l’autre qui l’emporte. Soit je cherche à manipuler. Soit je fuis… J’oscille souvent entre ces positions et, en définitive, je ne suis pas satisfait. Y a-t-il une autre option ?
Je recherche le dialogue
L’Analyse Transactionnelle explique l’importance de savoir passer d’un état du moi à un autre, car, à chaque fois que je vais m’enfermer dans un comportement, je provoquerai le même type de réaction en face de moi. Ainsi, quelqu’un de très soumis ou de très rebelle risque de réveiller le côté sauveteur ou normatif des autres ; quelqu’un de normatif se plaindra de la soumission, de la passivité d’autrui ou déplorera de rencontrer tant de réactions destructives et rebelles. J’ai tendance à attirer chez l’autre une position de vie complémentaire à la mienne. Si, par exemple, ma position dominante est moins/plus (Je suis incapable, heureusement que vous êtes là…), je vais, comme par hasard, me trouver avec des personnes ayant la position plus/moins (Je suis là, vous pouvez compter sur moi, je vous dirai ce qu’il faut faire…) et vice-versa (voir FL n° 236 : Si je gagne, tu perds). Il existe pourtant une troisième voie qui permet d’avoir un vrai dialogue avec autrui : l’attitude adulte plus/plus.
Je trouve les mots justes
Tout l’art, qui va nous demander des années d’apprentissage, consiste à trouver les mots justes pour énoncer les choses clairement et sereinement, sans que l’autre se sente agressé ou personnellement mis en cause ; c’est ce qu’on appelle en psychologie l’assertivité qui consiste à parler concrètement, positivement, objectivement, et à considérer que tout problème a une solution : J’ai appris, en revenant l’autre jour, que tu avais dit telle chose à mon sujet, est-ce bien vrai ? Je me suis sentie très en colère parce que cela m’a rappelé d’autres situations de mon enfance. Je crois, par ailleurs, que tu ne voulais pas m’offenser, mais je ne souhaite pas que cela se répète, car je risque de mal réagir une autre fois. Aussi, si tu le veux bien, je te propose de…
Si la personne qui parle ainsi le fait de façon adulte, en prenant du recul, en montrant qu’elle comprend l’autre, et reste en plus dans la fraîcheur de son enfant libre en lui, son message aura beaucoup plus de chances d’être reçu que si elle arrive avec une mentalité dominante ou dominée. Je vais donc apprendre, au jour le jour, grâce à Dieu, à dire de mieux en mieux les choses, et au bon moment, sans jamais attaquer l’être de l’autre, en restant sur des faits précis, identifiables et en proposant de chercher ensemble des solutions. Dans le quotidien, je peux m’entraîner à parler sans trop attendre, pour ne pas accumuler de sentiments négatifs. Et si je sens que c’est trop tôt pour le faire, je déciderai intérieurement du moment où je vais m’exprimer et à quelle occasion, ou mieux, je me laisserai guider par l’Esprit Saint.
Les quatre langages
J’apprends aussi à m’adapter à la personnalité de mon interlocuteur, car quelqu’un de rationnel aura surtout besoin de ma clarté et de ma précision, alors que quelqu’un de stoïque ne m’écoutera que quelques secondes et m’obligera à être très bref (il est des cas où il vaut mieux dire une seule phrase puis s’en aller sans rien ajouter). Je pourrai m’étendre plus et m’adonner à un humour créatif si je me trouve en face d’une personne à dominante rebelle. Et il me faudra beaucoup de douceur et de compréhension avec une personne à dominante sensible. Plus je saurai parler les quatre langages, à savoir celui de la clarté, de la sobriété, de la créativité et de la chaleur humaine, plus je saurai m’adapter et mieux je serai reçu. C’est donc à tout un cheminement intérieur que cela me mène. Il me faudra peut-être des années pour y arriver, mais mon but sera de trouver progressivement des solutions à chaque situation relationnelle, sans laisser inutilement s’envenimer les choses.
Je garde la paix
Je m’efforcerai de faire le point le plus vite possible avec la personne concernée, de ne pas me laisser désarçonner par son propre côté normatif ou rebelle, et de recadrer : Tu viens de me dire que je suis un imbécile, mais je te faisais simplement remarquer qu’hier soir, tu avais laissé la clé sur la porte ; je te propose, pour toi comme pour moi, que nous nous exprimions désormais autrement. Ou encore : Tu me dis que je te critique toujours, peut-être me suis-je mal exprimé et je t’en demande pardon, mais mon intention était simplement de te dire qu’hier, tu avais laissé la clé sur la porte. Se poser et bien se positionner va me permettre de trouver la paix et une saine confiance en moi. Je ne suis pas responsable des réactions de l’autre et je ne m’attends pas non plus à ce qu’il soit parfait, mais je n’oublie pas ce que j’ai à dire. C’est ainsi, par exemple, que je vais utiliser la technique du “disque rayé” quand ce sera nécessaire pour éviter d’entrer dans des jeux persécuteur-sauveteurvictime où l’on ne résout rien : Je comprends ta colère, mais je te disais simplement qu’hier soir, tu avais laissé la clé sur la porte et que je te propose de…(Je redis la même chose d’une autre façon).
Je bénis en tout temps
Je n’oublie pas enfin que si une explication est nécessaire, les justifications qui sentent la culpabilité ou les répétitions un peu obsessionnelles ne font qu’agacer ou, comme on dit, tendent le bâton pour se faire battre. Je vais donc parler simplement, clairement, sobrement, et laisser le temps à l’autre d’intégrer ce que j’ai dit. Je peux aussi bénir la situation et demander au Seigneur que si ce que j’ai exprimé était juste, cela fasse son chemin chez mon interlocuteur. Je stoppe ensuite à mon niveau toute rumination pour ne pas envoyer à distance “d’oiseaux noirs ”(pensées négatives, voir FL n° 240), ce qui ne ferait qu’envenimer la situation. Je remets les compteurs à zéro et, au contraire, j’envoie “des oiseaux blancs”. Si ce que j’ai dit n’a pas eu d’effet, je demande la bénédiction du Seigneur, j’attends le bon moment et je redis avec d’autres mots ce que j’avais à dire.
J’apprends à m’affirmer sereinement
Si je m’aperçois que je risque d’être fortement déstabilisé devant une personne critiquo-agressive ou abusant de son autorité, et cela peut être un de mes parents, si je sais de façon réaliste que je risque de perdre mes moyens et de ne pas trouver “à chaud” la parade adéquate , je préparerai à l’avance une phrase passe-partout que je sortirai à bon escient lorsque je me sentirai agressé. Par exemple : Je comprends ton opinion, respecte la mienne… C’est ton point de vue, ce n’est pas le mien… Je ne veux pas polémiquer, réfléchissons-y chacun de notre côté… ou simplement, à quelqu’un qui sort des vérités gelées et toutes faites : Tu exprimes ton propre point de vue… Et devant une critique qui m’est faite, si je la reconnais comme objectivement juste, je peux sobrement dire : C’est un fait, je suis d’accord, sans me sentir attaquée dans mon être même si l’autre en avait l’intention. Si je ne suis pas d’accord, je peux dire simplement : Ça se discute… C’est ta façon de voir les choses… Je pense pour ma part que…
Apprendre à s’affirmer clairement, humblement, sereinement, quel beau chemin avec Dieu !





