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Que faire de mes imperfections

(Auteur: Yves Boulvin - Parution F&L n° 226 de Mars 2004)

Yves Boulvin

est formateur en relations humaines, psychologue et consultant. Il organise depuis de nombreuses années des stages en entreprise,parallèlement à son activité de thérapeute. Il anime depuis plus de dix ans les émissions Foi et psychologie retransmises sur différentes radios francophones.

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Lorsque je fais une erreur, l’important, ce n’est pas d’y revenir sans cesse et de m’en culpabiliser comme si je devais être parfait. Je n’ai pas à avoir dans la tête un étalon de perfection auquel je me comparerais perpétuellement, même si on a fait cela avec moi lorsque j’étais jeune.


Mais puisque souvent, nous nous trouvons « cruches », découvrons cette histoire indienne du porteur d’eau.

« Un porteur d’eau indien avait deux grandes cruches, suspendues aux deux extrémités d’une pièce de bois qui épousait la forme de ses épaules. L’une des cruches avait une fissure et, alors que l’autre cruche conservait parfaitement toute son eau de source jusqu’à la maison du maître, celle-là perdait la moitié de sa précieuse cargaison en cours de route. Cela dura deux ans durant lesquels, chaque jour, le porteur d’eau ne livrait qu’une cruche et demie d’eau à chacun de ses voyages.

Bien sûr, la cruche parfaite était fière d’elle, puisqu’elle parvenait à remplir sa fonction du début à la fin du trajet. Tout au contraire, la cruche abîmée avait honte de son imperfection et se sentait coupable de ce qu’elle ne parvenait à accomplir que la moitié de son devoir de cruche.

Au bout de deux années de ce qu’elle considérait comme un échec permanent, la cruche endommagée s’adressa au porteur d’eau, au moment où celui-ci la remplissait à la source :
- Je me sens coupable et je te prie de me pardonner.
- Pourquoi ?, demanda le porteur d’eau. De quoi as-tu honte ?
- Je n’ai réussi à porter que la moitié de ma charge d’eau à notre maître. Par ma faute, tu ne livres que la moitié de l’eau que tu devrais apporter. Tu n’obtiens pas la reconnaissance complète de tes efforts.

Le porteur d’eau fut touché par cette confession et, plein de compassion, répondit :
- Pendant que nous retournons à la maison du maître, je veux que tu regardes les fleurs qu’il y a au bord du chemin.
Au fur et à mesure de leur montée, au long de la colline, la cruche fissurée vit de magnifiques fleurs baignées de soleil sur les bords de la route, et cela lui mit du baume au cœur. Mais, à la fin du parcours, elle avait encore perdu la moitié de son eau…

Le porteur d’eau dit à la cruche :
- T’es-tu rendu compte qu’il n’y avait de belles fleurs que de ton côté, et aucune du côté de la cruche parfaite ? C’est parce que j’ai toujours su que tu perdais de l’eau. J’en ai tiré parti en semant des fleurs de ton côté et, chaque jour, tu les as arrosées tout au long du chemin. Pendant ces deux années, grâce à toi, j’ai pu cueillir ces fleurs qui ont décoré la table du maître. Sans toi, jamais je n’aurais pu trouver des fleurs aussi fraîches et gracieuses. »

Si nous pouvions, par ailleurs, ne plus nous étiqueter : de parfaits, d’imparfaits, de cruches ou de vilains petits canards, alors prendrait place en nous notre identité de cygnes, d’enfants de lumière, de princes et de princesses, et nous trouverions avec joie et reconnaissance notre place dans le monde, guidés et inspirés par Dieu.

Est-ce que je sais tirer le meilleur parti de mes erreurs ? La vie est une suite de leçons, d’erreurs et de progrès ; l’évolution est le fruit d’une expérience et d’un apprentissage incessants. Mon devoir est de me construire, d’aller vers un approfondissement et un accroissement de ce que je suis vraiment dans l’Amour de Dieu, et non pas d’être parfait.

Le Sois parfait ! est une injonction que j’ai peut-être reçue, mais elle n’est qu’un fil conducteur, une orientation. Présentement, je ne peux qu’aller d’imperfections en imperfections acceptées dont je tire un enseignement. Si ce sont elles qui me modèlent, qui me font avancer, alors que je sache m’en réjouir ! Bénies soient-elles !

Il n’y a de perfection que dans l’imperfection parfaitement acceptée. Dieu seul est Parfait. Recevoir en moi sa Sainteté retourne et transfigure toutes mes imperfections. Jésus a donné sa Vie pour qu’elle jaillisse à travers mes voiles et que tout, sans exception, ait un sens dans ma vie. Il n’y a aucune erreur qui ne puisse être retournée ; aucune goutte de souffrance offerte qui ne soit inutile. Toutes les failles dont j’avais honte jusqu’à présent peuvent être remplies par la Sainteté de Dieu et embrassées par Lui. Je choisis de m’ouvrir à l’Esprit Saint en toutes circonstances et en tout lieu…