Je suis intelligent(e), comment le découvrir ?
(Auteur: Yves Boulvin - Parution F&L n° 257 de Janvier 2007)
Yves Boulvin
est formateur en relations humaines, psychologue et consultant. Il organise depuis de nombreuses années des stages en entreprise,parallèlement à son activité de thérapeute. Il anime depuis plus de dix ans les émissions Foi et psychologie retransmises sur différentes radios francophones.
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Nous entendons encore souvent aujourd’hui des autocritiques, comme : Je suis bête, je ne comprends rien, je n’ai rien à dire, je ne suis pas intéressant(e)… Autant de dévalorisations inutiles et fausses : ce sont des phrases-poison que l’on répète parce qu’on les a entendues dans l’enfance, prononcées par des proches, des camarades, et que l’on a malheureusement intégrées.
En effet, dans beaucoup de familles, on a valorisé les résultats scolaires et universitaires, l’érudition, le «savoir», et les attentes des parents se sont plus portées sur la réussite intellectuelle que sur celle du cœur. Ainsi, en parlant de quelqu’un, si l’on dit : Elle a bon cœur, c’était parfois traduit par : C’est une "gentille" ou "brave" fille dans un sens péjoratif. Que de ravages a fait le primat des cérébralisations au détriment de l’intelligence du cœur !
L’intelligence aux multiples formes
Si je me reconnais dans l’une des formulations négatives précédentes, n’y a-t-il pas chez moi, maintenant, une certaine complaisance à entrer dans une image de «bête», de personne «pas intéressante », alors que Dieu m’invite à découvrir avec joie le potentiel qu’il a mis en moi ? Quel est mon type d’intelligence ? Il n’y a pas une intelligence, mais des formes d’intelligence qui correspondent à ma vocation, à mon axe intérieur.
Peut-on comparer l’intelligence technique d’un mécanicien, l’intelligence du placement sur le terrain et l’habilité d’un footballeur, l’intelligence des harmonies, du rythme et la virtuosité d’un musicien, l’intelligence verbale d’un professeur ou d’un conférencier, l’intelligence logico-mathématique d’un ingénieur, l’intelligence des profondeurs d’un mystique, l’intelligence des mécanismes psychologiques d’un psychothérapeute, l’intelligence dans la façon d’adapter son message à son interlocuteur, l’intelligence des relations humaines, le sens de l’orientation, l’intelligence de la compréhension et de la sauvegarde de la nature et de l’environnement, l’intelligence d’une mère de famille dans la gestion de son foyer, dans la façon dont elle gère le quotidien et les conflits familiaux… ?
Quels types d’intelligence - car chacun de nous en a plusieurs à sa disposition - concourent à la réalisation du potentiel que Dieu a mis en moi ?
Les domaines où je suis intelligent
Je trouverai ma place et je serai dans la joie, dans la reconnaissance, si j’ai identifié les facultés réelles qui sont les miennes. Il n’y a aucune vertu à dévaloriser les dons de Dieu et je n’ai pas le droit de continuer à me complaire dans l’autodérision négative, dans l’autopunition ou le fait de m’attirer des quolibets en jouant à «l’idiot». Quand je regarde ma vie, qu’est-ce qui a été le plus naturel pour moi ? Dans quel domaine est-ce que je comprends facilement et agis joyeusement ? La référence n’est pas forcément l’école, qui privilégie un certain type d’intelligence et où se sont dévalorisées des générations d’enfants ou d’adolescents qui avaient une intelligence plus sportive, plus ar tistique, plus psychologique, plus relationnelle, et qui ne pouvaient donc s’y épanouir. Si mes dons n’ont pas été reconnus, si je ne les ai pas reconnus moi-même, j’ai commencé à me démotiver, à m’envoyer des messages négatifs, ce qui a entraîné échec sur échec. Et cela ne m’a rien appris sur les caractéristiques de mon intelligence. Aujourd’hui, j’ai à les découvrir.
Ainsi, mon intelligence est-elle plus abstraite, plus technique, plus pratique ? Mon intelligence est-elle visuelle ? Par exemple, j’ai de vrais dons d’observation, je me repère bien dans l’espace, je retiens les chemins par lesquels je suis passé, je me souviens des visages, des paysages. Est-elle plus auditive ? J’entre dans la compréhension d’une personne à travers la sonorité de sa voix, j’ai l’intelligence de la musique : dans la journée, j’ai souvent des chants ou des mélodies dans la tête. Mon intelligence se porte-t-elle sur l’odorat ou le goût ? Je suis alors capable de discerner des odeurs très différentes, de les retenir, de les comparer ; je suis capable, en faisant la cuisine, de marier diverses saveurs, de reconnaître les qualités d’un vin ou d’un mets. Ai-je plutôt une intelligence du corps, des sensations, qui me permet de recevoir ou donner de la tendresse, de percevoir ce qui fera du bien au corps de l’autre, de reconnaître le fonctionnement du mien ?
Aujourd’hui, est-ce que je suis d’accord pour quitter les basses eaux de mes a priori, de mes conditionnements, de mes fausses croyances sur moi-même et sur les autres pour déployer enfin les dons et les types d’intelligences qui sont les miens ?
Je laisse Dieu m’inspirer
J’ai le choix entre un retour négatif sur moi-même, qui me stérilise, qui m’empêche d’avancer, et la découverte du don de Dieu qui va me faire entrer dans la fécondité, trouver ma place dans le grand puzzle de l’humanité, pour le bien de tous.
Si je veux vraiment vivre ma vie avec Dieu, je vais apprendre à penser autrement. Devant un problème à résoudre, je vais réfléchir quelques instants, puis je vais l’abandonner en le confiant à Dieu pour laisser émerger, d’une façon plus intuitive, des solutions entre lesquelles je choisirai. Je quitte un fonctionnement où je m’obstine durant des heures, où je tourne en rond, et au contraire, je m’accorde un temps d’incubation, de maturation avant de décider et je laisse Dieu m’inspirer, me montrer les conséquences de tel ou tel choix.
Je ne mets plus d’obstacle
Le principal obstacle à l’action divine réside dans toutes ces phrases négatives où je me juge, où je considère ce que je pense ne pas savoir faire plutôt que ce que je pourrais réaliser, où je cherche à ressembler à d’autres au lieu d’être moimême. Tout cela crée des rapports de force : je cherche à rabaisser les autres pour les mettre négativement au même niveau que moi. Au contraire, si je suis dans l’émerveillement de découvrir toutes mes capacités, à mon tour je deviendrai un éveilleur pour autrui et j’aspirerai à la complémentarité des dons entre tous.
Peut-être puis-je décider résolument, à partir d’aujourd’hui, de stopper net toute négation de mes capacités et de mon intelligence. Si je ne trouve pas mes mots quand je parle, si j’ai l’impression qu’on ne m’écoute pas, c’est souvent parce que je doute de moi-même et que je bloque la communication par mon autocritique interne. C’est bien difficile de rouler en gardant le frein serré ! Cela n’est pas digne de l’enfant de Dieu qui m’habite. Même si j’ai eu l’habitude de me dénigrer et de me faire du mal, je décide à l’instant même de ne plus avoir aucune complaisance avec cette forme d’abaissement qui ne sert personne.
Prière pour rendre grâce
Je peux dire la prière suivante : « Merci, Seigneur, pour tout ce que tu as mis en moi et que je veux faire fructifier à partir d’aujourd’hui. Je découvre chaque jour un peu plus ma forme d’intelligence, de mémoire, de sensibilité, et je les fais concourir à la mission qui est la mienne, à ma vocation. »
Je rends mon passé à mes ancêtres, l’habitude de me moquer de moi, de juger les autres à partir de leurs soidisant connaissances, je ne veux plus entrer dans ce jeu social où l’on se fait admirer par des prouesses verbales ou l’étalage de son érudition.
Les grands savants sont les plus modestes des hommes, et en face d’eux, on se sent intelligent. Les grand saints sont les plus humbles des hommes, et en face d’eux, on se sent important.
Mon premier prochain est moi-même. De même que j’ai à apprendre à m’émerveiller devant toutes les facultés de mon corps qui me permet de toucher, voir, entendre et aimer, ce corps que je dénigre si souvent encore, de même je veux être un bon père pour mon enfant intérieur, un bon ami, un bon compagnon pour moi-même, et aider Dieu à me le révéler.
« Seigneur, viens me libérer ! Viens faire jaillir tes dons en moi ; ils sont à Toi, je te les donne. Je ne veux plus être un propriétaire difficile à satisfaire, mais un locataire qui prend soin de son intérieur, qui le rend beau et accueillant. Amen. »





