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Je sors de mes peurs

(Auteur: Yves Boulvin - Parution F&L n° 251 de Juin 2006)

Yves Boulvin

est formateur en relations humaines, psychologue et consultant. Il organise depuis de nombreuses années des stages en entreprise,parallèlement à son activité de thérapeute. Il anime depuis plus de dix ans les émissions Foi et psychologie retransmises sur différentes radios francophones.

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Dans la Genèse, lorsque le serpent commence à retourner en négatif la Parole de Dieu, vient l’accusation : Adam et Ève s’auto-accusent, accusent le serpent et accusent Dieu. Ensuite apparaît la peur…


Les peurs peuvent nous protéger, comme c’est le cas pour l’antilope ou le lapin lorsqu’ils flairent le danger. Ils n’ont de salut que dans la fuite. Nous avons parfois du mal, quant à nous, à discerner ces peurs bénéfiques qui nous parlent : N’y va pas, ce n’est pas le moment, tu vas te brûler les ailes, tu ne pourras pas faire face actuellement…, des peurs imaginaires liées à nos blessures passées. La Petite Thérèse disait qu’un Père retire de la route de son enfant qui apprend à marcher les pierres qui pourraient le faire tomber. Il peut aussi lui inspirer de ne pas se rendre en tel lieu ou à tel moment parce qu’il y court un danger.

C’est ce que semblent montrer des études sur les accidents de la route. Certains automobilistes modifient à un moment donné leur trajectoire, sortent de l’autoroute juste avant l’accident qui va créer une énorme collision, partent quelques minutes plus tôt, ou s’arrêtent plus longtemps sur une aire d’autoroute… sans avoir conscience de la Protection qui s’est mise en place. Il y a en nous comme un radar qui cherche à nous protéger, une sorte d’intuition du danger.

La Providence peut d’autant mieux agir que nous avons développé en nous ce que l’Analyse Transactionnelle appelle l’Enfant Créateur. Plus nous sommes en accord avec nous-mêmes et avec les autres, plus nous pensons positivement, et plus nous utiliserons consciemment ou inconsciemment ce radar. Mais plus nous pensons négativement, plus nous croyons que nous n’avons pas de chance dans la vie, que ça va « nous tomber dessus », que tout bonheur se paye…, et plus nous risquons d’aller de nous-mêmes au devant des ennuis.

Il y a donc en nous une intuition qui peut nous protéger. Devant le danger, les animaux réagissent de différentes façons, et on retrouve là nos comportements humains. Certains animaux agressent, d’autres foncent comme le rhinocéros, d’autres cherchent à intimider l’adversaire en poussant des cris et en bombant le torse, d’autres se mettent en boule, se cachent dans un trou ou s’enfuient. Les oiseaux, très fragiles vis-à-vis des agressions terrestres, s’envolent. Ne nous arrive-t-il pas à nous aussi de nous trouver dans la lune, dans les nuages ou ailleurs ?… Ne pratiquons-nous pas parfois la politique de l’autruche ou, comme le caméléon, ne nous arrive-t-il pas de changer de couleur selon l’environnement ? Il y a donc toute une panoplie de réactions face à la peur que le comportement des animaux illustre bien. Dans lesquelles nous retrouvons-nous ?

Reste-t-il des peurs en toi ? En as-tu parlé ? Certaines ne peuvent évoluer que par une pédagogie des petits pas (cf FL n° 225). Par exemple, si je n’ose plus sortir de chez moi depuis des mois, je vais me contenter dans un premier temps de déposer simplement mes poubelles à l’extérieur. Un autre jour, je ferai quelques pas dans la rue en étant accompagné. La semaine suivante, j’irai un peu plus loin, toujours accompagné, en me félicitant de ces réussites pour me réapprivoiser. Si j’ai eu une frayeur en voiture sur l’autoroute, je vais me remettre en situation en conduisant accompagné par quelqu’un dont la présence me rassure ou en reprenant quelques leçons dans une auto-école, accomplissant d’abord des trajets courts, puis sur une route qui ne me pose pas problème, avant de revenir sur l’autoroute elle-même.

Si j’ai été mordu par un chien lorsque j’étais enfant, je vais apprendre à caresser d’abord une peluche ou un chiot qui vient de naître puis, peu à peu, à m’approcher de chiens plus grands. Y aller progressivement, en s’encourageant, en se faisant aider, voilà la clé du succès. C’est d’ailleurs cette pédagogie que Dieu a choisie en venant à travers Jésus rencontrer les hommes qui avaient peur de Lui, se présentant d’abord comme un tout-petit.
Avoir traversé des peurs et m’en être sorti, au moins en partie, me permettra de mieux comprendre celles des autres, de mieux les entendre et de les rassurer.
Faisons nôtre cette Parole de Dieu à Josué (Jos 1, 9) : « Fortifie-toi et prends courage. Sois sans crainte ni peur car l’Éternel ton Dieu est avec toi dans tout ce que tu entreprendras. »