Yves Boulvin
est formateur en relations humaines, psychologue et consultant. Il organise depuis de nombreuses années des stages en entreprise,parallèlement à son activité de thérapeute. Il anime depuis plus de dix ans les émissions Foi et psychologie retransmises sur différentes radios francophones.
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Nous sommes plus naturellement portés à dénoncer les défauts d’autrui qu’à accepter de voir ce qui ne va pas en nous. Nous sommes pourtant blessés, plus que nous ne voulons bien le croire. En prendre conscience permet à Dieu qui habite notre profondeur de nous guérir peu à peu avec beaucoup d’amour et de délicatesse.
Quand je te rencontre et que je reconnais en toi l’enfant de Dieu, je suis émerveillé. Cet émerveillement me rappelle que je suis habité par la même réalité lumineuse. Et si nos différences extérieures nous paraissent grandes, nous ne sommes pas moins, à ce niveau profond, beaucoup plus proches que nous le croyons.
Et plus lumineux et plus blessé
Je perçois aussi tes blessures, et je les comprends dans la mesure où moi-même j’accueille les miennes. Comment pourrai-je comprendre quelque chose dont je me crois incapable ou dépourvu ? Même si je n’ai jamais tué, je reconnais en moi des éléments de violence, qui, dans d’autres conditions auraient fait de moi un meurtrier. Tes blessures rejoignent les miennes.
Si je n’accepte pas de rentrer en moi-même et de voir la mosaïque de personnages contradictoires qui m’habitent, je risque de mettre sur toi une étiquette, je vais te juger, te critiquer, je pourrai même avoir cette phrase malheureuse : « Jamais je ne serais capable de faire ce que tu as fait. »
Pourtant à ce niveau psychique aussi nous appartenons à la même famille. Reconnaître mes blessures, c’est me permettre de découvrir plus profondément l’enfant de Dieu en moi et que mon psychisme blessé recouvre et cache. Alors, au travers de tes comportements de surface, de ta personnalité blessée, j’aurai toujours le regard fixé sur ta nature profonde, ce qui est beau et bien en toi, que je respecterai entièrement.
Nous sommes, toi et moi, enfants du Père, et à ce titre, aimés complètement et infiniment. La découverte de mon être véritable, de mon petit prince intérieur, me donne la lumière, la foi, une espérance sans faille ; la vision du crapaud en moi, de mes blessures et de mes chutes me fait grandir dans l’humilité, la compréhension, la charité et m’aide à t’accueillir.
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Te bénir ou te rabaisser
Si, en m’étant découvert et reconnu, j’ai appris à m’aimer simplement, à avoir une image saine de moi, je saurai me réjouir de tout ce qu’il y a de beau en toi. Je bénirai Dieu pour le trésor qu’Il t’a confié comme j’aurai accueilli avec bonheur la révélation de mon être profond. Mais si je me dévalorise ou si je manque de confiance en moi, même si je prends un masque dominateur, indifférent ou distant, que je ne vois en moi que le négatif, je te rabaisserai pour que nous soyons au même niveau.
Si je ne suis pas ancré dans mon intériorité lumineuse d’enfant de Dieu, je vais rentrer dans des jeux de balançoire où tantôt je me mettrai plus haut que toi, tantôt plus bas, mais jamais ou rarement au même niveau de communion et de complémentarité.
[...]
Vivre dans le présent
Mes blessures se manifestent encore au travers de mes ruminations sur le passé : rancœur, rébellion, remord, sentiment d’échec, colères… Il y a aussi en moi cette fâcheuse tendance à projeter le passé sur l’avenir qui me fait dire : « Je ne m’en sortirai jamais, ça ne va pas changer, ce sera toujours pareil », ou au contraire à idéaliser un avenir de rêve sans l’incarner et le construire concrètement pas à pas. Je projette, mais je ne vis pas dans le présent. Dieu, Lui, est l’Éternel Présent, Il ne revient pas sur notre passé pour nous le reprocher, Il nous ouvre un avenir tout neuf, nous redonne des forces, un élan sans cesse renouvelé.
Dédramatiser
Mes blessures se cachent aussi derrière mes dramatisations : lorsqu’un incident, somme toute très modique, va faire monter en moi une émotion considérable, que je vais noircir le tableau et projeter un film qui devient vite un drame affreux. Le psychisme blessé tend à généraliser, absolutiser et à percevoir négativement les choses. L’enfant de Dieu en moi va m’apprendre à relativiser, à dédramatiser et à positiver.
Me voir réagir aujourd’hui
Pour mieux connaître mon passé, il suffit de me voir réagir aujourd’hui. Tôt ou tard, le comportement d’une personne ou une simple réflexion réactivera en moi des "mal-vécus" anciens. Ce n’est pas mon chef ou mon responsable qui me fait réagir, mais c’est l’autorité dans laquelle je retrouve mon père, ma mère, ou tel instructeur. Ce n’est plus celle dont je suis l’époux ("ma" femme), mais la mère envahissante ou castratrice. Ce n’est plus mon amie, celle en qui j’avais confiance, mais celle qui, d’un seul coup, cristallise tout ce qui a provoqué la méfiance dans ma vie, celle dont j’ai à me méfier et que finalement je rejette. Quel gâchis !
Accepter de se laisser transformer
Ne faisons plus partie de ceux qui projettent sur les autres leurs propres divisions et difficultés psychologiques ! L’humilité ne consiste-t-elle pas en effet à faire la lumière en soi plutôt que de dénoncer les fautes chez les autres et de vouloir les faire changer ? L’objectif n’est sûrement pas de me condamner et de me culpabiliser inutilement mais de désirer ardemment ne plus blesser les autres et ne plus me blesser moi-même. C’est un lent mûrissement intérieur, une décision profonde ancrée dans le quotidien, jour après jour et avec Dieu qui me transformera vraiment.





