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Communiquer, cela s'apprend : dix règles de base

(Auteur: Yves Boulvin - Parution F&L n° 258 de Février 2008)

Yves Boulvin
est formateur en relations humaines, psychologue et consultant. Il organise depuis de nombreuses années des stages en entreprise,parallèlement à son activité de thérapeute. Il anime depuis plus de dix ans les émissions Foi et psychologie retransmises sur différentes radios francophones.

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Nos relations seraient facilitées si nous avions clairement conscience de quelques règles de base, afin que notre communication soit plus positive, constructive et enrichissante. Ces règles, nous aurions dû les apprendre à l’école dès notre plus jeune âge…

1. Le « Tu » tue
Je n’attaque jamais l’être, la personne qui est en face. Le « Tu es » tue. Ce qui est vrai pour autrui l’est aussi pour moi. Dieu seul sait qui je suis et qui est l’autre dans sa profondeur. Je ne me permettrai donc plus jamais de juger quelqu’un dans son identité. Je peux ne pas être d’accord avec telle ou telle parole, tel ou tel comportement, mais je n’identifie pas mon interlocuteur à ce qu’il dit ou à ce qu’il fait. Je marque bien la différence entre son identité réelle, l’enfant de lumière qui l’habite en profondeur ; la structure de sa personnalité avec ses blessures, ses excès, ses dramatisations… ; et le masque social qu’il peut mettre en certaines occasions. Je perçois ces trois niveaux, je ne les confonds pas, ce qui me permet d’être beaucoup plus relatif dans ce que j’ai à lui dire.

2. Face à face
Si j’ai quelque chose de délicat à exprimer, par exemple une insatisfaction, un reproche ou une demande, j’attendrai le bon moment, que l’autre soit disponible, et je le ferai en face à face, seul à seul. Je n’en profiterai pas pour régler des comptes en public, pour humilier mon interlocuteur ou me moquer de lui devant autrui. En retour, je ne me laisserai pas attaquer devant d’autres…

3. Voir le bon
Je ne peux pas me contenter de critiquer, de relever ce qui ne va pas chez autrui si, par ailleurs, je ne sais pas aussi le valoriser, le remercier, lui dire ce que j’aime en lui. Une relation n’est constructive et stimulante que si le positif l’emporte sur le négatif. Aije ouvert mes yeux de lumière, puis-je voir le bien en chacun ? Sais-je identifier les qualités et pas seulement les défauts, et comprendre que qualités et défauts sont souvent étroitement liés ? Jésus a demandé que l’on n’arrache pas trop tôt l’ivraie, de peur d’enlever en même temps le bon grain (cf. Mt 13,29). Où en suis-je à ce niveau ? Mon regard s’est-il nettoyé ? Ai-je un regard, une écoute qui fait du bien, qui accueille, qui relève, qui comprend, qui réconforte, qui rend à l’autre sa dignité ?

4. Relativiser
J’ai bien conscience que je ne détiens pas la vérité, et l’autre non plus, que chacun a sa part de richesses, mais aussi son quota d’erreurs. Je vais alors apprendre à exprimer mon opinion, mais sans l’imposer, et à relativiser les paroles fortes d’autrui qui sont également de simples opinions, un “je” qui s’adresse à un “je”, et non pas “c’est”, “on”, “ils”.

5. Bien formuler
Dans un différend, je n’oublie jamais que l’autre a un passé, des blessures comme j’en ai moi-même. Je ne suis pas responsable de son passé et il n’est pas responsable du mien. Cela m’aide à devenir plus patient, plus tolérant, à faire plus attention à ma façon de formuler et à ne pas me laisser culpabiliser inutilement par certaines de ses réactions.

6. Compteurs à zéro
Je remets régulièrement les compteurs à zéro. Bien souvent, je rumine telle ou telle situation, telle ou telle parole, mais c’est moi - et moi seul - qui leur donne tant d’importance ! De même que je n’ai pas à identifier l’autre à un comportement, à une émotion, à le fixer immuablement à ce niveau, je n’ai pas moi-même à me laisser enfermer par une parole négative. Puis-je faire le tri, pour ne plus ressentir de rancune, pour être en paix ? Ou est-ce que je fais partie de ces personnes qui boudent, qui se bloquent pendant des jours, qui sont tellement blessées qu’elles se ferment ? Puis-je en revenir aux faits, simplement aux faits : il y a une semaine, fatigué, en rentrant du boulot, tu m’as dit que… Parce que j’étais moi-même fatigué, je l’ai mal pris, et tout mon scénario négatif s’en est emparé. Et je me suis retrouvé, durant une semaine, écartelé entre une partie de moi qui se dévalorise et une autre partie qui se rebelle, qui agresse, qui en veut. Chaque jour est différent. Chaque minute est différente, chaque seconde est différente. Ai-je le désir d’apprendre à remettre les compteurs à zéro ? L’autre ne possède pas la vérité sur moi, et je ne possède pas la vérité sur lui. Pourquoi la parole qu’il a prononcée a-t-elle eu tellement de répercussions sur moi ? Qu’estce que ça m’a rappelé ? Qui ai-je perçu en filigrane ? Mon père, ma mère, ma soeur, telle autre figure d’autorité ?

7. Avec légèreté
J’apprends à communiquer légèrement. J’ose m’exprimer, et d’une façon courte pour ne pas envahir l’autre. Je m’en tiens aux faits objectifs, et j’apprends de plus en plus à dire les choses positivement. En retour, j’écoute ce qu’il a à me dire. Pour éviter les excès, je reformule, je prends du recul, je manifeste ma compréhension : Si je te comprends bien… Se sentant écouté, entendu, mon interlocuteur m’écoutera plus volontiers.

8. Se fixer des objectifs
Plutôt que de me plaindre, de ressasser ou de rouspéter, je me fixe des objectifs. Je ne changerai de comportement que si j’ai un objectif clair : par exemple, mieux écouter, m’exprimer davantage, être plus positif, savoir faire des concessions, reconnaître sobrement mes erreurs, donner à l’autre le droit à l’erreur, établir des rapports gagnantgagnant. Je me rappelle cet objectif chaque jour, je le visualise en l’ayant écrit sur un support à ma portée et je fais le point, chaque soir peut-être, ou au moins plusieurs fois par semaine : où en suis-je par rapport à mon objectif ? Qu’ai-je réussi ? Je valorise mes progrès, je m’encourage ; je reconnais mes erreurs, non pour me les reprocher, mais pour me fixer d’autres objectifs pour les jours à venir : aujourd’hui, je ne t’ai pas écouté, je me suis fermé. Je le constate, je le regrette, mais je ne m’en veux pas. Et demain, je veillerai à être plus disponible, plus patient, plus compréhensif ; demain soir, je referai le point, non pas pour en profiter pour me culpabiliser ou en vouloir aux autres, mais pour repréciser l’objectif, jour après jour, comme un sportif qui s’entraîne. Cela prendra du temps, ce n’est pas du jour au lendemain que l’on modifie des habitudes datant de plusieurs années. Mais je sais que j’y arriverai, avec l’aide de Dieu et par une pratique quotidienne.

9. La sagesse du temps
Je sais parler, mais je sais aussi me taire. Je comprends l’importance de ne pas réagir “à chaud”. J’attends de sentir le bon moment, de m’être calmé, de considérer les faits plus sereinement en ayant fait la part des choses, et c’est seulement alors que je t’aborde. Je connais tes fragilités, mais aussi les miennes, et j’en tiens compte. J’entre dans la sagesse du temps. Je n’oublie pas, Seigneur Jésus, que tu t’es formé pendant trente ans, sur tous les plans : physique, psychologique, spirituel ; que ton ministère s’est accompli en trois ans et que tu as sauvé les hommes en quelques heures. Moi qui veux tout et tout de suite, la vie m’apprend à attendre. J’observe que les cadeaux viennent souvent d’une autre façon ou à un autre moment que ce à quoi je m’attendais.

10. Intériorité, distance juste
C’est dans mon intériorité lumineuse, dans la paix du coeur, que je vais laisser germer les décisions importantes de ma vie. Je ne m’obstine plus à triturer un problème dans tous les sens, le soir, ce qui m’empêche de dormir. Au contraire, j’apprends - comme le font tous ceux qui utilisent leur créativité à bon escient - à oublier ce problème, pour permettre une véritable maturation intérieure. Je me mets dans la paix, j’entre dans un coeur à Coeur avec Dieu et je laisse germer la solution. Je me détends, je n’ai plus de prétentions, de tensions, parce que je sais attendre le bon moment. Je me réjouis de toute chose, je me souviens que tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu et qu’Il retourne tout en bien, même ce qui paraît impossible ou tordu. Je te fais pleinement confiance, Seigneur, et ton Amour met tout en ordre dans ma vie. Cela ne se fait pas sans moi, mais cela ne se fait pas sans Toi. Il n’est pas de situation que Tu ne puisses retourner. Seule ma vision étriquée fait trop souvent obstacle à Ton action.