Vingt-deux ans pour un oui
(Auteurs : Claire PELBOIS et Frédéric ASSOGHO NDONG - Parution F&L n° 256 de Décembre 2006)
Frédéric
Je suis né le 26 juillet 1977 à Libreville d'un père gabonais et d'une mère française. Mon père et ma mère vivaient ensemble, tout allait bien : mais, alors que je n'avais que six ans, en arrivant en France, le "destin" a voulu qu'ils se séparent. Je me rappelle bien la scène : j'ai vu par la fenêtre mon père partir en voiture, et je pensais toujours qu'il allait revenir…
Deux ans après, j'avais huit ans, nous habitions un quartier pauvre de Paris (le 18e arrondissement). Je me suis rendu compte un jour que mon père et ma mère étaient séparés sans l'être vraiment, car Dieu agissait dans nos cœurs. Je me suis mis à prier, à espérer en Dieu, à jeûner. À l'âge de dix-huit ans, j'ai écrit à mon père pour que ma famille se réunisse dans l'amour, la paix, la dignité.
Mon père, que j'aimais et qui m'aimait, m'a écrit. Je croyais toujours en lui. Il a répondu à mes questions. J'ai eu la chance de grandir dans la religion catholique, de persévérer dans l'amour et la réconciliation.
Enfin, le désir et la volonté de mes prières se réalisèrent : vingt-deux ans après, en 2005, je revis mon père, Papa Michel, à Libreville au Gabon, avec plein d'émotions… la famille (tantes, sœurs, frères, oncles, neveux, nièces)… C'était magnifique ! La magie de l'Amour, de l'Afrique, avec les tam-tams qui résonnaient dans le cœur de Dieu !
Claire
Michel et moi nous sommes connus à l'âge de vingt et dix-huit ans dans un camp de J.E.C. (Jeunesse étudiante chrétienne). Puis, Michel, Gabonais, est reparti chez lui à Libreville et nous avons correspondu pendant neuf ans. Il m'a demandé de l'épouser, et je suis donc partie au Gabon en 1975. De notre union sont nés deux garçons, Cyrille et Frédéric. Cependant, la vie pour nous deux était très difficile, les conditions de vie très douloureuses et nous ne marchions pas avec le Seigneur ; nous nous sommes mariés uniquement civilement.
J'ai vécu huit ans avec Michel, mais c'était un calvaire, une souffrance indescriptible ; j'ai décidé de revenir en France avec nos deux enfants et j'ai demandé le divorce. Je ne voulais plus voir Michel ni qu'il voie ses enfants, car j'avais trop souffert à Libreville : mentalité différente, jalousie, je me retrouvais seule très souvent…
Mes enfants ont grandi sans leur père, cependant celui-ci nous écrivait, nous téléphonait et demandait toujours à voir ses enfants.
Petit à petit, le Seigneur m'a changée, transformée. Après un pèlerinage à Medjugorje, en 1999, au cours duquel la Vierge a complètement transformé mon cœur et ma vie, j'ai commencé à prier pour Michel et pour nous. Nous lui avons envoyé une petite carte de Medjugorje. Au retour, j'ai rejoint un groupe de prière. En 2003, j'ai vécu une retraite de guérison intérieure, et j'ai demandé au prêtre qui m'accompagnait de célébrer des messes pour Michel.
Mes fils voulaient absolument revoir leur père, et ils me le demandaient souvent. Nous avons prié sur le projet d'aller le voir au Gabon. En 2005, nous avions réuni l'argent nécessaire et je sentais que mes fils étaient suffisamment stabilisés psychologiquement pour vivre ces retrouvailles avec leur père. En août, nous sommes donc allés tous les trois à Libreville. Je peux dire que je partais un peu réticente : après toutes les souffrances vécues entre 1975 et 1983, je n'avais pas trop envie d'y retourner. J'y allais surtout pour que mes fils retrouvent leur père. Cependant, Dieu avait préparé nos cœurs, et les retrouvailles, contre toute attente, se sont passées dans une grande simplicité et comme si nous nous étions quittés la veille. Vous imaginez le bonheur de mes enfants et de leur père de se retrouver après vingt-deux ans de séparation ! " Rien n'est impossible à Dieu " (Lc 1, 37) !
Les quinze premiers jours, nous avons vraiment repris contact, nous avons beaucoup parlé, et un de mes fils nous disait, en nous mettant la main dans la main : " Réconciliez-vous ", mais mon cœur n'y était pas.
Nous étions logés à la communauté des Béatitudes, qui priait pour notre famille depuis que Michel leur avait fait part de notre projet de venir. Je pouvais vivre tous les jours l'adoration du Saint-Sacrement. La seconde partie du séjour, le Seigneur a changé mon cœur : j'ai senti, physiquement même et intérieurement (d'une façon que je ne peux pas expliquer), qu'il mettait en moi une grande douceur, un amour tout neuf, quelque chose que je n'avais jamais ressenti ni éprouvé auparavant dans toute ma vie.
Le jour du départ est arrivé. À l'embarquement, mon fils Frédéric a refusé de monter dans l'avion. C'était trop dur pour lui, il ne voulait pas, alors qu'il venait juste de reprendre contact avec son père, le quitter à nouveau sans savoir quand il le reverrait. Nous sommes retournés à la Communauté. Nous n'avions plus d'argent, nos valises étaient dans l'avion, nous ne savions pas comment envisager l'avenir… Quel dépouillement ! Là, le Seigneur a vraiment travaillé nos cœurs. Nous avons prié, et la communauté avec nous. Il fut décidé que Michel rentrerait en France en même temps que nous. Providentiellement, tout fut arrangé en un temps record : billet, passeport, visa, tout fut obtenu en quelques jours, alors qu'au Gabon, cela prend au moins un mois ! La main de Dieu est toute-puissante !
Michel est resté trois semaines en France (il avait un visa courte durée), mais je dirais que c'est surtout pendant cette période que mon cœur a changé. En arrivant, j'avais encore du mal à accepter cette situation avec Michel ; petit à petit, le Seigneur a vraiment transformé mon cœur, et mes sentiments pour lui ont été complètement purifiés. Je l'ai vu avec un regard d'amour que je ne connaissais pas, je l'ai découvert, c'est vraiment Jésus qui peut faire cela : avec le temps de séparation, il a agi en nous, nous a purifiés, a guéri notre mémoire et pacifié nos souffrances passées. Nous nous sommes pardonnés mutuellement, le mal et la rancune ont disparu. Nous avons découvert que l'amour reste : nous ne savions pas que nous nous aimions autant !
Puis Michel est reparti au Gabon. Les frères et sœurs des Béatitudes ont témoigné combien il avait été transformé, entre la première fois qu'il était venu prier à la Communauté et son retour de France ! Il n'avait plus le même visage. De mon côté, je vois aussi combien Frédéric, hypersensible, s'est trouvé pacifié suite à la reprise de contact avec son père.
Aujourd'hui, Michel est toujours au Gabon et nous nous appelons souvent. Nous désirons nous remarier civilement et nous marier à l'Église. Nous commençons une nouvelle vie, transfigurée par l'Amour de Dieu. Nous savons désormais que Dieu agit dans le temps et que tout ce qu'il veut, il l'accomplit, pour sa gloire et notre plus grand bonheur !





2 Commentaires
Ce témoignage me ravive le coeur.Cette histoire de ce couple séparer pendant de nombreuse années me rappelle mon histoire ,et me permets d'espérer moi aussi à une nouvelle vie.Divorcée depuis 15 ans nous n'avons pas ete en bon termes toutes ces années mon ex-mari et moi.Notre deuxiéme fils agé de 16 aujourd'hui, nous a permi de faire la paix son pére et moi.A l'age de l'adolescence mon fils se pose beaucoup de questions sur lui-meme sur qui est son pére, qui est sa mére et pourquoi avons-nous divorcé? Une rencontre s'est mise en place ,nous avons pu tous les 3 nous exprimer avec beaucoup d'émotions je l'avoue ,mais le partage du repas et de cet échange à été un moment tres fort entre son pére et moi.Avant cette rencontre ,j'avais demandé aDieu de me donner le courage d'affronter cette épreuve et que cela se passe dans le calme .J'ai demandé à Dieu de me soutenir ,de sentir sa chaleur dans mon dos, de me tendre sa main pour que je mette la mienne dans la sienne,et la magie du St-esprit s'est éffectuée.J 4AI EU CE SENTIMENT DE R2CONCILIATION que j'attendais depuis longtemps,cette satisfaction d'avoir fait la paix avec mon ex-mari et de sentir que lui aussi attendait ce moment.Nous nous sommes revus il y a peu de temps,dans la joie et l'amitié.Je remercie Dieu de cette nouvelle union qui re-démare comme une nouvelle naissance ,comme un nouveau baptéme. Aujourd'hui, je prie Dieu pour me donner la force d'avancer dans ses pas ,de lui faire confiance chaque jour qu'il m'apporte,afin de pouvoir apporter à mon ex-mari tout l'amour et le soutien que je n'ai pas pu lui donner pendant NOs années de mariage.J 'encourage tous les couples en difficultés à appeler Dieu en aide CAR il répond toujours présent! MERCI
je remerçie Dieu pour ses retrouvailles et je suis content pour Michelle;moi aussi je cherche mon papa je n'ai grandi avec lui je ne le connais pas non plus et je desir le connaitre , j'espère que vous prierer pour moi on garde le contact.