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Une affaire de coeur

(Auteur : Jacques Humeau - Parution F&L n° 227 d'Avril 2004)

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Tout a commencé le jour de ma communion privée, le 2 avril 1942 : sur les images, Jésus tenait la main d’un enfant, censé me représenter, et la légende disait : « Partage ce que tu as avec ceux qui n’ont pas assez ». Cette phrase est restée gravée en moi. Nous étions alors en pleine guerre, et souvent, « il n’y avait pas assez ».

À ce moment-là, ma mère me dit : Tu es fils de l’Église ; maintenant que tu as fait ta communion, il faut que tu rendes des services aux autres. Elle m’a emmené rendre visite à des personnes âgées. J’avais sept ou huit ans. À cette époque-là, je voyais aussi mon père s’occuper des prisonniers de guerre, à qui il envoyait des colis alimentaires, et faisait faire des milliers de fausses étiquettes pour renforcer le soutien à nos captifs.

À l’âge de treize ans, sur la suggestion de ma mère, je suis entré chez les tertiaires franciscains. Au départ, c’était mon amour pour elle qui m’y a poussé, et puis j’ai eu la chance d’avoir comme maîtresse des novices Marie Mousseau (petite-nièce de Jacques Catelineau), dont l’humilité, la douceur, l’humour, l’amour de l’Église et des pauvres m’ont profondément marqué. J’ai pu ensuite m’engager dans la Fraternité, faisant vœu d’être fidèle à Jésus et au Pape, et d’aider ceux qui souffrent. La présence de ceux qui nous ont précédés au Ciel est aussi très importante dans la spiritualité franciscaine. Cet engagement m’aura soutenu toute ma vie, spécialement dans la période post-conciliaire que j’ai vécue douloureusement, et durant laquelle on peut dire que l’engagement auprès des pauvres aura été ma planche de salut.

Lorsque j’étais étudiant à la Catho d’Angers, j’organisais le Congrès des Universités catholiques de France ; cela m’a donné l’occasion  de rencontrer des fournisseurs, notamment en matériel étudiant. C’est aussi à cette époque que j’ai fait la connaissance de M. Schweller, le fondateur de L’Oréal. Il avait des théories très innovantes sur le plan économique et social : pour lui, l’entreprise devait être au service d’un mieux-être et d’un mieux-vivre, au service des autres. Ses livres L’impôt sur l’énergie et Le salaire proportionnel ont beaucoup marqué le futur chef d’entreprise que j’étais. Lors d’une rencontre, il me dit au moment de me quitter : Écrivez- moi ! Chose promise, chose due…

À l’époque, j’étais également responsable de la Conférence Saint Vincent de Paul pour étudiants. Nous étions au début des années cinquante. À ce moment-là, il y avait beaucoup de misère à Angers ; nous visitions les taudis situés près du château. Je me souviens que je rendais visite à un jeune homme qui est resté longtemps très malade, et qui en dépit de cela était toujours heureux : un homme de Dieu ! Il prenait les choses du bon côté. Alors que je montais les escaliers pour aller le voir, j’entendais le bruit de la radio qui fonctionnait : RTL passait les toutes premières pubs radiodiffusées, et le slogan résonnait : Lavez-vous et sentez bon avec Monsavon ! J’ai repensé à monsieur Schweller, rencontré la veille, et à qui j’avais promis d’écrire : c’est ainsi qu’il nous fut livré plusieurs tonnes de savon ! « Demandez, et l'on vous donnera » (Mt 7,7)…

Je me souviens aussi du geste d’un député, rapporteur à la Commission des finances de l’Assemblée nationale : sa fonction lui donnait droit à une certaine quantité de tabac à titre gratuit. Il me connaissait bien, et il me demanda des nouvelles de la Conférence Saint Vincent de Paul. Je lui racontai l’histoire des savons. Il décida alors de me donner tout le tabac qu’il recevait (car il ne fumait pas) au profit des personnes que nous aidions !

Ensuite, je me suis marié, et nous avons eu sept enfants. Et puis, il y a eu le Concile Vatican II. J’ai vécu difficilement ces années post-conciliaires, et l’engagement auprès des pauvres était pour moi le moyen de garder la tête hors de l’eau ! C’est pourquoi, au cours de cette période, j’ai créé différentes petites associations, en particulier pour aider les gens de la rue. Par exemple, à Beaupréau dans le Maine et Loire, là où j’habitais avec ma famille, il y avait un hôpital tenu par des Sœurs, qui accueillait pendant la semaine des personnes sans abri ; le week-end, ces personnes ne savaient plus quoi faire et erraient dans la rue. L’association les invitait partager un repas, des activités. Aujourd’hui encore, lorsque je vois les personnes qui vivent dans la rue, j’arrête ma voiture, je leur dis bonjour ; physiquement je ne peux plus faire « tourner » une association comme celle que j’avais créée à l’époque, mais ce qui compte c’est d’agir selon nos forces, c’est d’avoir sur l’autre un regard bienveillant. En cela, je reçois beaucoup de la spiritualité franciscaine.

Parallèlement à cela, je suis devenu chef d’entreprise, et je travaillais dans la fabrication de chaussures. Je me suis demandé : Comment, en tant que chef d’entreprise, être porteur d’espérance ? Je ne voulais pas me contenter du train-train courant, mais j’avais le désir d’être chercheur, chercheur de Dieu, des pauvres, des moyens de retourner en bien ce qui, à première vue, était un échec. J’avais à l’esprit la maxime : « Oser, c’est le plus sûr moyen de réussir ». Un jour, je vis à la production un stock d’articles dépareillés, qui avaient été accidentellement abîmés par les machines. Une botte avait été sectionnée à mi-hauteur, et était donc devenue inutilisable en tant que telle. Un ouvrier me dit : Et si on en faisait des sabots ? C’est ainsi qu’ont été fabriqués les premiers sabots de jardin. Nous essayions toujours de ne gaspiller ni temps, ni biens, ni énergie.

C’est dans cet esprit que la Halte du Cœur a été fondée, en 1986. Je suis parti du constat qu’il y avait un gaspillage énorme dans les entreprises d’agroalimentaire et dans les magasins. À l’époque, aucun organisme ne les récupérait pour les redistribuer aux plus démunis, hormis les Restos du Cœur fondés quelques mois auparavant. La Banque alimentaire n’existait pas encore. Mon expérience auprès des plus pauvres m’avait enseigné combien une aide ne pouvait pas être à sens unique : ceux qui donnent et ceux qui reçoivent. Une aide véritable doit être fondée sur le partenariat. Le but de l’association fut donc non seulement de lutter contre le gaspillage, mais aussi contre l’assistanat. Chaque bénéficiaire signe un « engagement responsable» avec l’association, et donne une participation de 40 € par mois, afin que le R.M.I. perçu serve effectivement à ce pour quoi il était prévu au départ : la nourriture. Évidemment, nous ne sommes pas rigides et nous voyons au cas par cas : il y a des gens à qui nous faisons crédit, ou qui ne payent pas, au moins pour un temps, ce qui nous vaut d’être financièrement au niveau de la survie !…

Pour combattre la pauvreté, il ne faut pas seulement de l’argent, il faut du cœur. Je vous donne un exemple : Une famille, qui habitait dans une petite ville, vivait une période de grande précarité. La femme se privait pour nourrir sa famille. Un jour, elle fut enceinte. Son bébé est mort de malnutrition dans son sein ! Et cela s’est passé ici, en France, il y a deux ou trois ans ! Pourquoi je dis qu’il faut du cœur ? Parce qu’entre le moment où le besoin se fait sentir, et le moment où l’aide arrive effectivement, il peut se passer beaucoup de temps ; et c’est dans ce temps-là que de tels drames peuvent se produire. Depuis, cette famille a reçu une aide de l’Association, et ils sont maintenant tirés d’affaires.

Quand cette dame est venue me raconter son histoire, j’ai pleuré. Lorsqu’on rencontre des pauvres, leur pauvreté a toujours un écho en nous. En me voyant pleurer, elle m’a dit : Mais monsieur, qu’est-ce que je peux faire pour vous ? j’ai répondu : Écrivez-moi votre histoire. C’est un témoignage, pour que l’œuvre continue et se développe. Le geste de charité ne doit jamais être une aumône, mais une participation réciproque.

Si vous désirez aider cette œuvre qui rayonne sur 7 départements, contactez :

La Halte du Coeur - BP 80078 - 49601 BEAUPREAU CEDEX - Tél :02.41.63.51.59 -
communication(at)halteducoeur.org
www.halteducoeur.org

1 Commentaire

Feildel a écrit le 04.03.2008 21:06 email homepage

Pour mettre à jour les coordonnées de la Halte du Coeur, venez faire un tour sur notre nouveau site www.halteducoeur.org
Amitiés
Xavier

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