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Ses yeux m’ont tout dit
De la haine des matons au bonheur en prison

(Auteurs : Freddy n° 12417  - Parution F&L n° 219 de Juillet-Août 2003)

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Dieu écoute toutes nos prières. Le croyons-nous ? Nous lui adressons des demandes et les oublions si souvent. Dieu, Père, ne les oublie pas et, un jour, à son heure, vient l’exaucement.

Je me présente : je m’appelle Freddy, je suis un alcoolique, un ex-bandit, un ex-pilleur de l’Église, un ex-un-peu-tout. J’ai fait tellement de mal dans ma vie… Bagarres, vols, braquages, prise d’otages et enlèvement. J’ai blessé des personnes et parfois très gravement. J’étais quelquefois recherché par toutes les polices. J’ai fait beaucoup de prison mais cela ne me faisait pas changer. À chaque libération, je disais au portier : À la prochaine !
Mais venons-en au début de ma vie de violence. J’avais vingt ans quand ma fille de deux mois et demi est morte. Je me suis révolté contre Dieu, je ne voulais plus y croire. Je disais toujours qu’il n’y avait pas de Dieu. Je me suis mis à boire, à me droguer, à faire les quatre cents coups.
Je suis actuellement à la prison de Namur (Belgique). Je suis condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour le meurtre d’une femme.
J’ai commencé à réfléchir à tout le mal que j’avais fait. Pourquoi ? Cette question restait toujours sans réponse. Je disais : Tout le mal que j’ai commis, ces chagrins qui me sont arrivés, ce doit certainement être de ma faute, la perte de ma petite ; c’est peut-être un bien pour elle. Dieu avait décidé de me la reprendre car il savait la vie que j’allais mener.

Alcool, drogue, médocs.
Depuis quelques années, je me posais des questions au sujet de Dieu. Je lui disais : « Si tu existes, fais-moi un signe ! » Mais toujours pas de réponse. Il y avait quelques petites choses qui me faisaient penser à lui. Un exemple : quand j’étais à la prison d’Orlon en 1993, au début de cette dernière peine de prison, il faisait très chaud, la fenêtre de ma cellule était ouverte, j’écrivais. Un pigeon blanc est entré dans ma cellule, il est venu se poser sur le bord de ma tasse de café, tout à côté de moi. J’étais étonné car tous les pigeons qui sont autour de la prison sont sauvages. Je le regarde et je lui dis : « Tu es peut-être le Saint-Esprit ? » Et il est parti comme il est arrivé. Et puis je me suis dit : « Je suis bête de penser des choses ainsi ! » Petit à petit j’ai commencé à rechercher la vérité. Je me renseignais, allais chez les protestants, même si j’étais de souche catholique, je suis même allé rencontrer des musulmans. J’ai aussi suivi pendant un bon bout de temps des cours bibliques.
Je continuais ma vie comme les détenus le font, même en prison : alcool, drogue, médicaments. La vie se passait comme cela, toujours dans le péché, faisant tout ce que je ne devais pas et toujours aussi révolté, pas nécessairement contre Dieu mais contre les matons ou contre ceux qui pouvaient me faire du bien.
Une personne pourrait en témoigner : c’est ma visiteuse que j’ai connue peu après mon arrivée, et qui pour moi est devenue une réelle amie. Elle a vu mes états de violence, menaçant à l’égard des matons ou de certains détenus ou dans mes terribles états de manque. À un tel point qu’un jour, j’ai été transféré en disciplinaire à la prison de Tournai pour x temps. Pourquoi ? Je ne me souvenais plus de rien. J’ai encore réfléchi davantage et j’ai pris la décision de changer de vie.

Changement de cap
Quand le médecin de la prison m’a appelé, je lui ai dit : Même si je me mets à genoux devant vous, ne me donnez plus aucun médicament car je suis un drogué et un alcoolique. Je veux tout arrêter d’un seul coup. J’ai beaucoup souffert au début. Pendant au moins trois mois je tombais dans des crises d’épilepsie dûes au manque mais je tenais le coup. Je fréquentais les Alcooliques Anonymes et j’allais à la chapelle, à la messe catholique. Sans m’en apercevoir j’arrivais tout doucement vers Dieu. Dieu, lui, ne m’avait jamais quitté mais c’est moi qui m’étais détourné de lui pour me tourner vers l’ange rebelle. Ma visiteuse me parlait toujours de Dieu, de Jésus, de la Vierge Marie. J’étais, moi, toujours en contradiction avec elle.
Je suis resté dix mois à Tournai. Au bout de ce temps, je ne prenais plus rien, mais on ne peut pas dire que j’étais guéri car on n’est jamais guéri de l’alcoolisme. C’est une maladie mortelle et incurable. La seule façon de s’en sortir est l’abstinence totale. Mais j’étais sur la bonne voie.
Quand je suis revenu à Namur, j’ai eu immédiatement un bon travail. J’ai eu à m’occuper d’une section entière à moi seul. J’ai commencé aussi à travailler à l’infirmerie. Enfin j’étais fier de la confiance qu’on me faisait. Je pense que ma visiteuse a été étonnée de mon changement car j’ai prié avec elle. Il y avait un crucifix sur mon mur, un chapelet et des images religieuses. Un jour, en parlant avec un religieux, je lui dis : « Satan m’a eu mais il ne m’aura plus. »

Le songe du ciel
Quelques temps plus tard je me suis endormi et j’ai rêvé. J’étais dans une prison que je ne connaissais pas, une prison libre, où l’on peut sortir, se promener comme on le veut. Je sors avec une besace à mon épaule, je ne sais pas pourquoi. J’arrive à une place où il y avait comme un béton bien lisse. Je sors de ma besace trois pierres plates et rondes comme des disques. Je les place en triangle, et sors un drap blanc que je mets sur ces pierres. Je vois de la fumée blanche qui sort en dessous du drap. J’enlève le drap et je bouge une pierre, celle que je trouve à ma gauche (si je me mets dans le sens des pierres c’est donc la droite que j’ai enlevée). C’est alors que j’ai vu le visage de Jésus avec sa couronne d’épines. Il était si beau que je me suis couché à terre, j’ai mis mon visage contre le sien et j’ai dit : « Enfin, te voilà ! » Et je me suis éveillé. Depuis cette nuit, il m’arrive souvent de me rappeler ce visage, un visage qui n’exprime aucune souffrance. Jésus ne m’a rien dit mais ses yeux étaient si beaux, remplis de tant d’amour qu’ils m’ont tout dit. Jésus est venu bouleverser ma vie. Je savais ce que je devais faire dorénavant.
Je peux maintenant certifier que Jésus existe vraiment. J’ai parlé avec un aumônier qui venait de Paris et je lui ai expliqué ce rêve. Il m’a dit : « Ce n’est pas un rêve mais un songe du ciel. » Depuis lors je prie de tout mon cœur, je crois vraiment en Dieu. J’essaie d’aider des personnes qui en ont besoin et ne rate pas une occasion de parler de Dieu, à l’un ou à l’autre. Je remercie surtout le Seigneur d’avoir mis le pardon dans mon cœur car si j’ai fait plusieurs peines de prison, dont celle-ci est la plus longue, c’est surtout à cause de la haine qui m’habitait. Bien sûr, comme tout homme, je ne suis pas parfait, il y a aussi les tentations, les idées que je ne m’explique pas.
Je suis certain que ma visiteuse est fière de moi et de ce que je suis devenu. Elle a eu du courage pour me suivre jusqu’au point où je suis arrivé.
Sur l’insistance de ma visiteuse, j’ai écrit un premier témoignage un matin de novembre 1997. Moi qui pensais être incapable de le faire, je l’ai écrit d’une traite. Je l’ai terminé à 8 heures 45 du matin. Près de six ans se sont écoulés depuis ma conversion, six années de paix et de joie, de liberté, heureux de sentir la présence de Jésus dans mon cœur, libre par l’esprit. Quand on me demande comment je vais, je réponds : « Très, très bien » et je savoure l’instant présent du mieux que je peux