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Moto, boisson... et confession !

(Auteur : Lettre reçue à la Rédaction - Parution F&L n° 248 de Mars 2006)

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« Mais c’est un curé ! » Une lueur de la nuit a dû faire briller ma petite croix. Je viens de dépasser, dans un espace à l’abri des regards, un groupe d’une vingtaine de jeunes. Aux bruits et aux cris qui me parviennent, on peut deviner qu’un abus de boisson commence à produire ses effets.

J’étais parti à la tombée de la nuit me dégourdir les jambes tout en méditant le chapelet. Je devais bientôt quitter cette paroisse pour une aumônerie, et ce n’était pas sans appréhension que j’abordais cette nouvelle mission. Je revenais cependant d’une session au terme de laquelle le prédicateur nous avait invités à prier les uns pour les autres. Un frère m’encouragea à exprimer ma prière : je demandai au Seigneur de chasser mes peurs devant ma nouvelle mission d’aumônier étudiant et de me donner du courage. Une parole me fut donnée : « Va, jette tes filets ».

C’est ainsi que ce soir-là, au terme d’une heure de promenade et de prière, j’aperçois, entre la basilique et la Sèvre, une vingtaine de jeunes.

Interpellé
Après une demi-seconde d’hésitation, je me dirige vers le groupe qui se trouve maintenant sur ma route alors qu’il existe un autre itinéraire plus tranquille. Lorsque j’arrive à leur hauteur, la scène qui se présente à moi confirme malheureusement mes premiers soupçons : ils sont ivres. Banalement et paisiblement je leur adresse un « bonsoir », presque déçu de ne pas être retenu.

Je suis sur le point de les dépasser quand l’un deux m’interpelle. Aussitôt j’attrape la balle au bond pour le féliciter d’avoir reconnu « le curé ». Une autre voix se fait entendre : « C’est sympa, un adulte qui nous cause ! » Après quelques échanges, un jeune me présente sa cannette de bière d’un litre pour me la faire goûter. J’accepte l’offre et prends une bonne gorgée. Ce dernier est un peu surpris et ravi.

Soudain, une envie curieuse me prend, celle de faire un tour de moto. Une fois mon désir exprimé, je prends conscience des risques. Déjà un jeune me propose son casque intégral ; je repousse la proposition arguant que les chauffeurs ne sont pas en état, ce qu’ils ont l’air de comprendre : « Vous avez raison, mon père. » C’est alors que l’un d’entre eux, pris jusque-là par d’autres occupations, quitte la fille avec qui il était et se propose pour conduire la moto. Heureusement, celle-ci semblait d’un petit calibre, ce qui ne l’empêchait pas de sortir du lot. Je n’avais pas de raison valable de refuser.

 Me voilà donc assis sur le bout du siège surélevé, ne sachant pas où poser les pieds, mes mains, avec un pilote bien brave mais me paraissant une demi-portion face à mes 80 kilos ! Vu la poussée qu’allait bientôt exercer l’engin et le peu d’appui dont je disposais, rester collé à l’appareil me semblait un défi lancé à la physique ! Je ne sais pas encore comment j’ai tenu ; ce qui est sûr, c’est que je n’aurai sûrement plus l’occasion de traverser aussi vite le bourg bien paisible à cette heure tardive !

Je m’en souviendrai toujours !
De retour, encore vivant, un autre me demande : « Mon père, cela serait génial si vous nous conduisiez en haut du clocher ! » Je lui oppose un refus catégorique tout en lui faisant remarquer qu’au pied du clocher, en face de lui, se trouve une crypte.

« C’est quoi une crypte ?
-Un lieu saint, où Dieu est présent d’une façon particulière.
-Nous voulons y aller.
-Dans ce cas, il faut cesser de fumer, de boire et il faut une attitude respectueuse.
-D’accord, s’il faut entrer pieds nus nous sommes aussi prêts. »

La moitié des jeunes finissent par entrer, ce qui représente environ une dizaine. J’invite l’un d’entre eux à ouvrir le livre et à lire le passage de son choix. Une fois le lectionnaire ouvert, j’entends un « Jé » hésitant qui prend bien trente secondes et puis un « sus » qui en demande au moins autant. « Mon père, il ne sait pas lire, moi je vais le faire ». Il proclame le passage de l’évangile des Rameaux où Jésus monte sur un âne. Je suis touché car je réalise que ce soir Dieu m’a choisi pour le porter à ces jeunes.

Au bout de dix minutes, je comprends que je ne vais pas pouvoir en tirer plus. Le côté insolite du lieu, plus les effets euphoriques de l’alcool empêchent une intériorisation de la parole. Une fois dehors : « Mon père vous êtes curé, vous pouvez donc me confesser, je n’ai jamais été confessé. » La proposition m’étonne tellement que je le mets à l’épreuve, et je suis obligé de constater qu’il est sincère. Je le fais entrer de nouveau dans la crypte, devant le Saint-Sacrement.

Lui qui tout à l’heure était encore pris par les vapeurs de l’alcool, qui ne s’était jamais confessé, qui n’avait pas eu de préparation pénitentielle pour savoir comment faire… Tout d’un coup, ce jeune trouve les mots justes pour exprimer sa pauvreté et son péché. Une fois le pardon donné, il me dit : « Mon père, je m’en souviendrai toujours ». Et moi donc !…

Dieu à l’œuvre
Je ne suis pas au bout de mes surprises. Lorsque que je le raccompagne à la porte de la crypte, deux jeunes chahutent et cinq autres attendent leur tour pour recevoir ce même sacrement. Le dernier se dit athée parce que non baptisé, mais il veut me parler et recevoir la prière. Comment faire à la fois le service d'ordre pour canaliser ceux qui gênent et accueillir les autres dans le calme ? À peine ai-je le temps d’y réfléchir qu’un grand gaillard sort de l'ombre et propose, de son propre chef, de mettre bon ordre au désordre. Une catéchiste expérimentée n'aurait pas eu autant d'efficacité ! Deux choses encore qui ne sont pas anodines :

Alors que j’avais donné à mon motard, au retour de notre périple, mon chapelet, qu’il avait accueilli comme un trésor, voilà qu’un de ses camarades vient me le rapporter, pensant qu’il me l’avait volé. Ce geste m’a beaucoup touché ; maintenant que la confiance était établie, j’aurais aimé continuer à les aider, mais mes paquets étaient faits et je devais quitter à regret cette ville, mon ministère m’appelant ailleurs vers d’autres jeunes. Je leur expliquai cela et leur demandai de penser à moi pour que je puisse aussi créer des liens avec d’autres.

Alors, l’un des jeunes, avec beaucoup d’assurance, me donne le mode d’emploi : « Eh bien mon père, ce n’est pas difficile, je vais vous montrer comment faire. » Il me fait ouvrir ma main droite, la gifle en douceur, puis une fois les mains refermées, fait cogner les poings et vient frapper avec virilité sa poitrine. « Voilà comment vous allez faire.» Sa confiance dans le succès de ma mission auprès des étudiants me sera d’un grand secours. Son geste aura une suite que je n'avais pas du tout prévue : de retour en Normandie, un étudiant en "prépa" m'invite à assister à son cours de philosophie, une conférence sur le bonheur. Y participent les étudiants de lettres supérieures, et les scientifiques (math sup et math spé).

En arrivant, je m'aperçois que je suis le seul élément «extérieur» ; si je l'avais su, jamais je n'aurais osé venir ! Après avoir demandé la permission aux professeurs présents, l'aumônier est accepté. L'amphi est bondé d'étudiants et de quelques professeurs. La conférence finie, je me retrouve avec des étudiants autour de moi. C'est alors que je me suis souvenu du geste, «mode d'emploi» pour réussir mon entrée dans le monde universitaire. Je demande à un jeune d'ouvrir sa main, je viens la claquer comme on me l'avait appris, puis je frappe ma poitrine avec force.

L'effet est surprenant, ils se demandent tous ce que cela veut dire et se posent des questions sur l'état mental de l'aumônier ! Je ne suis pas mécontent de la situation car un grand silence s'est produit. J'en profite pour leur conter l'histoire que vous venez de lire. Elle devient pour eux témoignage d'un Dieu à l'oeuvre dans le coeur des jeunes.

1 Commentaire

GREGOIRE a écrit le 04.10.2008 17:43 email

Deo gratias ! Ce témoignage me parle indiciblement ! Je dirai peut-être pourquoi dans un futur témoignage ... J'attends d'abord que notre Père ait fini "d'arranger" quelque chose qui vient de s'annoncer dans ma vie.

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