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Mardi 7 février 2007, sur la RN 86, qui relie Nîmes à Bagnols-Cèze.
Étonnant que les voitures de tête soient souvent si lentes qu’elles obligent les autres à des dépassements successifs ! Une voiture me dépasse en bas d’une côte après Pouzilhac.
- Tiens, elle a raison. J’ai le temps de dépasser.
Une voiture pointe au sommet de la côte alors que je dépasse le camion. La voiture a une bonne reprise, je fonce et dépasse normalement. Tout est bien, je freine légèrement… Nous sommes en pente et, même si elle est encore éloignée, la voiture devant moi se rapproche trop rapidement. Je freine donc avec un peu plus d’insistance, pour pouvoir rétrograder en troisième.
La Peugeot 306 quitte la route à 120 km/h, effectue un tonneau et un tête-à-queue. Non ! La voiture échappe complètement à mon contrôle, le talus opposé et les arbres de la garrigue me foncent dessus. Je suis confrontée au scandale de la mort. Quelle révoltante impuissance ! Je voudrais bien faire un retour en arrière, comme de la magie… Je vais casser totalement la voiture, je vois mes frères et sœurs communautaires pleurer en apprenant ma mort, peut-être vais-je tuer des personnes en face, je n’y peux plus rien.
Le passé est passé. Reste, devant moi, ce qui va m’advenir : je vais mourir ou me retrouver "légume", tétraplégique, défigurée, dans une souffrance terrible… mais tout cela Lui appartient désormais. Il n’y a plus que "cela", Lui et moi. Dans la mort ou la vie de "légume", mon interlocuteur ne sera plus que Lui, par Lui, avec Lui et en Lui. Tout mon être ressent une légère appréhension : quelle très douloureuse "beigne" vais-je prendre au coin de la figure ? Pourtant, aucune panique : je suis « en Lui », dans son monde, tranquillement abandonnée.
Bien calée, les mains sur le volant, avec ma ceinture de sécurité - comme toujours – je proclame sans discontinuer : Jésus, Jésus, Jésus, Jé… Bing ! Clang ! Boum ! La voiture prend des coups dans tous les sens… quels chocs ! Pas étonnant que la voiture explose, les vitres volent en éclats… J’ai dû fermer les yeux aux chocs les plus durs, je n’ai pas vu la voiture se retourner. Tout à coup, tout s’arrête.
Silence. J’ouvre les yeux, lentement, incrédule. Non ?! Je suis vivante… Il me semble même ne pas être en mille morceaux… Pourquoi, Jésus ? Comment ? Je prends doucement acte de ton choix. Tu aurais pu choisir la version "légume", ce n’eût pas été moins d’amour. Action de grâces, parce que c’est plus facile pour tout le monde, certes ; action de grâces parce que Tu me tiens dans ta main, force est de le constater. Je prends conscience qu’il n’y a pas eu de collision, soulagement énorme. Oh ! Merci, Seigneur, je n’ai tué personne, merci, merci !
Extérieurement, mon disque ne s’est jamais arrêté : Jésus, Jésus, Jé… Disque rayé ? Pieusement ridicule ? Les gens parlent déjà autour de moi, ils me croient morte. J’envoie balader d’éventuelles conventions bien humaines et je continue : Jésus, Jésus, Jésus, Jé… Sans doute ne suis-je pas encore bien revenue de « là-haut ». Je me signale enfin :
- Je suis là !
Une ambulancière se met à plat ventre.
- Je suis religieuse. Oui ! Vous pouvez m’aider en appelant ma Communauté.
Au téléphone, le père Benjamin m’entend crier de loin :
- Dites-lui que la voiture est bousillée !
- Au moins, elle est consciente, pense-t-il alors.
Les pompiers prennent le relais, ravis de trouver une vivante sous la carcasse aplatie. Il faut effectuer une désincarcération.
- Non, je n’ai pas perdu connaissance. Je suis médecin. Je ne peux pas bouger la tête.
La jouer gauche contre un montant métallique, j’ai la tête complètement tournée à droite ; un peu plus, et la colonne cervicale cédait. Le chef des pompiers se glisse dans la voiture, vérifie mon état de vigilance, ma tension, les réflexes pupillaires. Recouvert comme moi d’un drap qui protège des éclats de verre cassé, il guide ses collègues qui tapent et cassent… et se renseignent de temps en temps :
- Comment va-t-elle ? Toujours consciente ?
Le pompier vérifie mon état de vigilance en me faisant parler. Nous nous racontons notre vie. Je crois que je souris et remercie chacun à chaque attention.
- Vous priez ?
- Oui…
- Vous priez ou vous me parler ?
- Les deux en même temps.
Après quelques échanges, je demande :
- Je dois vous ennuyer avec mes histoires.
- Non, je me régale !
Après sécurisation (minerve, matelas coquille), je suis transférée dans l’ambulance. Un grand sourire de pompier casqué se penche sur moi :
- Si on s’étonne que la voiture soit cassée, vous leur direz que c’est moi qui l’ai cassée : pour vous en sortir.
Les pompiers ont en effet découpé le côté passager, un peu moins écrasé que le mien. Le dépanneur, habitué aux accidents de la voie publique, arrivé pendant la désincarcération et apercevant l’état de la carcasse s’est dit :
- Elle est morte.
La voiture pliée laisse les gendarmes perplexes :
- C’est un miracle qu’elle s’en sorte si bien !
En parlant avec les gendarmes, je comprends avoir fait une « deuxième bêtise » : quatre heures auparavant, à l’aller, il bruinait par moments et je faisais très attention sur la route ; cette fois, j’ai oublié que la route était mouillée, il ne pleuvait plus depuis Nîmes. « Sur une telle route, on patiente sagement les uns derrière les autres. »
On m’examine, les plis emberlificotés de mon habit religieux n’aident en rien les prudentes manipulations. Nos soignants n’en font pas un usage courant ! Mais le respect a toujours primé : ils se sont compliqué la tâche pour épargner mon habit. Le bilan médical ne révèle qu’une fracture de la onzième côte droite (flottante), des contusions et des hématomes, notamment au visage, et des petites plaies diverses. Arrivée à plus de 18h à l’hôpital, j’en ressors à 21h sur mes jambes.
À la maison, c’est le soulagement général et l’inquiétude fait place à l’humour :
- Bonjour, madame, vous ressemblez beaucoup à une sœur que je connais bien, mais à moitié seulement !
J’ai en effet un côté face indemne et un côté pile tuméfié, façon cochon d’Inde mixomateux avec un cocard rouge qui me ferme l’œil gauche. L’hématome évoluera au fil des jours en arc-en-ciel, observé de près par les frères et sœurs communautaires :
- De quelle couleur es-tu aujourd’hui ?
Au cours de ce drame, nous respirions une sorte de douce lumière, de bonté, de joie enfantine, de simplicité vraie dans les échanges, de vulnérabilité confiante, de respect et d’attention mutuel. L’air si léger du Ciel… du Royaume.





5 Commentaires
Votre commentaire
Bravo pour cette totale confiance en jésus, j'ai envie de dire tout simplement : Va ta foi ta sauvée.
Cette vigilence de tous les instants est le réflexe que nous devons chercher à acquérir. Celle de se remmetre à Dieu en toute circonstance, qu'elle soit heureuse ou malheureuse. Trop souvent nous restons comme des spectateurs médusés de l'évènement que nous vivons. Il suffirait que nous sachions regarder à coté de nous, Jésus a les bras grands ouverts attendant que nous le lui confions.
DIEU ne fait rien à moitié. benissons le pour tant d'amour à notre égard. Une fois de plus il montre sa puissance et son amour. ACTION DE GRACE POUR UNE VIE CONSERVEE.
Je suis touchée par cette recherche sur internet qui me permet d'invalider la Présence de Jésus dans ma Vie, dans nos Vie !
Sincèrement,
Maryse
JESUS L'A DIT:"JE SUIS AVEC VOUS TOUT LES JOURS JUSQU'A LA FIN DES TEMPS". TROP SOUVENT NOUS L'OUBLIONS ET C'EST AU COURS DES EVENEMENTS MARQUANTS QU'ON S'EN SOUVIENT.
DIEU VIT AVEC NOUS PAR SON ESPRIT.IL SUFFIT DE LUI CONFIE NOTRE QUOTIDIEN,NOTRE VIE ET IL AGIT PUISAMMENT. MERCI D'AVOIR EU RECOUR A LUI.IL NE DECOIT JAMAIS.