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Je suis allé à Nazareth... et Marie est venue chez moi

(Auteur : Henri Mathis)

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En juillet 2007, la communauté des Béatitudes organisa une session-pèlerinage en Terre Sainte. Henri et son épouse étaient du voyage. Henri allait faire à Nazareth une rencontre inattendue...

Au mois de mars 2007, nous ne savions pas encore que nous allions faire un pèlerinage en Terre Sainte. Mon épouse cherche des pèlerinages sur Internet... Un pèlerinage l'intéresse plus particulièrement car le repas de shabbat se fait dans des familles juives, mais les dates proposées sont dans la période la plus chaude en juillet... Une amie nous dit : " Partez dès que vous pouvez, la chaleur se supporte, c'est une chaleur sèche. Si vous retardez votre départ, vous risquez de voir de moins en moins de sites à cause des tensions dans le pays… "

C'est décidé, nous nous inscrivons pour la session-pèlerinage organisée par la communauté des Béatitudes du 15 au 29 juillet. Dans tous les préparatifs, j'ai failli oublier de réciter le magnificat chaque jour comme demandé, heureusement, en relisant les papiers je m'en suis rendu compte à temps !

Le jour du départ arrive. Marie-Jo, mon épouse, et moi sommes fin prêts pour vivre cette aventure en Terre Sainte. Tel-Aviv, traversée du désert… Nous voici à l'hôtel de Jéricho, nous préparant pour prendre un bain dans la Mer Morte ; au bout de vingt minutes, je sors de l'eau, le sel commençant à m'agresser la peau. Douche chaude sur place, à l'hôtel douche chaude avec savon… Le soir, au moment de me coucher, mon corps me démangeait des pieds à la tête, cela me démangeait tellement que j'aurais pu me gratter jusqu'au sang… Quelle nuit ! Impossible de dormir.

Nous visitons Qumran, puis ce fut le bord du Jourdain. Le soir, nous sommes arrivés à Nazareth. Une douche avant de me coucher… et à peine couché, voilà que mes démangeaisons me reprennent, aussi fortes qu'à Jéricho… Je croise sœur Marie de la Visitation et lui raconte ma seconde nuit épouvantable, elle me dit : Ne cherche pas, c'est un combat spirituel ; quand tu auras cédé, cela disparaîtra.

Céder à quoi ? Céder à qui ?

Mercredi, nous passions notre journée à Nazareth. Le matin, visite de la basilique de la Nativité, mais avant, un enseignement de Jo Croissant… Je cherchais une place à l'ombre ; là où j'en ai trouvé, je n'entendais que des bribes de l'enseignement sur Marie de Nazareth. Je me suis senti extérieur à ce qui se passait. Moi et Marie ? Je la respectais profondément, je la vénérais comme mère de Jésus, comme modèle de foi. Je l'admirais au pied de la croix, et au Cénacle avec les Apôtres en attendant la manifestation de l'Esprit Saint. Prier Marie, prier le chapelet, n'étaient pas dans mes habitudes. J'allais directement au Père et à Jésus. Pourquoi passer par une ambassadrice ?

Ce soir-là, une douche avant de me coucher… et à peine couché, voilà que mes démangeaisons me reprennent. Cette nuit-là, j'avais commencé à réciter quelques " Je vous salue Marie... " avec le chapelet que j'avais mis dans ma poche de pantalon le jour du départ d'Arras. Je trouvais absurde cette répétition... et j'ai posé le chapelet sur le chevet.

Le lendemain, nous nous rendons chez les Clarisses pour une soirée d'adoration. Le temps de louange fut pour moi un moment d'immense joie. Il y avait la possibilité de se confesser pendant ce temps d'adoration. Je fis la queue tout en chantant et dansant de joie… Ce fut mon tour… Au milieu de la confession, je dis à mon confesseur : J'ai du mal avec Marie, je la respecte et l'admire comme modèle de foi, mais pas de chapelet, pas de prière... Le confesseur me dit : Ne t'inquiète pas, Henri, c'est déjà bien que tu la respectes et la vénères ; quand ce sera le moment voulu, tu feras un nouveau pas vers Marie, et après un autre pas et doucement, elle entrera dans ta vie...

Je retourne dans la chapelle, heureux, chantant et louant... Puis nous avons été invités à avancer pour prendre un petit papier dans la corbeille... J'avance, je mets la main dans la corbeille, je tire un petit papier tout dans le fond... je retourne à ma place en lisant le papier : " Père, mon Père, je m'abandonne à toi. S'abandonner à l'amour du Père. " Mon épouse voit un moment de bonheur qui me traverse… Je m'agenouille pour méditer cette phrase que j'ai reçue… Je réalise que cet abandon au Père n'est rien d'autre que le " fiat " de Marie… Des larmes commencent à couler, et pendant dix minutes elles couleront sans que je puisse les arrêter… Marie entre dans ma vie… Il s'était écoulé à peine une demi-heure depuis ma confession...

Je suis rentré à pied à l'hôtel. Ce soir-là, une douche avant de me coucher… et à peine couché, voilà que je m'endors. De tout le pèlerinage, je n'ai passé une nuit aussi paisible et aussi agréable. Et depuis, plus de démangeaison…

J'entrais enfin dans le pèlerinage. Ma préoccupation principale était moins les photos, même si j'en prenais encore beaucoup... Je commençais à être attentif aux autres personnes autour de moi… Je m'ouvrai, comme s'ouvre une fleur au soleil...

Le samedi en fin d'après-midi, à Dalmanoutha, la veillée de prière en face du lac de Tibériade fut un temps fort pour moi. J'ai redonné ma vie à Jésus avec une profondeur et une intensité toute particulière, et je me suis senti appelé par Jésus pour ma mission. Je suis engagé dans plusieurs voies. Là j'ai su quelle est la voie où Jésus m'appelle. Et depuis mon retour de Terre Sainte, pour cette voie je dis : " mon ministère ".

Un moment de bonheur en couple a été la messe au Mont des Béatitudes. L'évangile de ce jour était celui de notre messe de mariage. Un cadeau du ciel : pouvoir poser nos lèvres sur l'évangéliaire, en couple, sur la Parole proclamée ce jour-là.

Après ce temps passé en Galilée, nous voici au début de la deuxième semaine, en route vers la Judée... Notre première étape fut Bethléem, où le soir nous sommes allés prier chez les Carmélites. Nous avons été appelés à avancer et l'on nous a mis, un moment, sur les épaules la cape de la bienheureuse Maryam. Ce fut un moment fort, j'étais envahi par un bien-être qui me traversait...

Le mardi soir au Mur des Lamentations, pouvoir être là au pied du Temple, toucher le mur, ressentir toutes ces années de prière au même Dieu, rejoindre nos frères aînés dans la foi était émouvant pour moi. Les journées passées à Jérusalem, et principalement ce contact avec le Temple a été pour moi rétablir le trait d'union entre l'Ancien et le Nouveau Testament, reconnaître en moi les racines juives de ma foi.

Un temps de service, le Chemin de croix à travers la vieille ville... Je fermais la marche avec sœur Rébecca, pour éviter tout incident qui pourrait se produire venant par l'arrière. J'ai été appelé pour porter la croix entre deux stations et lire... Quelle expérience, affirmer ainsi ma foi en plein souk musulman !

Après ce pèlerinage, il nous a fallu quinze jours pour descendre de notre nuage. Depuis notre retour, nous disons chaque matin la prière de consécration à Marie, chaque midi l'Angélus et chaque après-midi ou soir un chapelet entier.

Que dire de ma nouvelle vie avec Marie ? Avant le pèlerinage, Marie était pour moi un personnage biblique important, qui nous apportait sa spontanéité, sa foi en Jésus et en même temps toutes ses interrogations... Ce qui me fascinait chez Marie, était cette " mère courage " debout au pied de la croix regardant mourir son fils. Cette " mère fidèle " présente et priante dans la chambre haute avec les apôtres, attendant avec eux l'Esprit que Jésus avait promis.

Après cette rencontre à Nazareth, Marie est devenue ma compagne de route. En priant le chapelet, je lui confie les personnes rencontrées dans mon ministère. Si j'osais une métaphore, je dirais : l'Esprit saint et Jésus sont les chirurgiens qui opèrent, et Marie et moi sommes les infirmiers qui soignent les blessures de la vie. Avec Marie, c'est le début d'une grande aventure...

 

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