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Souvent, le combat spirituel se mène dans le secret et le silence des cœurs. Il peut cependant prendre une tournure singulièrement directe, voire dramatique. Cette réalité, je l’ai expérimentée en Afrique, sur cette terre de débordement de joie mais aussi de grande emprise des ténèbres. Comme si un poids d’esprits mauvais pesait sur ce continent, parce que certains se laissent séduire par la sorcellerie qui leur promet pouvoir et reconnaissance... sur et par leurs frères. J’ai vu de près ce qu’une telle compromission peut faire : derrière la promesse d’un bienfait se cache un assaut du Malin qui ne veut pas dire son nom.
Partis à deux au Niger pour plusieurs semaines, nous sommes accueillis pas des amis médecins militaires, coopérant pour le gouvernement local. Voyageant au gré de leur tournée médicale, nous visitons les dispensaires et les hôpitaux. Le choc est rude ! Ceux-ci sont souvent de véritables mouroirs. Nous décidons d’accompagner une mission de « Caritas Niger » qui part pour le sud, à la frontière avec le Burkina Faso. Après un trajet épuisant, nous arrivons dans un village perdu au milieu de la brousse. Là, adossées à une colline de latérite, une vingtaine de cases en paille abritent une cinquantaine d’âmes. Le tout écrasé de chaleur. Nous distribuons de l’huile de la Communauté Européennes et nous discutons avec ces hommes et ces femmes qui nous parlent de leur vie quotidienne et de leur rêve : une télévision ! Inutile de dire qu’il n’y a ni eau courante ni électricité et qu’ils viennent d’être initiés au maniement de la charrue. On croit rêver !
Le soir, nous dressons notre moustiquaire sous des auvents de paille. C’est alors que je ressens une douleur fulgurante au doigt. Je ne comprends pas ce qui m’arrive. Alertés, des hommes cherchent avec de lampes ce que c’est : un scorpion de la pire espèce ! La douleur m’envahit totalement. Elle est si forte que j’en ai la main qui transpire. Nos hôtes sont affolés. Il n’y a aucun sérum, aucun médicament sur place. Et l’hôpital de la capitale est loin. Trop, sans doute. Alors, ils réveillent le sorcier.
Le venin monte dans mon bras ; je me tords de douleur. Paniqué, je me vois en train de mourir au fond de ce « trou ». Le sorcier, arrivé, propose de m’inciser à coups de machette pour tenter de faire sortir le poison. Mon ami séminariste refuse à ma place. Cela aurait d’ailleurs été inutile puisque le venin s’est propagé dans tout mon membre.
Le sorcier prend alors ma main et se met à psalmodier avec de drôle de sons gutturaux. Aussitôt je demande au traducteur ce qu’il fait. Il répond qu’il récite des versets du Coran pour faire reculer le venin afin qu’il n’atteigne pas le cœur, auquel cas c’est la mort presque assurée. Mais je sens très bien que c’est du satanisme. D’ailleurs je sens la présence du Malin tout près comme si la souffrance avait élargi ma conscience.
Et le venin reflue ! Je sens très nettement qu’il descend. Je suis affolé car je sais « qui » agit. Mon ami a compris, lui aussi.
Le mal peut-il faire le bien ? Telle est la question qui me hante ; et une voix qui répond « oui » tente de me séduire. Ne vaut-il pas mieux sauver sa peau ? Je crie intérieurement « Jésus ! » et l’effet maléfique cesse ; alors le venin remonte…
Prenant un prétexte quelconque, mon ami m’enlève des mains de l’homme, qui ne veut pas s’arrêter. Avec moi, il prie à l’écart avec une catéchiste de « Caritas » qui nous accompagnait. Finalement, le venin ne dépassera pas mon épaule. Mais j’ai cru qu’on m’arrachait le bras ! Au bout de cinq heures de souffrance, la douleur disparaît lentement.
Le scorpion est souvent considéré comme symbolisant le Mal. Je ne sais pas si j’ai vécu un miracle, mais je sais qu’il s’agissait d’une attaque et d’une séduction maléfique. Fallait-il que je m’abandonne entre les mains de cet homme qui, apparemment, cherchait mon bien ? Sur le coup, je fus placé devant un dilemme. Dans ma souffrance, le Seigneur m’a soutenu physiquement de manière claire et m’a aidé à dire « non », par son Nom, à la tentation de la compromission. Je suis le premier étonné de ce combat dont je fus le théâtre. Je rends grâce au Seigneur car « grande est sa puissance ».




