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Le brahmane et la Sainte Vierge

(Auteur : Jean-François Thibeault - Parution F&L n° 260 d'Avril 2007)

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L’ascèse, la ferveur et la pauvreté m’ont attiré chez les Haré Krishna. J’ai d’abord été impressionné par leur don total de soi pour répandre la connaissance de la bhagavad-gita et fasciné par la richesse des écritures hindoues.

J’ai vécu pendant 15 ans dans une communauté d’environ 400 membres qui s’étendait sur une superficie de plusieurs kilomètres en Virginie Occidentale (États-Unis). Le projet était de construire sept temples sur sept collines, comme dans la ville de Vrindavan en Inde. Premier disciple du gourou de la communauté, je suis devenu responsable de leur construction. Lorsqu’un premier palais en mémoire du gourou fondateur décédé fut achevé, j’en devins le pujari, le brahman résidant assigné au culte et à la prédication. Ce palais grandiose contenait une cinquantaine de variété de marbres, encadrées de moulures recouvertes de feuilles d’or. Marié et père d’un petit garçon, je dînais avec ma famille chaque soir, mais je ne dormais pas à la maison. Vers 19 heures, je retournais au palais pour offrir des visites guidées aux touristes. Nous utilisions l’opulence du temple pour les attirer afin de les initier à la réincarnation, au bhakti-yoga et au mantra.

Le cycle des réincarnations
Les écrits des Indes m’offrait une méthode prétendant pouvoir m’élever au-dessus de tout désir sensuel, de toute tentation, pour échapper finalement au cycle des réincarnations, ayant atteint un amour pur pour Dieu.
Durant toutes ces années, j’ai maintenu un dégoût pour les chrétiens, j’aimais les ridiculiser devant tout le monde au cours des visites guidées au palais. Jésus était mort pour leurs péchés ? Je leur répliquais que Jésus avait vécu pour qu’ils cessent d’en commettre. Pour les dévots de Krishna, manger de la viande, du poisson, des œufs, boire de l’alcool, du café, du thé, fumer, regarder la télé, écouter de la musique profane, et surtout avoir des relations sexuelles avec son épouse plus qu’une fois par mois, ce sont tous des péchés. La journée débutait à trois heures du matin avec trois heures d’office religieux et le soir, nous retournions au temple pour adorer les idoles et pour une session de questions-réponses avec le gourou.

Comment en étais-je venu là ? Adolescent, j’étais déjà tellement épris de liberté que je ne voulais ni fumer ni boire ni me droguer, ni boire de café, afin d’éviter toute dépendance. Une bourse me permit d’étudier dans un collège privé très réputé. Entouré d’élèves beaucoup plus riches que moi, j’ai pourtant vu qu’ils n’étaient pas plus heureux. Une expérience m’a marqué : un professeur de catéchèse, qui avait vécu en Amérique du Sud, avait choisi quelques élèves pour une expérience de trois jours au Camp d’Éducation du Développement International. Le but : nous exposer dramatiquement aux conditions de vie du Tiers-Monde. J’en suis ressorti marxiste et encore plus dégoûté d’un monde où tous sont ou bien exploiteurs ou bien exploités.

Pourquoi vivre ?
À 17 ans, j’ai décidé de ne pas terminer mes études et de prendre la route avec mon sac à dos. Je faisais du stop, ou parfois je sautais sur les trains de marchandises. J’étais parti sans argent, je ne mendiais pas. Je ne mangeais que lorsque qu’un automobiliste m’offrait de la nourriture. Des centaines de personnes m’ont laissé monter dans leur voiture, je leur posais des questions, cherchant des réponses, et de fait, je n’ai jamais rencontré un chrétien. Ma vie était devenue un lent suicide, car je voulais savoir si c’était près de la mort qu’on trouvait un sens à la vie. Après plusieurs mois, j’avais parcouru 30.000 kms à travers le Canada et les USA. Dormant la plupart du temps à la belle étoile, mon contact avec la nature réveilla en moi un émerveillement devant sa grandeur. Est-ce que toute cette beauté était uniquement le fruit de mutations aléatoires et de la sélection naturelle ? À un moment, j’ai dit : Dieu, si tu existes, montre-le moi, sinon je ne trouve aucune raison de continuer à vivre. Finalement, étant toujours en vie après avoir plusieurs fois frôlé la mort, j’ai commencé à me sentir protégé. J’avais finalement découvert un sens à la vie : chercher qui était Dieu et quelle était sa Volonté.

Une année après mon départ, j’ai décidé d’arrêter mon voyage à Berkeley, en Californie, près de San Francisco. Je couchais dans un arbre au sommet d’une colline surplombant la ville et je prétendais étudier à l’université pour pouvoir y prendre ma douche et fréquenter la bibliothèque. Je lisais la Bible, le Coran, la Bhagavad-gita, cherchant quelle religion pouvait bien enseigner la vérité. Deux fois par semaine, je vendais le plasma de mon sang. Une nuit, dans mon arbre, on m’a réveillé en me lançant des pierres. C’était la police. Ils m’interdirent de dormir là. Le lendemain je frappais à la porte d’une petite église surmontée par un néon clignotant Jesus saves (Jésus sauve). Le pasteur m’offrit une chambre, m’a proposé de lui parler, mais j’étais trop fatigué. Avant de m’endormir, j’ai voulu lire la Bible, mais dans le tiroir, je n’ai trouvé que des revues pornos. Cette nuit-là, j’ai pris une décision. Il était temps que je choisisse une religion et la mette en pratique. Ce pasteur m’avait dégoûté une fois pour toutes des chrétiens qui, se croyant sauvés, passaient leur vie devant la télé, buvant, fumant, alors que d’autres n’avaient rien à manger. Le lendemain, je suis entré chez les Haré Krishna.

Ouverture au dialogue
Quinze ans plus tard, où en étais-je ? Mon travail en construction était exaltant, devant les touristes j’étais fier d’avoir réponse à tout. Pourtant la nuit, lorsque je me retrouvais seul dans le palais, un malaise s’emparait de moi : je n’étais pas devenu l’être purifié que j’avais espéré. Une question me tourmentait : et si, après des centaines de réincarnations, j’étais toujours aussi pécheur ?

Ceci dit, ma communauté de Krishna voulait améliorer son image aux yeux du public. Nous amenions déjà des repas gratuits aux pauvres des villes avoisinantes, et nous voulions maintenant nous ouvrir au dialogue inter-religieux. Un couple de catholiques est venu s’installer dans la communauté.  Ils étaient allés plusieurs fois à Medjugorje, et la dame avait eu un songe où Marie lui demandait de lui bâtir une chapelle dans notre communauté. Ils m’ont demandé de l’aide pour cette construction. Je leur ai envoyé mon bras droit, mon meilleur ami. À ma grande surprise, après quelques semaines, j’ai vu mon ami avec un chapelet à la main. Il était juif d’origine russe. Il m’a dit alors qu’il récitait les mystères joyeux le matin, douloureux à midi et glorieux le soir. Je ne pouvais pas comprendre que ce brahmane érudit était tombé aussi bas ! Est-ce que ces catholiques lui avaient lavé le cerveau ?

Je l’ai invité à me raconter ce qui lui était arrivé, au palais après 21 heures. J’ai verrouillé la porte derrière lui, décidé à ne pas le laisser sortir du palais avant de l’avoir ramené dans l’hindouisme. Il m’a demandé de regarder une vidéo sur les soi-disant apparitions à Medjugorje. J’écoutais avec l’intention de lui démontrer que ce n’était que de la foutaise. Pourtant, je me suis senti de plus en plus fasciné par les paroles de la Vierge. Tous mes systèmes d’attaque et de défense étaient postés au niveau intellectuel. J’étais tourmenté, je voulais éteindre la télévision… Tout à coup, j’ai eu la chair de poule : c’était comme si quelque chose descendait sur moi ou jaillissait du profond de moi-même, j’ai su que Jésus était la Vérité, que la Sainte Vierge me menait à lui. À la fin de la cassette, je restais bouche bée. Mon ami attendait ma réplique, je lui demandais de sortir et de me laisser seul. Je suis allé immédiatement me coucher en disant : OK, Marie, tu m’as vraiment impressionné, mais peu importe ce que j’ai ressenti dans mon cœur, j’ai aussi un cerveau. Il va falloir que tu me donnes une vraie bonne raison qui puisse satisfaire mon intelligence. Tu te rends compte ? Si j’accepte Jésus comme mon Sauveur, je perds ma femme, mon enfant, je me retrouve dans la rue !
C’est ainsi que commença mon chemin de foi, un chemin que je n’ai jamais regretté.

Pour contacter l’auteur : juddbaretta2000(at)yahoo.com

1 Commentaire

Richard a écrit le 26.09.2009 11:42 email

Quel beau témoignage mon frère!

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