La dernière chance
(Auteurs : Propos recueillis par sr. Cécile - Parution F&L n° 252 de Juillet-Août 2006)
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Il est mort ! cria une fille. Le type que je venais de frapper avec mon coup-de-poing américain était tombé en arrière et sa tête avait éclaté contre les pavés. J’ai filé vers une porte dérobée. Dans la voiture, mon collègue Bulldog analysait froidement la situation : Tu l’as tué, John. Il va falloir penser à ton avenir. Tu veux de l’argent pour partir à l’étranger ? – C’est bon, j’ai ce qu’il faut. Je gère. Arrivé chez moi, je me suis assis dans mon fauteuil. Tout en me roulant un joint, je me suis demandé ce que j’allais faire. Peu à peu, il m’est apparu que je n’avais jamais été heureux. Vingt-sept ans, de l’argent à n’en plus pouvoir, des filles à volonté, une réputation de dur qui me valait le respect : alors, pourquoi n’étais-je pas heureux ? Que me manquait-il ?
Une vie de violence
Je suis né en 1964 dans la banlieue de Londres, d’une famille modeste. Je garde des souvenirs heureux de mon enfance. Ma vie a basculé lorsque j’avais onze ans : mes parents nous ont annoncé, à mon frère et à moi, qu’ils allaient divorcer. J’ai crié : Mais ça n’a pas de sens ! Je veux vivre avec vous deux ! Vous êtes ma maman et mon papa ! Je crois que ce jour-là, j’ai pris inconsciemment la décision de ne plus jamais aimer, pour ne plus avoir mal. Et puis ma mère est partie pour l’hôpital psychiatrique. Au début j’allais la voir, puis pendant six mois on m’a interdit d’y aller. Elle me manquait terriblement. Ce qui me frappe aujourd’hui en repensant à cette période traumatisante de ma vie, c’est que personne ne me demandait ce que je ressentais ; même mes grands-parents que je voyais tous les week-ends ne me posaient jamais de questions. Je me sentais mis de côté depuis le divorce de mes parents. C’est sans doute pour cela qu’une colère grandissait en moi et je devenais de plus en plus violent. J’ai commencé à faire des petits larcins, puis du cambriolage… J’ai connu la maison de correction, puis la prison. En sortant, un ami m’a proposé un travail comme videur dans les bars et les boîtes de nuit. C’était l’entrée de plain-pied dans le monde de la violence, de la drogue, des filles et de l’argent facile. Je me suis enrichi très vite. Avec mes deux mètres dix, j’en imposais et je suis rapidement devenu l’une des figures les plus respectées de la pègre de Londres.
« Donne-moi une chance ! »
Je devenais aussi de plus en plus violent, capable de passer à tabac un type simplement parce qu’il m’avait regardé… jusqu’à ce fameux soir où j’en suis venu à frapper à mort1 un client du bar qui ne voulait pas sortir à l’heure de fermeture. Je devenais de plus en plus las de la vie que je menais. Un soir où j’étais particulièrement mal, j’ai comme «entendu» une voix, la voix de ma conscience, la voix de Dieu ? Elle me disait tout le mal que j’avais fait. Je suis tombé à genoux et j’ai crié vers Dieu : « Donne-moi encore une chance ! » J’ai alors senti une chaleur et un amour incroyables, comme deux mains qui m’enserraient. J’ai su que Dieu était quelqu’un de réel, et qu’il m’aimait. Je lui ai dit : « Jusqu’à présent j’ai toujours pris, aujourd’hui je veux donner ». C’était la première fois que je me sentais aussi aimé. Quand j’ai raconté cela à ma mère, elle m’a dit que c’était une réponse à ses prières. J’avais découvert l’amour de Dieu, cela voulait dire qu’il fallait que je change de vie, mais en aurais-je la force ? J’ai commencé par tout donner aux pauvres, et j’ai travaillé comme ouvrier ; je lisais la Bible tous les jours ; j’ai arrêté de fréquenter mes copains des bars, pour ne pas retomber. Pourtant, la violence accumulée toutes ces années ressurgissait à la moindre occasion.
« C’est quoi, ce truc ? »
En lisant une revue trouvée à l’entrée d’une église, j’ai désiré devenir prêtre, pour évangéliser. Je suis allé voir le responsable diocésain des vocations, qui m’a convié à un rassemblement «Jeunesse 2000»2. Là, le père Slavko donnait un enseignement sur «Donne-moi ton cœur blessé». Pendant qu’il parlait, je ne pouvais pas détacher mon attention du crucifix qui était derrière lui. C’était comme si Jésus me disait : « J’ai souffert tout cela pour toi, et je suis prêt à le refaire, rien que pour toi ». J’ai pleuré comme jamais auparavant. À la fin de l’enseignement, j’ai senti le besoin de me confesser. J’ai dit au père Slavko tous les crimes que j’avais commis ; il a placé ses mains sur ma tête : c’étaient les mains de Jésus. J’ai senti le sang de Jésus couler sur mon visage et j’ai été saisi d’un amour incroyable. Pour moi, la messe avait toujours été quelque chose d’ennuyeux. Au rassemblement, pendant la procession du Saint-Sacrement, j’ai demandé à un type à côté de moi ce qui se passait. C’est Jésus. Comment pouvait-il croire qu’en adorant ce truc, il adorait Jésus ? Je ne comprenais pas. Moi non plus, avant, je ne comprenais pas, m’a-t-il dit. Alors je Lui ai demandé de me montrer que c’était bien Lui ; et Il l’a fait. C’est ce que j’ai fait au début de la messe le lendemain. Au moment d’aller communier, je me suis senti poussé à m’agenouiller. Revenu à ma place, j’ai ressenti une joie inexprimable. J’ai su que Jésus était véritablement présent dans le Saint-Sacrement. Au même moment, tous mes ressentiments contre l’Église catholique disparurent. J’ai su qu’elle était l’Église du Christ, fondée sur les apôtres, et que Jésus y était réellement présent. C’était en 1991.
Vers cette période, quelqu’un, priant sur moi, m’a dit : « Tu amèneras des milliers d’âmes au Christ ». Je ne comprenais vraiment pas comment cela pourrait se faire : je me considérais comme quelqu’un qui ne valait même pas qu’on s’intéresse à lui. Pourtant je ne cessais de dire au Seigneur : « Sers-toi de moi ! » jusqu’au jour où j’ai compris qu’il se servait de moi aujourd’hui, à mon insu, et sans attendre que je devienne parfait !
Dieu en direct !
Toujours j’ai été amené à compter sur sa Providence : « Que veux-tu de moi maintenant ? Où vais-je dormir ? Que vais-je manger ? » je n’ai jamais manqué de rien. J’ai été conduit à être éducateur pour jeunes de banlieues, postulant chez les franciscains du Bronx, envoyé sur les routes pour évangéliser, surtout dans les écoles et les aumôneries… J’ai finalement compris que ma place était à Jeunesse 2000 : en effet, il me semblait que la qualité de l’évangélisation dans certains mouvements de jeunes dépendaient beaucoup de la foi des animateurs. Or, à Jeunesse 2000, tout est centré sur les sacrements : eux ne changent pas. C’est Dieu en direct ! Tout au long de ces années, également, Jésus a peu à peu guéri mes blessures, même si je sais que c’est le travail de toute une vie. Un soir il y a peu de temps, je ressentais une grande fatigue : je revenais de mission et j’étais «vidé» ; il y avait des tensions dans ma communauté. J’étais devant le Seigneur et je lui disais : À quoi bon tout cela ? C’est alors qu’une dame a demandé à me parler. Vous êtes M. Pridmore ? – Oui. – Vous avez donné un témoignage au collège aujourd’hui ? – Oui. – Ma fille de quinze ans s’est ouvert les veines il y a quinze jours. Elle a repris l’école aujourd’hui, en mettant un pull pour cacher ses cicatrices. Elle m’a redit pendant trois quarts d’heure tout votre témoignage. Vous avez conclu en disant que l’on pouvait choisir la vie en Jésus, ou bien choisir la mort, qui est de vivre sans Lui. – C’est exact. La dame se mit à pleurer. Ma fille m’a dit : « Maman, je veux choisir la vie. Je veux retourner à la messe, prier le chapelet avec toi et aller à ton groupe de prière. » J’ai vu ma fille mourir à douze ans en arrêtant de prier et de croire en Dieu. Elle est revenue à la vie aujourd’hui. Ce que vous faites dans les écoles est très important. Ne vous arrêtez jamais.
1- La victime n’est en fait pas morte, mais est restée six semaines à l’hôpital. L’affaire a été traduite devant les tribunaux.
2- Rassemblement de deux jours pour les 18-35 ans, axés sur les sacrements et visant à une rencontre personnelle avec Dieu. Existent depuis peu en France. Site :
www.jeunesse2000.free.fr




