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L'hiver s'en est allé

(Auteur : Marcelle, lettre reçue à la Rédaction - Parution F&L n° 243 d'Octobre 2005)

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Maman nous a quittés quand j’avais neuf ans, et mon père s’est remarié alors que j’avais dix ans et demi ; nous avons été contraints d’appeler notre belle-mère «maman». Quelle souffrance ! On n’a plus jamais parlé de Maman, d’autant plus que ma famille maternelle était quasi-inexistante.

 

C’est ainsi que je ne suis plus parvenue, pendant de nombreuses années, à parler de ma mère et encore moins à la nommer «Maman». Arrivée à l’âge de quarante-sept ans, elle me semblait loin et je n’arrivais pas à la retrouver dans telle ou telle activité, à vivre quelque chose en communion avec elle, je l’avais si peu connue… J’avais tout fait pour ne pas souffrir, c’était comme si je voulais l’oublier et je n’en parlais plus ou si peu, ses photos étaient bien rangées au fond d’un tiroir. Mon cœur était ‘‘en hiver’’.

 

 

 

Dans les bras de Marie

 



C’est lors d’une retraite en 1998 qu’un premier déclic s’est produit, un an après que j’aie redécouvert l’amour du Seigneur à travers une communauté nouvelle. Le premier soir de la retraite, à la fin de la veillée, il y a eu un temps de prière à Marie. Moi, je ne priais jamais Marie, je n’avais pas de chapelet, je trouvais cela «rasoir» et complètement dépassé ! Ma voisine m’en a proposé un que je laissai sur la table…

 

Je ne sais plus si j’ai récité la dizaine avec le groupe, mais quand une personne a présenté une superbe icône de Marie tenant Jésus blotti contre sa joue (la «Vierge de tendresse») j’ai fondu en larmes et je disais : Marie, je ne peux pas te prier, je n’ai pas de maman, Dieu m’a pris ma maman ! En réalité, la tendresse de Marie venait de me toucher, et quelques instants plus tard, dans ma chambre, spontanément et presque inconsciemment, je m’adressais à elle dans des « Je te salue Marie », et il en fut de même les jours suivants.

 

Marie m’avait prise, moi aussi, dans ses bras, joue contre joue, et allait tout doucement me conduire à Jésus… Mais il me restait encore un long chemin d’apprivoisement à parcourir, tant j’avais été blessée par la mort de Maman…

Une retraite spirituelle était annoncée sur le thème de la Vierge Marie en juin 2002. J’y suis allée sans hésiter. Au cours d’un enseignement, le prédicateur nous a invités à nous abandonner dans les bras de Marie, notre Mère. Impossible ! me suis-je dit. Ce matin-là, j’ai sombré dans une grande tristesse et j’ai demandé la prière des frères. Le rendez-vous fut pris pour le soir.

 

Au cours de la messe, j’étais comme éteinte, enfermée dans ma tristesse, loin de la célébration. Mais lorsque j’ai entendu l’assemblée chanter « Sanctus, Sanctus, Hosanna » je me suis levée aussitôt, et j’ai senti très fort dans mon cœur que ma maman, qui aimait tant chanter – ce dont j’ai hérité – était là, dans la Cour céleste : elle louait le Seigneur et là, je la retrouvais, j’étais près d’elle et en communion avec elle, dans la louange ! Après le repas, les sœurs ont prié pour moi. Je ne leur avais rien dit de la grâce reçue, pourtant une sœur a eu cette parole dans la prière : Ta maman est dans la Cour céleste, elle loue le Seigneur avec les saints, tu peux chanter et louer avec elle…

 

 

Un cadeau pour moi

 



En octobre de la même année, je me suis décidée à faire un pèlerinage à Medjugorje. Comme il tombait à la période de mon anniversaire, le 15, je me suis dit : Il y aura peut-être un cadeau pour moi. Me voilà donc partie en bus. Pendant le voyage, j’ai prié sans problème le rosaire avec le groupe, mais quand j’ai entendu parler de «maman Marie», j’ai eu mal ; car le mot «maman», je ne pouvais plus le dire et j’aurais tant voulu !… D’autant que le prénom de ma mère est aussi Marie…

Tous les soirs à l’église, j’étais saisie par la profondeur de la prière, et pendant les messes, lorsque les prêtres fendaient la foule pour pouvoir distribuer la communion, je me mettais à pleurer et j’entendais Jésus nous dire : « Quand je serai élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes » (Jn 12, 32).
Ce mardi matin 15 octobre, le temps était splendide et nous sommes partis de bonne heure pour la méditation du Chemin de Croix sur la colline du Krizevac. J’avais emporté ma canne, mais la montée m’a paru facile, j’en avais oublié que ma jambe gauche était lourde à déplacer à cause de ma maladie…

 

Lors de la douzième station (la mort de Jésus), j’ai revécu toute la mort de ma mère, en particulier le dernier baiser avant la mise au cercueil, le cortège funèbre à pied jusqu’à l’église du village. Je ne pouvais plus arrêter mes pleurs et je répétais : Pardon Maman, pardon Vierge Marie, je n’arrive pas à vous aimer, à vous rencontrer !

Une amie du groupe s’est approchée et m’a prise par l’épaule ; j’ai alors ressenti une présence maternelle très forte et je me suis abandonnée, toute à mon chagrin, dans les bras qui me soutenaient. Une dame inconnue est arrivée descendant de la colline, elle s’est arrêtée à notre hauteur, elle a pris mon visage entre ses deux mains et m’a caressée en me parlant en italien. Je n’ai jamais appris l’italien mais j’ai tout compris, elle me disait : Ne pleure pas, ne pleure pas, ta maman ne t’a jamais quittée, elle est toujours près de toi, elle est là ! Elle m’a alors montré un pendentif qu’elle a ouvert et qui contenait la photo de sa maman : Toi aussi elle est là, ta maman, m’a-t-elle dit en me montrant son cœur. Puis elle est partie en disant : Te prego, te prego !

 


Ce sont les seuls mots d’italien dont je me souvienne : « Je prie pour toi ! ». La Vierge Marie venait de me donner le plus beau cadeau d’anniversaire de ma vie : j’avais retrouvé ma maman, bien vivante, au fond de mon cœur, et maintenant je peux à nouveau l’appeler et prononcer son si beau nom : Maman ! Merci Vierge Marie !

 

 

 

Elle était là et je ne le savais pas !

 



Nous atteignons la treizième station : Marie reçoit dans ses bras le corps de son Fils Jésus, détaché de la Croix. J’ai alors réalisé que Marie accueille ses enfants lors du passage par la mort et qu’elle avait accueilli ma maman à sa mort. J’ai compris aussi combien elles avaient veillé toutes deux sur moi. En redescendant la colline, à l’approche d’une station, j’ai ressenti fortement l’appel à y faire une pause, sans savoir de quelle station il s’agissait. C’était en fait la quatrième station, celle où Marie rencontre son Fils Jésus sur le chemin du Calvaire. Elle m’avait donné aussi rendez-vous là, pour me montrer combien elle avait toujours été avec moi, près de moi, dans mes difficultés, pour me consoler, me soutenir…

Ce sont les deux seules stations où Marie est présente sur le chemin de Croix… J’ai réalisé aussi que, depuis le départ de Maman à l’âge de neuf ans, l’Église a été pour moi une mère, à travers les différents groupes qui m’ont aidée à grandir : ‘‘Âmes vaillantes’’, JEC, chorale paroissiale… Ma maman et la Vierge Marie étaient là, et je ne le savais pas !

De retour à la maison, j’ai ressorti les photos de Maman ; j’ai repris contact avec ceux qui l’avaient bien connue : anciens voisins, cousins très âgés, pour qu’ils me parlent d’elle.

 


Quelques semaines plus tard, nous avons fêté les quatre-vingt dix ans de ma seconde mère ; tout n’avait pas été simple entre nous et j’avais toujours du mal à la fêter… Ainsi cette fois, j’ai pu composer un texte relatant son arrivée – ô combien douloureuse ! – dans notre fratrie, et tout notre vécu commun pendant quarante ans, avec des mots pleins de reconnaissance, des bravos et des mercis, car cela n’avait certes pas été facile pour elle. Tout cela lui a été offert sous forme de poèmes, de sketches, de chants. Je n’avais jamais imaginé pouvoir un jour revenir sur le passé et l’exprimer avec tant de simplicité et de paix !

Voilà comment le Seigneur a agi dans mon cœur blessé, dans ma vie. Le chemin de guérison intérieure est long, il est loin d’être à son terme, mais que de fruits ! Tout vient de toi, Père très bon, je t’offre les merveilles de ton amour.

 

 

1 Commentaire

Vallet a écrit le 23.06.2008 20:54 email

Magnifique Témoignage!

Que le Seigneur est bon!

Que Marie vous protège tout au long de votre chemin! Qu'elle veille sur vous de tout son Amour!

En Christ

Florie

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