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J’étais sourd à son appel

(Auteur : Un prêtre lituanien  - Parution F&L n° 295 de Juin 2010)

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La folie d’amour du Seigneur est qu’il appelle encore et toujours avec une patience infinie. Il appelle non pas les meilleurs ou les plus parfaits, mais les pauvres, les pécheurs et les sourds. Son appel ressemble parfois à un vrai chemin du combattant ! En voici un exemple…

J’ai 33 ans et je suis diacre. Je viens de Vilnius en Lituanie. En l’an 2000 – une année à marquer d’une pierre blanche dans ma vie – je terminais ma licence à l’Académie de Musique de Lituanie, et j’étais reçu à un cursus d’études de maîtrise sur l’opéra. J’étais très satisfait car j’avais beaucoup de travail. Par exemple, je produisais différents spectacles de variétés, j’étais présentateur, je chantais et enseignais le théâtre. Pendant cette période, je ne manquais ni d’argent, ni de femmes.

Situation étrange
Le 15 septembre de cette même année, j’étais invité au mariage d’un ami. La très belle voix du prêtre fit de cette cérémonie un événement glorieux. Au milieu de la célébration, j’entendis quelqu’un m’appeler par mon nom. Je me retournai mais ne vis personne. Je pensai que j’avais dû entendre quelque chose d’autre et continuais à suivre la cérémonie. J’entendis à nouveau : « Polivas, Polivas ! » Je me retournai, mais là encore je ne voyais personne m’appeler. Je regardai les gens debout à côté de moi ; ils n’avaient pas l’air d’avoir entendu quoi que ce soit. Cette situation me semblait étrange, mais je n’en fis pas grand cas. Lorsque pour la troisième fois j’entendis quelqu’un m’appeler, je sus confusément que c’était la voix de Dieu. Il me dit : « Ta vie m’appartient ».
J’oubliai bien vite cet événement, mais deux semaines plus tard, Il me parla à nouveau. Comme la première fois, j’entendis sa voix, non pas dans ma tête ou dans mon cœur, mais de façon audible (1), comme j’entends tous les autres bruits tels que le vent qui souffle ou les conversations. Dieu me rappela que ma vie lui appartenait et me montra quelle direction je devais lui donner. Même si c’était à Dieu que je parlais, je ne voulais pas acquiescer à ses desseins car j’étais satisfait de ma vie présente et n’avais aucune envie de la changer. Dieu ne discuta pas ; Il me rappela simplement que ma vie lui appartenait.
J’eus deux ou trois autres conversations comme celle-là dans les deux semaines qui suivirent, mais je n’étais pas prêt à céder.

Au concert
Au cours de cette année, je faisais des progrès rapides en chant qui m’ouvraient la perspective d’une bonne carrière de chanteur. Cependant, vers la fin du mois de novembre, je commençai à avoir des problèmes de voix et il m’était de plus en plus difficile de chanter. La veille de chaque concert, le Seigneur me demandait de répondre à son appel. Je lui promettais de réfléchir à sa proposition s’il guérissait ma voix pour ma prestation du lendemain. Et le lendemain, après une bonne prestation, je disais brutalement à Dieu que je ne voulais pas entendre parler de son appel. Par la suite, mes problèmes de voix revenaient(2).
C’est avec honte que je reconnais aujourd’hui que mon comportement envers Dieu cette année-là était odieux. De fait, j’étais plus grossier envers lui que je ne l’avais jamais été à l’égard de quiconque – même vis-à-vis de ceux qui souhaitaient me voir malade. Je continuais à me montrer grossier et à éprouver sa patience jusqu’au 12 janvier, la veille d’un concert spécial donné en mémoire des événements du 13 janvier 1991 (le jour où l’armée soviétique a attaqué la République de Lituanie). J’étais invité à chanter en direct sur la chaîne de télévision nationale. Ce matin-là, au cours de la répétition, j’ai complètement perdu ma voix. Le médecin refusa de poursuivre le traitement : elle ne parvenait pas à déterminer la cause de ma maladie et constatait que mon corps ne réagissait à aucun médicament.

Accord entre nous
Les deux semaines qui suivirent furent les plus difficiles de ma vie. J’avais l’impression d’avoir perdu les fondements de mon existence. Je criais vers Dieu, mais il restait silencieux. Finalement, je compris que Dieu se servait de cette situation pour attirer mon attention.
Je lui promis donc que s’il me rendait ma voix, je me pencherais sérieusement sur son projet ; mais que si cependant je décidais de ne pas le suivre, qu’il cesse de me poursuivre. Son accord donné à ce contrat fut la dernière fois que j’entendis sa voix de façon audible. Je tins donc ma promesse et commençais à envisager sérieusement de devenir prêtre. En même temps, j’espérais secrètement arriver à la conclusion que là n’était pas ma vocation. Je commençai à lire la Bible, ce que je n’avais jamais fait auparavant. Ce fut un choc pour moi de lire l’appel du prophète Samuel et de l’apôtre Paul. Par certains aspects, ils étaient semblables au mien. À cause de ces ressemblances, j’étais gêné de raconter mon histoire et n’en parlais qu’à mes parents.

Bonheur indescriptible
Fin janvier 2001, presque un an plus tard, je me suis réveillé un matin avec la certitude que Dieu avait changé mon cœur et que son appel était devenu le chemin que ma vie devait prendre. J’ai immédiatement parlé de cela à mes parents et à celle que j’aimais à ce moment-là. Je me croyais heureux avant que Dieu ne m’appelle pour Lui. Mais je n’aurais jamais imaginé que l’on puisse être si heureux en remettant sa vie entre ses mains.
Parfois, les gens qui entendent mon histoire me demandent pourquoi Dieu a choisi de s’adresser à moi d’une façon si inhabituelle. En priant pour trouver une réponse à cette question, j’ai compris que ce n’était pas parce que j’étais meilleur que les autres, mais simplement parce que j’étais sourd à toutes ses autres invitations. Dieu a trouvé les moyens d’attirer mon attention et de m’aider à entendre sa voix alors que j’étais “sourd”.
Merci Seigneur pour ton appel, et merci pour ton amour et ta patience infinis pour ton enfant qui était “sourd”.

Notes
(1) L’auteur de ce témoignage dit que, dans son expérience de Dieu, il a comme entendu une voix à l’extérieur de lui. La rédaction de feu et lumière souligne que, de manière habituelle, c’est dans l’intimité du cœur que Dieu se fait entendre. Toute autre manifestation divine nécessite d’autant plus d’être soumise au discernement d’un accompagnateur spirituel.
(2) Dieu nous laisse infiniment libre lorsqu’il appelle. Ici, son appel est traduit dans ce témoignage comme un « commerce » entre Dieu et cet homme. Il serait faux de généraliser ce vécu et de projeter sur Dieu un système de récompenses et punition face à son appel.