Jésus, mon codétenu
(Auteurs : Propos recueillis par Cécile Pointeau - Parution F&L n° 283 de Mai 2009)
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Dernier d’une famille de cinq enfants, j’ai senti dès le début que je n’étais pas désiré. J’étais un enfant un peu maltraité. Quand mes frères et sœurs n’étaient pas là, ma mère me frappait. À seize ans, j’ai passé cinq mois enfermé dans ma propre chambre : une prison familiale que je n’avais pas choisie, pire que celle que j’allais connaître après. Ce fut ensuite une longue errance de foyer en foyer, ponctuée de "bêtises" que je commettais, sans connaître l’amour ni Dieu, comment l’aurais-je connu puisqu’on n’en parlait pas ? Je n’avais qu’une hâte : devenir adulte pour oublier cette “enfance” qui rimait si facilement avec “souffrance”. Il m’arrivait parfois d’aller à la messe, à la recherche de quelque chose que j’étais incapable de définir mais dont je ressentais profondément le manque. J’allais de lieu de prière en lieu de prière sans jamais rien trouver. Lourd fardeau à porter pour l’ado que j’étais !
Un véritable choc
Dans mon premier métier : animateur d’enfants, j’ai pu, sans doute grâce à Jésus, utiliser mes “compétences” en matière de souffrance pour mieux comprendre la souffrance de certains de ces enfants. Je pouvais les aider à y faire face et j’en étais heureux. Aider, était-ce là un appel ? Je suis rentré chez les scouts comme “chef”. Certains d’entre eux préparaient leur confirmation. J’ai sauté sur l’occasion et j’ai demandé au prêtre à être confirmé avec eux. Es-tu baptisé ? Je n’en savais rien, il m’a fallu courir après ce renseignement important. La réponse fut sur le coup un véritable choc : je n’étais pas baptisé, je ne pouvais donc pas être confirmé. Ce fut tout de même une joie car cela m’a permis, pendant deux ans, de faire une préparation en vue de ce sacrement auquel je tenais. C’est pendant cette période que je suis allé à Lourdes comme brancardier. En arrivant à la grotte, j’étais saisi : Comment, en France à notre époque, on peut avoir tous ces handicapés devant et nous derrière ? En fait, c’est ça l’Église : les handicapés sont devant. C’est comme ça que je suis tombé amoureux de Lourdes. Maintenant, j’y retourne au moins une fois par an. C’est aussi pendant ce premier pèlerinage que j’ai rencontré celle qui est ma femme aujourd’hui.
Pâques 1997, jour de renaissance pour moi puisque c’est là que je fus baptisé. Six mois plus tard, ce fut le mariage avec cette personne remplie de l’amour de Dieu. Le 4 avril 1998, naissance de mon fils, à mes yeux la plus belle et la seule chose de bien que j’aie réussie dans ma vie. Ma vie chrétienne commençait.
L’aventure était trop belle et mon passé m’a rattrapé assez vite : en 2002, je suis retombé et j’ai fait huit mois de prison. L’adaptation fut assez pénible, il m’était difficile de déceler chez les détenus l’amour de Dieu. J’y ai connu la souffrance physique et morale, l’isolement, le découragement… La vie y est lancinante, les journées se ressemblent, ponctuées des mêmes cris, des mêmes ordres ou aboiements, des mêmes bruits de clé dans les serrures et des portes qui claquent. Tout y est rythmé du lever au coucher, notre seule attente devient celle de la gamelle. Parfois, un parloir vient redonner un peu de luminosité à ces ténèbres ambiantes, un souffle d’air frais dans cette promiscuité fétide et forcée.
Codétenu invisible
Pourtant, c’est dans ce cloaque infâme que j’ai rencontré une personne d’exception : Catherine, l’aumônier protestant. Lors de notre premier entretien, j’étais plutôt méfiant : dans ce lieu, la peur faisait partie du quotidien. Il m’était impossible de m’ouvrir. Je lui disais qu’elle ne pourrait pas me faire entrer dans son église et qu’elle perdait son temps avec moi. Cependant, je l’ai écoutée quand même et, de retour en cellule, je me suis dit qu’elle n’était certainement pas là pour rien et qu’il fallait que je lui fasse confiance. Ce que je fis dès le second entretien. Bien m’en prit… La Parole de Dieu n’avait pas le même sens avec elle qu’avec mon prêtre. Souvent, après ces entretiens, les larmes coulaient sur mes joues, signe que Dieu œuvrait en moi à travers elle. Au fil du temps, elle devint cette “maman” que je n’ai jamais eue. Ma vie s’en trouva transformée, la prison prenait un tout autre visage. Il me semblait qu’à présent, un “codétenu invisible” partageait les quelques mètres carrés qui m’étaient alloués. Mes moments de découragement se transformaient en moments de prière et j’acquis la certitude que Jésus-Christ, invisible dans notre réalité, ne l’était plus dans mes souffrances ni dans les appels à l’aide que je lui lançais. Il était VIVANT. Le bon Berger avait laissé ses 99 brebis pour venir chercher sa 100e jusque dans la prison, non pas pour me juger, mais pour me sauver, me pardonner, me montrer une autre voie, m’amener à la repentance, m’emplir de son amour et m’offrir sa grâce.
J’ai commencé à travailler comme aide-bibliothécaire. Cela m’a permis d’être en contact avec d’autres détenus et de leur parler de Jésus.
Le meilleur moment de la semaine, hormis le parloir avec ma femme, était la messe ou le culte selon la semaine. Que nous ayons triché, volé, tué dehors autrefois, là, nos prières sortaient de nos tripes car nous ne pouvions pas tricher devant Dieu. Ces moments, j’en étais friand, voire même “profiteur”, tant j’avais besoin de ce baume qui panse les plaies du cœur et guérit les blessures de l’âme. Pour rien au monde, je ne les aurais ratés ! Chaque matin et chaque soir, je demandais à Dieu son soutien en le remerciant de ce qu’il m’avait donné et de ce qu’il me donnerait encore : chose qu’auparavant, il ne me serait jamais venu à l’idée de faire. Le plus dur pour moi fut de demander pardon à ma femme et à tous ceux que j’avais pu faire souffrir. C’est là que je me suis aperçu qu’il était beaucoup plus facile de demander le pardon que de le recevoir, surtout de la part de Dieu.
Non, la prison n’est pas un lieu où on reconstruit l’homme, c’est un endroit où il est détruit en quelques instants. Dans ce lieu de ténèbres, je serais devenu plus facilement un loup qu’un agneau si je n’avais eu la présence, les conseils et l’amour de ce détenu invisible mais pourtant tellement présent qu’est Jésus-Christ.
En sortant, j’ai découvert la fraternité du Bon Larron et j’ai commencé à correspondre avec des détenus. Nos échanges de lettres sont tellement en vérité. Aujourd’hui, ces frères en prison me donnent plus que je ne leur donne. Ils me réconfortent, me donnent des conseils alors que c’est moi qui devrais les réconforter !...
Vraie libération
En retournant dans ma paroisse, j’avais l’impression qu’une lumière était braquée sur moi et que tout le monde pouvait me voir et se dire : « Regardez, c’est lui, l’ancien détenu. » Pourtant, j’avais reçu le sacrement du pardon en prison, mais cette impression restait. C’est en faisant le pèlerinage national du Bon Larron à Chartres que j’en ai été libéré. Au milieu de tous ces anciens détenus, l’amitié s’est créée avec beaucoup de facilité. Quand nous sommes tous passés en pèlerinage dans cette immense cathédrale, mes larmes ont coulé. C’était une délivrance totale : Enfin, je suis libre, enfin je peux retourner dans mon milieu. Suite au pélé, j’ai fondé, avec le soutien des Sœurs du Christ, un groupe de prière de la Fraternité du Bon Larron dans une prison. Aujourd’hui, je suis vraiment accueilli comme un acteur de l’Église et je peux parler librement de la prison.
Si je n’avais pas passé ces temps de souffrance, je ne serais pas l’homme que je suis aujourd’hui. Je ne vivrais pas mon couple de cette manière si je n’avais pas vécu cette maturation. Ce que je veux dire à tous les gens qui ont des prisons sans barreaux (drogue, sida ou autre), c’est qu’on peut avoir un moment de sa vie faussée et repartir pour se donner complètement au Christ. En se laissant aimer par Lui, la vie est plus heureuse.
Si vous désirez partager avec Ludovic, vous pouvez lui écrire à : Ludovic Perez - « Groupe de Prière Le Bon Berger » - 9 bis rue du Noble - 84100 Orange





2 Commentaires
DIEU a un plan pour chacun de nous BENIS SOIS TU SEIGNEUR JESUS ALLELUIA POUR CE FRERE et ce groupe de prière,un beau témiognage.
DIEU fait toute choses bonne en son temps et je benis DIEU pour ce qu'il a permi dans ta vie.