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« J’ai vu ma vie »

(Auteurs : Carol Dussault  - Parution F&L n° 216 d'Avril 2003)

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De passage aux USA, j’ai rencontré Carol. Sa paix, son attention à tous et chacun, son désir de Dieu et la beauté qui émanait d’elle m’ont donné le désir de la connaître davantage. Elle m’a alors partagé la rencontre qui a changé sa vie.

Ma grand-mère irlandaise a apporté la foi catholique dans notre famille. Mon père, son fils, n’était pourtant pas un homme religieux ni un pilier d’église. Il a toutefois entraîné maman à devenir catholique et elle est devenue l’âme de notre famille. Je me souviens la voir piocher dans l’Imitation de Jésus-Christ qu’elle tenait dans la poche de son tablier dès qu’elle avait un moment libre durant sa journée bien remplie avec ses 10 enfants ! J’étais la 4ème. Ma première communion a été pour moi une expérience inoubliable. Cet été-là, tous les matins, j’allais à vélo jusqu’à l’église pour participer à ce nouveau mystère. Mon cœur fondait en écoutant la douce musique de l’orgue après avoir reçu le Seigneur et je désirais revivre cette expérience chaque jour. À l’école, je suis restée proche de l’Église, me rendant fidèlement au cours de catéchisme même si ceux-ci n’ont pas laissé de trace d’un souvenir lumineux. J’étais catholique.
Vers 17 ans, j’ai rencontré un catholique fervent qui défiait l’Église avec un enseignement sur la régulation des naissances. Je n’avais pas d’opinion sur le sujet. Six mois plus tard, je l’épousais. C’était en 1964. Après la fac, nous avons déménagé en Californie pour devenir enseignant et vivre une nouvelle vie. Je ne me doutais pas que j’étais sur le point d’être prise dans le tourbillon d’une révolution culturelle qui allait secouer les fondations de ma foi et de ma vie.

Passionnant
Nous avons eu une fille en 1968. Elle a été placée à la crèche pendant que John et moi enseignions.Durant nos soirées et nos week-ends, nos vies étaient exposées à des genres de vie très différents : un rythme hollywoodien de fêtes, d’alcool et de drogue. John avait six ans de plus que moi : Il menait et je suivais, souvent réticente mais je le suivais. L’amour libre, un mariage ouvert en faisaient partie. Nous étions au cœur des années 60.
Nous continuions à nous rendre à l’église les week-ends mais il n’y avait pas de vie, de grâce, aucun mouvement intérieur. Nous étions justes catholiques. Mon frère est venu un jour nous rendre visite de Washington DC et au cœur de nos conversations, nous avons tous réalisé qu’il nous manquait quelque chose. Il devait y avoir quelque chose d’autre. Nous savions que cela avait un rapport avec Dieu mais d’une certaine façon il nous semblait très éloigné et pas du tout impliqué dans ce que nous vivions. Nous nous sommes promis que nous chercherions à travers des lectures et d’autres moyens ce qui nous manquait. Nous avons lu plus de 200 livres, la plupart d’entre eux parlant du pouvoir caché du cerveau, du nouvel-âge, du “aide-toi toi-même” et même quelques-uns traitant de l’occultisme. C’était passionnant.

Voile retiré
Pendant ce temps-là, notre mariage courait à l’inévitable. Notre style de vie s’était détérioré à un tel point que notre mariage ne pouvait pas survivre. Une nuit, juste avant de m’endormir, je me suis sentie élevée dans un halo de lumière planant au-dessus de ma tête. En cet instant, peut-être pendant quelques secondes, j’ai vu ma vie comme si un voile eût été retiré. En cet instant précis, j’ai vu tous mes péchés. Je réveillais John et lui partageais cette expérience et le changement qu’elle opérait en moi. Pendant trois jours, je n’ai ni dormi ni mangé. Je ne pouvais pas m’arrêter de pleurer et priais Dieu de ne pas m’en donner trop, trop vite car je craignais d’être surchargée. J’étais déterminée à tout changer immédiatement dans ma vie. Je quittai mon travail, vendis tout ce que je possédais, quittai John et lui confiais ma fille. Je le savais, j’avais besoin d’être seule. Je partis dans la montagne, je jeûnais et priais. Je savais que je venais de faire une expérience de Dieu et qu’elle n’était pas encore terminée. J’ai passé plusieurs mois à vivre seule dans les montagnes du Colorado, de Californie et les plaines du Nebraska. Je voyageais par mes propres moyens et n’avais peur de rien. J’étais complètement absorbée par un “esprit” que je m’efforçais de découvrir.
Je lisais la Bible et d’autres livres qui me rapprochaient plus près de Jésus. Je touchais aux religions orientales et commençais de chercher des églises protestantes. Il y avait une colère en moi contre l’Église catholique. Je me sentais trahie. Maintenant que ma vie avait été touchée par une expérience profonde de Dieu, je me demandais pourquoi on ne nous enseignait pas plus sur un Dieu proche, pourquoi tout cela semblait si éloigné ?
Je me suis retrouvée à passer un hiver dans le Nebraska où la température descend souvent en dessous de zéro. Dans la maison où je vivais seule, il n’y avait ni eau ni électricité ou chauffage, seulement une petite cheminée. J’étais consciente qu’il y avait une église catholique au bout de ma rue et que des Messes étaient célébrées tous les matins. Je savais que là, il ferait chaud. C’est ainsi que j’ai commencé à aller à la messe. Je me découvris en train d’écouter attentivement chaque mot ; en fermant les yeux, je les faisais miens. Très vite, j’attendais cette rencontre quotidienne avec Dieu.

Proximité
Un vieil ami ma donna un livre : La chanson de Bernadette que je lus avec beaucoup d’enthousiasme. Pendant cette lecture, Notre Dame alluma en moi une flamme dans mon cœur et je commençai à l’aimer et à me sentir très proche d’elle. D’une certaine façon, je sentais qu’elle allait m’aider à éclaircir ma vie et la reconstruire d’une manière à ce qu’elle plaise à Dieu. Proche de cette période, j’ai lu les sept histoires de montagne de Thomas Merton qui m’ont tellement touchée que je suis allée me confesser.
Le jour suivant pendant que je travaillais dans un magasin d’antiquités, je fus visitée par une douce présence. Je ne voyais rien mais je savais que Notre Dame était proche. Elle me donna un seul mot : “reste !” À ce moment, je sus que je resterais l’épouse de John.
Pendant mes 5 années de fuite, c’était la question angoissante et lancinante d’autant plus que nous avions une merveilleuse fille. Dans mon cœur, cela a été la réponse la plus difficile. Il y avait tant de souffrance associée à notre mariage mais déjà j’avais dit « que ta volonté soit faite ». Je suis donc partie immédiatement voir John qui attendait depuis tout ce temps et je lui dis que Notre Dame voulait que je reste auprès de lui.
Nous renouvelâmes nos promesses de mariage. J’avais demandé au Seigneur de nous bénir en nous confiant la vie. Nous avons eu notre premier garçon un an plus tard suivi de deux belles filles puis de jumeaux. Ce n’était pas facile. John était alcoolique ce qui créait beaucoup de tensions dans notre relation pourtant, je n’ai jamais douté de son amour. Pour lui aussi, ce n’était pas facile. Je dois dire que notre mariage a survécu grâce à Dieu. Je me souvenais sans cesse de ce mot de la sainte Vierge « reste » et j’y puisais la force pour continuer.
Un Noël, il a dit à toute la famille qu’il cesserait de boire et de fumer le 1er janvier disant que ce serait la chose la plus difficile qu’il n’ait jamais faite. Il a tenu sa promesse. Un mois plus tard, on lui a diagnostiqué un cancer aux poumons et à l’œsophage. Nous avions encore quatre mois à vivre ensemble. Ces mois empreints d’espérance et de guérison ont été les plus beaux de notre vie ensemble.
John est décédé d’un cancer, il y a 4 ans. Il est parti dans la paix, réconcilié avec les siens et avec lui-même. Il m’a laissé le plus grand des cadeaux : 6 enfants. Oh Combien Les voies de Dieu sont impénétrables ! Je me suis promise d’enseigner Dieu à mes enfants et d’infuser en eux la faim d’une vie intérieure. Si ma foi n’est pas profondément enracinée dans la prière intérieure, je ne serais pas capable de résister au milieu des tentations et les tempêtes qui m’assaillent. Sainte Marie, Mère de Dieu, prie pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Amen.