/ RENCONTRER DIEU / Témoignages / Internaute missionnaire

Internaute missionnaire

(Auteurs : Propos recueillis par Xavier Perroy - Parution F&L n° 249 d'Avril 2006)

abonnez-vous !

Pierre-Henry, quarante-quatre ans, est un rescapé de la drogue. Nous l’avons rencontré à l’abbaye de Chevetogne1 qu’il fréquente souvent. La puissance de la Parole de Dieu fut ce premier jalon qui le fit basculer dans une vie nouvelle. Pour le reste ? Pierre-Henry raconte…

J’avais une formation d’animateur pour enfants et j’ai travaillé dans une Maison de jeunes. C’est là qu’à ma grande surprise, je me suis fait piéger par la drogue dure et que je fus pris dans les mailles du filet, par l’héroïne, pendant six ans.

De la “guerre” au monastère
Certains, de la génération d’avant, ont “connu la guerre” comme on dit. Je peux dire que j’en ai finalement connu une, dans ce combat intérieur avec moi-même, mais aussi dans ce que je voyais autour de moi. Car j’ai connu autour de moi quinze morts par la drogue dont le plus vieux n’avait que vingt-et-un ans ! C’est vous dire la détresse de ce milieu… J’ai fait de la prison. À l’époque, on y allait sans même avoir été récidiviste ! J’étais au milieu de grands criminels ; c’était imposant. Je me souviens d’une mutinerie où j’entendais les prisonniers de partout ! J’ai fait appel au père Moulard qui rassurait beaucoup. Il est arrivé avec un reste de Bible – la Genèse – car après la bagarre, certains avaient mis le feu, même à la Parole de Dieu ! Je me suis mis à lire par la suite des passages de l’évangile que le père Moulard me choisissait. À la lecture, une paix que je n’avais jamais connue jusqu’ici m’envahissait. J’étais bien dans ma peau ; j’acceptais la vie… Il y avait quelque chose en moi de changé… à tel point qu’on se demandait autour de moi ce qui se passait ! Rien d’éthéré dans tout ça, je devenais plutôt plus humain ! Je me sentais libre intérieurement… Je peux dire que c’était ma première expérience de l’Esprit Saint ! En sortant de prison, je voulais m’en sortir. J’ai trouvé un travail au Centre Inforjeunes qui s’occupe des problèmes de la jeunesse en détresse. J’étais entouré par tout un groupe d’animateurs et je ne travaillais donc plus seul. C’est par l’une de mes connaissances que j’ai été amené à faire un pèlerinage à Beauraing. Puis, l’un de mes amis qui avait eu un passé similaire me fit connaître les moines de l’abbaye de Chevetogne. Là, j’ai passé pour la première fois une nuit paisible, réparatrice. Ce qui me frappait aussi, c’était ce silence, un silence habité... Cela me nourrissait, me réconfortait. C’était décidé, je ne voulais plus lâcher ce lieu !

Habillé tout de blanc !
J’ai vécu six mois dans le monastère comme laïc familier. En arrivant à Chevetogne, j’ai rencontré Frère Simon à qui je dois beaucoup. Il est responsable du bâtiment d’accueil Béthanie. En fréquentant la Sainte Liturgie, un désir de communier grandissait, mais je n’étais pas baptisé ! Frère Simon m’a conduit jusqu’au baptême, il y a seize ans, pour Pâques de l’année 1990. J’ai été baptisé à Chevetogne selon le rituel latin, et le même jour j’ai fait ma première communion, à minuit, dans le rite byzantin, pendant la veillée pascale ! Ce qui est magnifique, c’est que cette année 1990 était une année bissextile où Pâques se fêtait le même jour chez les orthodoxes et chez les catholiques... Je suis resté sept ou huit jours habillé tout en blanc ! J’avais connu mon parrain, le jésuite Marc Van Goethem, à Berdines, communauté qui s’occupe de toxicomanes. J’y étais allé quatre ans plus tôt pour arrêter la méthadone. C’est ainsi qu’à Pâques 1989, j’avais arrêté mon dernier traitement de substitution à la méthadone. Chose qui m’émerveille encore, j’étais passé de 80cc à 0,25cc. Berdines fut pour moi à la fois une rude et une belle étape. J’y ai vu plus malheureux que moi. Cela a évité que je me plaigne trop sur mon sort, comme on a tendance à le faire en période de sevrage. J’avais plutôt de la compassion pour mes frères.

La prière des frères
Après Berdines, puis deux mois à Paray-Le-Monial pour connaître la communauté de l’Emmanuel et mieux découvrir la diversité de l’Église, j’ai regagné la Belgique, et c’est là que j’ai rencontré pour la première fois l’abbaye de Chevetogne. Je dois aussi beaucoup au père Maxime qui était maître-chantre de l’abbaye. Je me souviens de sa prière de guérison. Ce n’est pas une “baguette magique”, mais elle m’ouvrit un nouveau champ de vie que ma famille n’avait pas pu me donner… Sans la prière des frères, on ne peut pas s’en sortir. On ne s’en sort pas qu’avec Dieu seul, mais “avec les hommes et Dieu” ; c’est ça l’Église ! J’avais entendu parler de Dieu ; Jésus, je l’avais bien dans mon imaginaire comme un “homme de paix”, mais cela ne suffisait pas pour que ma vie change ! Et puis le monde ne pardonne pas ; l’Église pardonne ! Avec ce changement de vie, j’ai eu le désir de rentrer au séminaire pour devenir prêtre séculier. J’y suis entré en 1991 et j’y suis resté durant deux ans, mais avais-je bien au départ la vocation au sacerdoce ? Je n’avais reçu aucune formation, mais on m’avait découvert des capacités pour étudier. Même l’évêque du lieu m’encouragea à poursuivre ! Je suivis donc des cours de philosophie et de théologie en autodidacte, à Louvain-la-Neuve, à l’Institut de théologie. Je logeais chez les pères dominicains… Je fus reçu à mes examens, en philosophie comme en théologie ! Mais il s’est avéré finalement que le sacerdoce n’était pas ma vocation. Je me suis mis à faire de nombreux boulots pour vivre, principalement dans la représentation en toutes sortes de produits. J’ai été amené, durant deux ans, à vendre des vêtements de luxe, des grandes marques comme Yves-Saint-Laurent. Je travaillais même le dimanche ! Puis, j’ai rencontré un représentant d’assurances avec lequel je m’entendais bien. Connaissant ma passion et mes compétences pour le Web, il m’invita à devenir web-conseil.

Internaute missionnaire
Je suis web-conseil dans le privé depuis six ans, au service de toute réalité chrétienne. Tout marche par le bouche-à-oreille. J’ai beaucoup travaillé à l’installation de sites, pour les paroisses par exemple. Je suis allé au Sénégal durant une vingtaine de jours et je me suis aperçu, à la procure de Dakar, que le catéchisme pour les Africains était aussi cher que chez nous ! Je me suis dit : Pourquoi ne pas créer un site Internet pour répondre à tous ces besoins et pour une meilleure annonce de l’évangile ? Avec Internet, on peut desservir des paroisses, des évêchés, des hôtels... On peut transmettre des livres entiers et l’évangile en plusieurs langues ! Après la création d’un site pour la paroisse francophone de Ganshoren (à Bruxelles), je me suis présenté à un concours en exposant un service pour un carrefour de liens chrétiens. Je n’ai pas eu le concours, mais c’est comme cela que “adlumen.com” est né ! C’est le père Simon qui fut inspiré pour trouver le nom de Ad Lumen, qui veut dire : “Vers la Lumière”. C’est avant tout un service. Cela reste très anonyme. Ad Lumen est un carrefour international de liens chrétiens2 où l’on trouve des sites anglais, français, italiens, allemands…  Désormais, je peux vraiment dire qu’il y a une fécondité promise à ceux qui mettent leurs talents au service de Celui qui les fait fructifier ! En dehors de Ad Lumen, je continue de donner mes services auprès des moines de Chevetogne et à bon nombre de personnes. Quand je vois ma vie et les fruits du Bon Dieu, je ne peux que rendre grâce, mais je sais que je ne suis qu’en chemin, que rien n’est définitif, que nous sommes sans cesse en perpétuelle évolution… Et c’est encore bien ça qui est le plus beau !

Pour en savoir plus : L’abbaye bénédictine de Chevetogne (Belgique), centrée sur le dialogue oecuménique entre les diverses confessions chrétiennes, est un lieu où se vit les deux rites latin et byzantin.
Contact : adlumen(at)hotmail.com
site : www.adlumen.com