Et toi, que veux-tu ?
(Auteurs : Propos recueillis par Fabienne Lacoste - Parution F&L n° 289 de Décembre 2009)
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Et si nous osions être audacieux ? La Petite Thérèse de Lisieux nous invite à entrer dans cette relation filiale. Vous n’avez pas eu de père sur terre qui vous y a invité ? Rassurez-vous, tout est possible à celui qui croit et qui demande…
Vous n’allez pas me croire mais la vérité est que la Petite Thérèse, je ne la connaissais pas ! Il y a plus de vingt ans, on m’a demandé d’animer un pèlerinage en car vers Medjugorje. En sortant du car devant la montée du Podbrdo, j’étais prise de panique. J’ai regardé la montée et un véritable cri sortit de mon coeur : « Mon Dieu, jamais je ne pourrais monter aussi haut !» Et cela ne concernait pas uniquement mon handicap physique. C’était bien plus : jamais je n’arriverai jusqu’à la sainteté. C’est alors qu’un monsieur me tendit une petite boîte me disant : « Le Seigneur me met dans le coeur de vous offrir cela pour votre montée » - « C’est quoi ? » ai-je demandé - « Ce sont des reliques de sainte Thérèse de Lisieux. »
Comme à cette époque, les saints ne m’étaient pas encore familiers, je lui demande : « C’est qui ? » Lui, tout étonné me répond : « Puisque vous ne connaissez pas cette grande sainte, sachez simplement que c’est elle qui a dit : que mes pas difficiles bénéficient aux prêtres et aux missionnaires. »
Ici et maintenant
C’était de la dynamite ! Je me suis agrippée à la boîte et me suis mise à marcher. Je me suis dit, je ferai autant de pas que possible et si je devais m’écrouler sur place, cela en vaudra le coup. Et j’ai commencé ainsi ma “montée”. Une vraie de vrai ! J’étais littéralement portée jusqu’en haut de la montagne. Mes pieds touchaient à peine le sol. Moi qui avais tant de mal à grimper habituellement, je dépassais tout le monde. Mais le plus important n’était pas là. Je prenais conscience d’une façon aiguë que ce qui comptait était uniquement le moment présent, l’importance du “ici et maintenant”.
Lorsque l’on connaît la direction à prendre, nul besoin d’évaluer à tout bout de champ l’énorme distance qui nous sépare encore du but. Ni même de se lamenter sur le peu de chemin parcouru. Ce qui importe, c’est de VIVRE sur le moment même l’instant présent.
De cette manière, j’avais l’impression d’être réellement liée avec le Ciel, présente à la Communion des Saints, ouverte aux dons d’En-Haut.
Arrivée en haut, je me suis mise à chanter d’une voix que je ne me connaissais pas. En fait, ça chantait en moi et je laissais faire avec ravissement. En même temps, j’étais prise d’une énorme tristesse car, je voyais pour la première fois mon véritable péché en face…
Terrible découverte
Jusqu’alors, je m’imaginais bien comprendre ce que j’avais à confesser : mes manques, mes omissions d’amour. Là où j’ai aimé ou pas aimé, Dieu, les hommes. Et c’est vrai. Mais c’était aussi comme si je ne confessais que les conséquences de mon vrai péché : ne pas accueillir les grâces d’En-Haut permettant d’aimer comme Il aime. Comme si je voyais tout à coup Dieu devant moi, les bras chargés de cadeaux pour moi, et moi je continuais à me lamenter devant Lui. Dieu répétait inlassablement tendant ses bras : « Prends, prends... mais prends donc ce cadeau... » et l’humanité était tellement centrée sur ses problèmes qu’elle ne voyait plus que la solution à tous ses problèmes était là devant elle, dans les bras de Dieu. Tous ses Saints étaient là, à notre disposition, prêts à entrer en action et nous continuons à alimenter leur chômage. C’était une découverte terrible qui me faisait fort souffrir. Combien doit donc être grande la souffrance de Dieu ? Et à quoi servait son sacrifice si nous ne nous laissions pas combler par Lui ? Redescendue, je suis allée me jeter dans les bras de Dieu au confessionnal…
Rêve en trois actes
Notre chère Petite Thérèse n’avait pas dit son dernier mot. Le jour de sa fête, avant de m’endormir, je lui dis : « Malgré l’absence de ta maman, ton papa t’a beaucoup chéri. C’est pourquoi tu as plus facile que moi à être ce tout petit enfant que tu es dans les bras de Dieu le Père. Comme c’est ton anniversaire, veux-tu intercéder pour moi ? » Tranquillement, je me suis endormie et j’ai fait trois rêves qui me nourrissent encore aujourd’hui car ils sont plein d’enseignements...
Tout d’abord, je me vois marcher sur une plage mon pouce en bouche. Je suis une toute petite fille qui tient la main de son père. Je fais « au revoir » à maman qui se tient au loin. Le père me soulève à chaque vague et nous rions ensemble... Il me demande : « Ma petite princesse a-t-elle un désir ? » Je réponds : « Je veux un bonbon ! »
Mais en même temps ma tête d’adulte se met à penser : c’est ridicule de demander une si petite chose à Dieu. Ce n’est pas là une demande en fonction du Royaume. Mais le Père commence un dialogue très sérieux à partir de cette demande. Il veut savoir tout sur mon désir. La grosseur, la couleur, le goût du bonbon. Rien n’avait plus d’importance pour Lui que de me gâter. Et dans ma tête d’adulte je me dis : Je ne me laisserai plus influencer par tout ce que d’autres me racontent de ce qu’on doit - ou ne doit pas - demander au Père. Pour Lui rien n’est trop insignifiant lorsque cela fait notre bonheur.
Le Père, quant à Lui, dit : « Tu l’auras après le repas. » Et j’ai compris le sens du MERCI à dire avant même qu’on se voit exaucé. Quand le Père répond : « Tu l’auras... ! » c’est vraiment comme si on l’avait déjà. De plus, j’étais émerveillé de la pédagogie d’amour de ce Père. Lui, Il ne disait pas comme la plupart des parents : « Non, tu n’auras pas de bonbon maintenant ! »
Mais tu l’as !
Ensuite le deuxième rêve. Je marche toujours sur la même plage et le Père dit : « C’est vraiment tout ce que tu veux ? » Alors là je me suis dit : Puisque c’est comme ça, je vais en profiter.
Malicieusement, je réponds : « Je veux avoir toute la lumière de l’univers, la lumière de toutes les étoiles, de tous les soleils... toute la lumière du monde entier, je la veux pour moi ! »
En même temps, dans ma tête d’adulte, je pensais : Tu es folle de demander ainsi l’impossible ! Est-ce qu’on est aussi irresponsable devant Dieu.
Alors c’était comme si le Père s’agenouillait devant moi, disant : « Mais tu l’as ! »
Et moi, toute étonnée, je regarde mes deux petites menottes d’enfant toutes vides et je demande : « Mais où ça ? » Alors un doigt se pointe tout droit sur mes yeux et la voix du Père dit : « Là ! »
Et aussitôt je comprends avec ma tête d’adulte : mais bien sûr, quand Il est devant moi (quand je l’adore), Il se reflète dans mes yeux et j’ai alors en moi toute la Lumière. J’ai compris là aussi que rien n’est trop grand. Tout ce qui sert l’Amour doit être demandé au Père avec audace et confiance.
Tout de suite !
Et enfin cette troisième et dernière partie. Je marche toujours sur la plage et dans mon cœur grandit un amour fou pour mon Père, mon papa chéri. Enlaçant ses jambes, je m’écris gonflée de tendresse : « Un jour, je serai aussi grande que toi ! »
Dans ma tête d’adulte, je pense : Quelle horreur ! Alors ça, c’est vraiment l’orgueil des orgueils, ça ! Mais le Père répond:« Et pourquoi pas tout de suite !» et Il me hisse sur ses épaules et je déambule ainsi à travers le monde.
Je sentais concrètement la joie du Père à cause de cette intimité d’Amour avec son tout petit enfant. Et de mon côté, je jurais que plus rien ne me séparerait d’une telle félicité.
Hélas, au loin les hommes, comme des fourmis couraient et couraient... Ils ne s’arrêtaient pas pour exprimer le désir de grimper sur les épaules du Père. Cela me fendait le coeur. Et ils construisaient des maisons et des maisons et la plupart s’écroulaient aussitôt... Je ne pouvais plus voir cela ! Mais je ne pouvais pas, non plus, m’arracher moi-même à cette douceur intime. Le Père me descendit de Ses épaules, me posa sur le sol, me donna une tape sur le derrière en disant : « Va et appelle-les ! »
Et au loin Marie attendait. Marie était là pour prendre le relais. Comme Elle était là pour me déposer dans les bras de Dieu, elle était là pour me conduire vers mes frères, les hommes.
Et dans ma tête d’adulte, j’ai compris la juste place de Marie.
Merci chère Petite Thérèse, avec toi les petits et les pauvres peuvent psalmodier comme le psalmiste : « Même la nuit, mon cœur m’avertit. » (Ps 16, 7)




