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Du bon en moi

(Auteur : Jean-Jacques Henry - Parution F&L n° 231 de Septembre 2004)

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À la maison, nous étions douze enfants. Mon père, alcoolique, nous frappait. Quand j’avais neuf ans, il m’a laissé quatre jours dans le coma parce que je défendais ma mère. Comme il buvait tout l’argent du foyer, à treize ans j’ai dû arrêter l’école pour ramener des sous à la maison. Je donnais mon salaire à ma mère qui le plaçait dans une épicerie pour ne pas que mon père le trouve, sinon c’étaient encore des bagarres. De mon côté, je n’avais pas d’argent de poche pour sortir avec les copains, alors pour m’en faire je commettais des petits larcins.Assez vite, je suis passé à l’étape supérieure. J’ai commencé à braquer des banques. Au troisième braquage, je me suis fait prendre, et j’ai été condamné à dix ans de prison. J’avais dix-sept ans et demi. Au bout de sept ans, j’ai été relâché : Maintenant, tu es libre. J’étais seul, sans famille, en fait j’étais libre de retourner en prison !…Je me suis marié civilement, j’ai eu une fille. En prison, lieu du vice, de la haine et du mensonge, j’avais appris à me faire des sous très vite ! Je n’avais que cela pour gagner de l’argent, et c’est comme ça que je me suis retrouvé à nouveau en prison, que mon mariage a échoué, et que j’ai commencé à faire la route. C’était en 1978. Je passais la moitié de mon temps avec les routards, et l’autre moitié avec la pègre. J’ai encore fait sept ans de prison au total, en sept ou huit fois.En 1992, j’ai rencontré une fille qui cheminait avec la Communauté de l’Emmanuel. Elle était assistante sociale, elle s’appelait Marie-France. Elle essayait vraiment de m’aider à m’en sortir, car elle voyait du bon en moi, et que je pouvais changer. À ce moment-là, moi, j’étais un fou ! J’étais alcoolique, je volais, je mentais… Elle a fait prier toute sa communauté, et elle espérait toujours. On a essayé de cheminer ensemble, mais ça n’aboutissait pas.En 1994, j’ai été invité à un pélé avec les Béatitudes à Lourdes. Je connaissais bien Lourdes, car je fréquentais toute la pègre là-bas ; j’y allais pour me faire de l’argent. Et là, dans ce pélé, j’ai vu beaucoup d’amour, pour la première fois de ma vie, alors que je n’en avais vu ni dans ma famille, ni en prison ! Un soir, il y a eu une parole de connaissance : Il y a ici une personne mal dans sa peau, qui a fait beaucoup d’années de prison, et le Seigneur veut la guérir. Le lendemain, j’ai parlé avec le prédicateur, qui m’a invité à témoigner.La journée fut très mauvaise. Je ne me sentais plus bien dans le pélé. Le soir, je suis allé à la Grotte. Je ne savais pas prier. J’ai seulement levé les yeux vers Marie. Et puis ce fut le trou noir. Je ne sais pas comment, je me suis retrouvé dans la Basilique.La soirée a commencé : chants, prières, danses d’Israël. C’était beau, gai, je ne connaissais pas la religion sous cet aspect-là ! Et puis le prédicateur m’a appelé : Jean-Jacques, le Seigneur veut te guérir. Il m’a demandé de venir sur le podium, m’a donné le micro et m’a posé une question sur ma vie. J’étais incapable de parler, ça ne sortait pas, je tremblais. Alors les frères et sœurs ont posé la main sur mon épaule et ont prié. Après cela, j’ai raconté toute ma vie au micro ; et j’ai vu que personne ne m’en voulait ! Cela m’ôtait ma raison de vivre, car j’avais toujours été dans la haine, je fonctionnais dans cette logique : Je suis celui qui vous vole, je suis un taulard et donc vous m’en voulez ! Et là, c’était fini !Le lendemain, j’ai vu que le vin ne me faisait plus envie. Je n’ai jamais plus touché une goutte d’alcool depuis.J’ai aussi pris conscience que j’avais fait souffrir Marie-France.

J’ai décidé d’aller la voir pour lui dire que dorénavant j’allais lui foutre la paix, qu’elle ne me verrait plus. Je ne savais pas encore demander pardon. À mon retour donc, je lui racontai que j’étais allé à Lourdes. Au début, elle ne m’a pas cru, je vivais tellement dans le mensonge ! Mais elle a vu quand même que quelque chose en moi avait changé. Je lui ai dit que je partais, et elle a répondu : Tu restes.Nous nous sommes mariés en 1995. J’ai fait alors la connaissance de Jacques et Geneviève, qui venaient d’ouvrir la Péniche : un lieu d’accueil pour des personnes sortant de prison. J’ai travaillé avec eux pendant quatre ans et demi. Cela m’a beaucoup structuré : je me donnais pour les autres, et je voyais qu’en me donnant, je recevais. Puis, la Péniche a fermé ; j’ai alors trouvé un travail chez les Orphelins Apprentis d’Auteuil. Les jeunes rencontrés là-bas m’ont beaucoup formé. Au bout d’un temps, j’ai compris que là n’était plus ma place. Pendant trois semaines, je ne dormais plus : Seigneur, qu’est-ce que tu veux ? Finalement, j’ai reçu dans la prière de monter un lieu de vie à la campagne pour des jeunes en difficulté. C’est ainsi qu’a démarré « La Maison Dominique Savio » en 2003, avec l’aide d’un donateur. D’autres bienfaiteurs ont suivi. Actuellement, nous accueillons huit jeunes en difficulté sociale, familiale, ou avec un problème de toxicomanie.J’y suis bénévole, et nous ne vivons que de dons. Nous n’avons pas de subventions, car nous affichons notre foi. On m’a déjà proposé d’accueillir des jeunes en me versant un prix de journée, à condition que je mette un bémol sur la religion. Or, si je n’avais pas la foi, je ne pourrais pas faire tout ça ! De plus, c’est l’argent qui m’a mis en prison, et je ne veux pas le mettre au centre !  Mais quand je sens que le Seigneur veut quelque chose, je le mets en route, et Lui me donne les moyens, même si au départ je ne sais pas comment Il va faire ! Par exemple, nous avions le projet d’emmener les jeunes à Compostelle, mais pas d’argent. Hier, j’ai dit à l’éducatrice qui travaille avec nous : On fait confiance, on réserve, et on verra. Elle a réservé, et ce matin nous est venu un don de 7500€, ce qui permet largement de tout payer ! Il ne faut pas avoir peur de demander à Dieu. Si le projet est de lui, on recevra ! Le prochain projet, c’est la chapelle. Elle doit être faite très rapidement. On n’a pas de sous, mais le Seigneur donnera !…Ici on met Dieu au centre, et les jeunes le savent quand ils arrivent. On leur parle de Dieu par notre manière de vivre. En général ils font tout pour qu’on les mette à la porte ! Ils me demandent : Comment tu fais ? Hier, je t’en ai fait voir des vertes et des pas mûres ! Ils nous voient prier en famille, ils voient ceux qui viennent nous aider, et que si quelque chose ne va pas, on le vit dans la prière. Peu à peu, ils s’approchent. Ce n’est pas par des discours qu’on va leur donner Dieu !Anthony, avant de venir ici, ne connaissait pas le Seigneur. Il allait à des messes noires. Il a tout fait pour que je ne l’accueille pas ; mais pendant qu’il me parlait, une petite voix en moi me disait : Il faut que tu le prennes. Maintenant il commence à aller à la messe, il y est allé exprès pour moi quand je suis tombé malade. Il a été reçu premier à ses examens, et sa petite amie l’emmène à l’église.Il y a un autre jeune qui a toute la « caisse à outils », car il a eu une éducation religieuse. ; je l’aide à « sortir ses outils ». Il me dit : Je sais que Dieu existe, mais je ne sais pas comment il agit. Je lui réponds : Il t’a mis ici ; Il te montre que tu dois me demander un travail dur pour ne pas penser à la drogue. Et la question que tu m’as posée, là, je ne m’y attendais pas : c’est l’ Esprit Saint qui me montre comment je dois répondre.À la Péniche, on remettait tout au pied de la Croix : Seigneur, je veux bien faire ce que tu veux, mais donne-moi la force et les moyens de le faire. Je ne suis pas plus fort qu’un autre ! Aujourd’hui je sais que je dois prendre régulièrement un temps de ressourcement dans le Seigneur pour reprendre des forces et pouvoir à nouveau donner.

 

 

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