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« Dieu ne m’a pas faite ainsi ! »

(Auteurs : Propos recueillis par Fabienne Lacoste - Parution F&L n° 281 de Mars 2009)

J’étais âgée de onze ou douze ans quand je me suis aperçue que j’avais un problème : j’éprouvais des sentiments pour une fille de mon école. Cela devenait une obsession : je devais tout savoir sur elle, ce qu’elle faisait, ce qu’elle aimait. Je pensais à elle constamment, sans pouvoir m’en empêcher. Elle était davantage qu’une bonne copine, mais ne savait rien de mes sentiments. Je ne comprenais pas très bien ce qui se passait.

Je ne suis pas normale
À 16 ans, invitée à un anniversaire, je suis sortie avec un garçon, mais je ne pouvais pas poursuivre cette relation. D’abord, j’avais peur de ma mère qui ne voulait pas me partager avec qui que ce soit et surtout pas avec un mec. Je lui appartenais. Je savais que je ne pourrais plus le voir, sinon cela ferait un drame. En arrière-plan, il y avait maman. Une maman omniprésente…

Je continuais à éprouver plus de sentiments pour les filles que pour les garçons, c’était naturel pour moi. La première chose que je me suis dite, c’est : Je ne suis pas normale. Comme je ne pouvais en parler ni à la fille que j’aimais ni à personne d’autre, je vivais une totale solitude et une grande souffrance. Je ressentais des sentiments que je ne pouvais pas exprimer. Je ne comprenais pas : si l’amour était quelque chose de noble et de beau, pourquoi moi je ne pouvais ni en parler ni le vivre ? Cette souffrance était telle que je l’ai noyée dans la drogue et l’alcool. Puisque l’amour me faisait souffrir, j’ai donc décidé de ne plus aimer personne. Je me suis blindée en m’interdisant d’aimer. Rien ne passait, j’écoutais du hard, mon blouson de cuir sur le dos, je faisais tout pour construire un mur et pour que personne ne m’aime.

Psychologiquement et moralement, je préférais transformer cette souffrance psychologique en souffrance physique en m’auto-mutilant le bras avec un cutter ou une lame de rasoir. Je buvais de l’éther… Tout cela, mes parents ne s’en doutèrent pas un instant. Mes études d’horticulture justifiaient tout sparadrap.

Une relation possible
Jusqu’à 19 ans, j’ai vécu ainsi. Puis je suis arrivée dans un lycée où des filles qui étaient "homo" ou "bi" ne s’en cachaient pas. Elles avaient l’air d’être heureuses ; donc je me suis dit : Tiens, c’est peut-être possible de le faire… Là, je suis tombée amoureuse d’une fille et cela se concrétisa. Étant toutes deux internes, j’étais gagnante, elle était avec moi toute la semaine et son gars la voyait le week-end. On a vécu une relation amoureuse pendant un an et demi. On ne se cachait pas. Je me sentais délivrée d’un poids. Enfin, j’acceptais l’amour dans ma vie. Je me sentais bien, je pouvais enfin m’accepter dans ma différence. J’ai donc arrêté de me mutiler et de plonger dans la musique hard. Je restais dans un cocon d’amour avec elle… même si je ne pouvais pas vraiment construire dans le temps

J’ai changé de lycée et j’ai rompu. Je sentais que l’on ne pouvait plus avancer ainsi, elle devait choisir entre son copain et moi. Là, ce fut une catastrophe. J’étais déprimée. Puis j’ai commencé à travailler et cela m’a aidée à tenir debout. J’ai arrêté la drogue, car je ne voulais absolument pas être défoncée au boulot.

J’ai décidé de mettre le Seigneur à la première place dans ma vie. Et pendant plusieurs années, tout s’est apaisé en moi. Jusqu’au jour où une autre fille est entrée dans ma vie. Là, de nouveau, j’ai craqué. C’était une spirale de mensonges qui était terrible. On devait partir ensemble pour trois semaines de vacances. J’étais partagée : si j’y allais, je savais que je concrétiserais notre amour ; d’un autre côté, je savais que je devais mettre fin à cette relation amoureuse. J’avais conscience que cette relation était incompatible avec ma foi. Cela ne correspondait pas à mon engagement envers Dieu de le mettre à la première place. Le Seigneur, pendant tout ce temps, me faisait vivre une étape où il me révélait mon identité. J’existais non plus seulement en fonction de ce que je faisais, mais de qui j’étais.

La lumière de la vérité
Lorsque Dieu m’a conçue, je n’étais pas homosexuelle et mon grand désir était donc de devenir vraiment moi-même. Dieu est la lumière et la vérité ; là, je vivais dans un monde de mensonges avec tout le monde, tout le temps. Je le vivais ainsi, car je me mentais à moi-même en étant quelqu’un d’autre. Si quelqu’un me parlait, il voyait devant lui une femme et moi, j’étais quelqu’un d’autre, je n’avais pas de relation vraie. Soit, je devais porter le masque de celle qui s’affichait comme homosexuelle, soit je le cachais. Si le Christ est lumière et vérité, je ne pouvais pas vivre dans le mensonge.

Avant le départ, je lui ai annoncé que notre relation amoureuse s’arrêterait là. J’ai tout de suite cherché un prêtre pour me confesser. Je lui ai dit : Voilà, j’ai une relation avec une fille, j’ai vraiment envie que cela s’arrête, c’est incontrôlable. Il m’a dit : « Pense à l’heure de ta mort… » J’ai compris ; il voulait me dire : comment veux-tu que Jésus te trouve à l’heure de ta mort ? Pas comme ça ! Je suis rentrée chez moi et je me suis dit : Là, je dois être dans la vérité et je dois le dire à ceux à qui j’ai menti. Je devais faire la lumière.

La confession a vraiment été ma béquille. Dès que la moindre chose se passait, je fonçais à la confession. Un jour, je suis tombée sur un site porno et je n’ai pas résisté. Mais aussitôt, en entendant dans le Je vous salue Marie : « Et à l’heure de notre mort », j’ai demandé au prêtre qui se trouvait là de me confesser. Dans cette souffrance, souvent, je me disais : Jésus ne peut pas avoir vécu cette souffrance que vit un homosexuel, et pourtant on dit qu’il a porté et vécu toutes les souffrances… Il ne me fait pas porter de croix que je ne pourrais pas porter. Ce qui m’a le plus touchée, c’est de percevoir son amour, sa confiance et son espérance en moi. C’est comme s’il me disait dans ma prière et dans ma vie : « Voilà comment je t’ai conçue à l’origine, voilà ce que je te propose, veux-tu le devenir ? Tu es une merveille à mes yeux. »

J’ai alors décidé de me faire aider et je suis allée voir une psychologue. Pour un problème d’identité. Ce travail sur moi a permis de remettre les choses en place. L’image de l’homme que j’avais n’était pas reluisante. Mon père était assez absent, même dans les moments difficiles, il n’avait jamais pris ma défense par lâcheté. Vers six ans, en vacances chez ma tante, mon oncle m’avait forcée à le caresser. Plusieurs années après, lors d’une soirée de défonce, j’avais eu une expérience horrible. Pour moi, l’homme était soit un lâche, soit un salaud.

Saint Joseph, modèle de père
Cette psychologue m’a demandé de choisir l’image d’un homme modèle et j’ai choisi saint Joseph. Quant à la femme, elle était pour moi quelqu’un d’autoritaire, froid, provocant, vulgaire. Le modèle de femme que j’ai choisi fut Marie. On a donc beaucoup travaillé avec eux. Et mon phare dans cette nuit a été de retrouver l’identité que j’ai reçue à l’origine, quand Dieu m’a créée. C’est encore ma prière. J’avais à redevenir une petite fille, une femme, une épouse, puis une mère. Je ne devais pas sauter des étapes, mais les revivre d’une nouvelle façon.

J’apprenais aussi à retrouver confiance en moi et à ne pas considérer les autres ou le monde extérieur comme des ennemis en puissance, j’étais constamment en guerre avec tout le monde. L’homosexualité m’enfermait sur mon propre monde, ma propre identité, sans pouvoir construire.

Ce travail sur moi m’a permis de ne plus aborder les autres dans la peur. Lors d’un pèlerinage à Medjugorje, une sœur a prié pour moi, j’ai été retournée comme une crêpe et je suis tombée dans le repos de l’Esprit. Elle a eu l’image d’une petite fille recroquevillée dans son coin, les mains sur la tête. La Sainte Vierge a agi et a couronné tout ce travail. Je ne peux pas décrire exactement ce qui s’est passé, mais je vois que j’arrive à la prier, ce que je ne faisais pas auparavant. Le plus grand fruit est la liberté. Je connais ma fragilité, mais ce qui me sauve, c’est que Jésus est là, que Marie et Joseph m’enfantent. J’ai vécu une grande libération dans la vérité. Elle n’est pas finie. Je découvre encore ma féminité. Aujourd’hui, j’ai envie de rencontrer un homme et de me marier pour que l’amour qui est en moi porte du fruit. Non pas pour entrer dans une norme sociale, mais parce que tel est mon bonheur.

1 Commentaire

LYDIE a écrit le 13.02.2010 07:42 email

La conféssion c est notre pillier nous sommes tous des pécheurs ,jésus nous relève ,nous donne une beauté resplendissante ,etre en face de lui ,et lui confier nos fautes c est grandiose d autant plus que c est gratuit c est un cadeau du ciel Gloire et louange a toi SEIGNEUR JESUS MERCI MARIE REINE DE LA PAIX.

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