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De l'Alaska à Bethléem

(Auteur : Judy Galblum Pex - Parution F&L n° 229 de Juin 2004)

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Si tu cherches vraiment la vérité, un jour tu croiras en Jésus-Christ, me dit Oliver. C’était par une froide soirée d’hiver en Alaska dans mon igloo, près d’un village esquimau au nord du Cercle arctique. Je cherchais réellement la vérité et le sens de la vie, mais je m’intéressais plutôt aux philosophies orientales. Jésus était vraiment le dernier ‘‘truc’’ auquel je voulais croire. Après tout, j’étais juive.

Je suis née en 1950 dans une famille juive américaine ‘‘classique’’. Pour mes parents, non-pratiquants, être juifs était davantage une identité culturelle que religieuse. J’ai grandi entourée d’amour, nous ne manquions de rien et j’avais de bonnes notes à l’école. Pourtant, à l’âge du lycée je me posais beaucoup de questions sur le sens de ma vie : faire de bonnes études, avoir un bon travail et trouver un bon mari ne me suffisait pas.

En terminale, lors d’un concert de Jimi Hendrix, j’ai fumé mon premier joint. Je découvrais un monde complètement nouveau pour moi. Je me suis dit : Pourquoi pas ? Si je m’ouvrais plus, peut-être que je serais mieux dans ma peau. Je suis pourtant restée dans le ‘‘système’’, commençant l’année suivante mes études à l’université. J’avais soif de voyager et de voir ‘‘autre chose’’, aussi pendant les vacances d’été je suis partie en stop en Alaska avec mon petit ami.

Nous nous sommes retrouvés dans un petit village perdu au nord du Cercle arctique, et nous avons écrit à nos parents que nous ne retournerions pas à l’université. Nous avons fait la connaissance d’Oliver, installé là-bas, qui nous a appris les rudiments de survie en milieu arctique. Je le trouvais un peu bizarre, car il disait sans arrêt que c’était Dieu qui l’avait amené là. Mais il avait d’autres qualités, et je ne m’en suis pas formalisée.

L’hiver, n’ayant pas grand-chose à faire, j’en profitais pour avancer dans mes lectures et dans ma quête de la vérité. Un livre racontait l’histoire d’un Américain qui avait trouvé un gourou en Inde, qui savait tout sur lui et lisait dans ses pensées. Il disait que tous, nous avions en Inde un gourou qui nous attendait. Après trois ans en Alaska, je résolus d’aller en Inde.

Je repris donc la route, seule, et l’idée me vint d’aller en Israël. Je voulais connaître ce pays dont j’avais entendu parler étant enfant, et connaître certains membres de ma famille. Arrivée là-bas, je passai deux mois chez eux, puis je fis route vers le Sud, jusqu’à Nueiba dans le Sinaï. Cette oasis sur la Mer Rouge me semblait un paradis dans le désert. J’ai rencontré Jacob, routard lui aussi.

Dès le début, il m’a parlé de Jésus-Christ ; j’aurais de loin préféré parler yoga, gourous et autres, mais enfin il était sympathique. Il n’agissait pas comme les autres : il partageait tout ce qu’il avait. Pendant la journée, il s’asseyait au soleil pour laisser l’ombre aux autres, et le soir autour du feu, il se mettait à l’endroit le plus enfumé pour éviter à d’autres d’y aller. Et, tranquillement, il continuait à parler de la Bible et de Jésus. Cela me donna envie de lire la Bible. Je partis donc pour en trouver une.

C’était Noël, et je passai par Bethléem. Jusqu’alors, Jésus n’avait été pour moi qu’un personnage de légende. Or, en me trouvant à l’endroit où il était né 1974 ans plus tôt, je n’eus plus de doute qu’il ait réellement existé. Il était bien prophétisé au Livre de Michée que le Messie devait naître ici même à Bethléem. Mes yeux commençaient à s’ouvrir sur quelque chose de nouveau…

Dans la vieille ville, on m’indiqua ‘‘par hasard’’ un endroit où l’on donnait des Bibles gratuitement. Dans la voiture qui m’avait prise en stop se trouvait un Hollandais qui me raconta comment sa vie avait changé depuis qu’il croyait en Jésus. N’était-ce qu’une coïncidence ?

De retour à Nuebia, je me plongeai dans ma Bible. Dans l’Ancien Testament, j’appris l’histoire d’Israël, et cela me fit aimer l’État moderne d’Israël : ce n’était pas un pays récent comme les États-Unis ; son histoire remontait à plus de trois mille ans, et sa fondation reposait sur les promesses de Dieu. Il nous avait toujours été interdit de lire le Nouveau Testament, ce qui aiguisait ma curiosité. Je croyais que c’était un livre antisémite. Or, dès le premier verset, je lus : « Livre de la genèse de Jésus-Christ, fils de David, fils d’Abraham. » (Mt 1, 1).

L’auteur connaissait donc bien l’Ancien Testament, et s’adressait à des gens comme lui. Ceux qui suivaient Jésus étaient tous juifs ; le petit peuple marchait à sa suite et l’aimait. Jésus était plein de bonté et d’amour, en particulier pour les exclus, les pauvres, ceux qui n’intéressaient personne. Je me demandais : Mais pourquoi les juifs de son temps ne l’ont-ils pas accepté ? Je compris que c’étaient les chefs religieux qui l’avaient rejeté, car il représentait une menace pour leur pouvoir. Ses paroles : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous donnerai le repos » me rejoignaient profondément. J’étais lasse de la vie que je menais.

Un jour, Jacob me demanda : Alors, maintenant, est-ce que tu crois en Jésus ? Cette question m’a frappée en plein cœur. D’un côté, j’étais juive, et nous ne croyions pas en Jésus. Que diraient mes parents ? D’un autre côté, je ne pouvais pas nier ce que j’avais lu et appris sur Lui. Jésus était différent de toutes les personnes que j’avais rencontrées ou dont on m’avait parlé. Il y avait encore beaucoup de choses que je ne comprenais pas, mais je sus à ce moment-là que ma réponse à Jacob ne pouvait être que « Oui, je crois en Jésus et je veux le suivre ». Je ne pensais plus à aller en Inde. Je ne cherchais plus de gourou. J’avais trouvé Quelqu’un qui m’aimait, qui me comprenait malgré tous mes défauts, et qui me pardonnait.

Depuis que je lisais la Bible j’avais beaucoup changé. La marijuana ne me tentait plus du tout. Je disais la vérité simplement, même si elle ne m’arrangeait pas, plutôt que de m’enliser dans le mensonge. Je repris des contacts plus réguliers avec mes parents, que j’avais blessés par mes longs silences pendant mes voyages.

Entre temps, dans un groupe biblique auquel je participais, j’avais retrouvé John, celui avec qui j’avais été prise en stop, et qui m’avait parlé de Jésus. Neuf mois après notre rencontre, nous nous sommes mariés aux États-Unis. Mes parents, au départ très opposés à ma nouvelle foi, ne pouvaient cependant pas nier que j’avais changé en bien. Nous avons vécu un an aux États-Unis, puis en 1976 nous sommes retournés en Israël, à Eylat, car notre vie était là, au lieu même où nous avions rencontré Jésus.

Dieu nous a bénis de quatre enfants. Nous avons ouvert une auberge de jeunesse appelée The Shelter (‘‘l’abri’’) : ayant fait la route, nous avions sur le cœur de créer un lieu où les voyageurs pourraient trouver un repos aussi bien physique que spirituel. Nos hôtes viennent de tous les pays ; certains s’arrêtent juste pour la nuit, d’autres restent deux ans ou plus. C’est là notre mode de vie aussi bien que notre gagne-pain. Quelle joie de rencontrer tant de personnes différentes et de les aider d’une manière ou d’une autre !

À Eylat également s’est formée une communauté de juifs messianiques, où juifs et non-juifs reconnaissent simplement Jésus comme le Messie. Ce qui nous fait vivre, c’est « Aime Dieu et aime ton prochain comme toi-même ». Avant ma conversion, je pensais que si je m’arrêtais de voyager pour me fixer sur une seule croyance, je m’ennuierais et je deviendrais étroite d’esprit. Mais c’est exactement le contraire. Je n’aurais jamais imaginé une vie si pleine, si intéressante, et j’attends de voir ce que me réserve l’avenir !

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