Bernadette, la femme de ma vie
(Auteur : Propos recueillis par F. Lacoste - Parution F&L n° 246 de Janvier 2006)
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Tout petit, Patrick a eu le “coup de foudre” pour sainte Bernadette ; et même si elle n’a pas pu devenir sa fiancée “ pour de vrai ”, elle lui a donné ce qu’elle avait de meilleur : Jésus, qui aime tant les pauvres…
Je passais devant le tribunal et j’en ai pris pour six mois de prison dont quatre avec remise de peine, après quinze ans de bêtises. Une fois sorti de prison, je m’y suis remis avec mes copains : vols, casser les feux, prostitution… L’avocat m’a dit : Tu vas prendre plus d’un an ferme et six mois avec sursis. J’avais vingt-deux ans. Je ne voulais plus faire de prison. Non. J’avais entendu dire par l’abbé Pierre : « Si tu vas à l’Église, Dieu t’aidera. » Pour Noël, le Secours Catholique invitait au repas des sans-abri si on allait à la messe. Oh ça va pas durer longtemps, j’y vais. Toi là-haut, si tu fais des miracles, fais que je n’aille plus en prison. Si tu existes, tu peux le faire. Si tu me fais enlever ma peine et mon amende, je te promets, je te donnerai ma vie. J’ai essayé de me placer pour avoir une couverture et montrer que je voulais m’en sortir.
La femme de ma vie
Le Secours Catholique, je le connaissais bien. Papa buvait et on vivait dans la misère. On était aidés là-bas. Petit, j’étais allé au pèlerinage à Lourdes avec le Secours Catholique. On m’avait parlé de Bernadette. J’avais vu une photo d’elle et je me suis dit : Voilà la femme de ma vie ! Elle était comme moi, pauvre, illettrée… Si je la rencontre à Lourdes, je ferai tout pour la connaître. Arrivé à Lourdes, j’ai eu un choc : elle était morte, c’était une sainte. J’ai pleuré pendant trois jours. J’étais trop déçu ; j’avais 11 ans.
À l’église à côté du foyer, j’allais à la messe et il y avait Bernadette. Oh quelle était belle ! Mon avocat n’était pas du tout croyant. Il me disait : Si tu as confiance en ça, ça marchera pas. Je suis passé au tribunal le jour de mon anniversaire, le 15 janvier. Bernadette aussi était née en janvier et je lui disais : Oh Bernadette, tout ce que tu veux, mais pas la prison. Entouré de deux flics, j’avais peur. Seigneur, c’est promis, si je suis libre, je te suivrai. Monsieur Monceau Patrick à la barre. « Suite à votre démarche vers le Secours Catholique et Emmaüs… » J’ai eu cinq ans de prison avec sursis !
Je suis rentré dans ma chambre du foyer et j’ai arrosé ça. J’étais un peu saoûl. Dans la nuit, j’ai entendu dire : « Rappelle-toi ta parole » et je me suis réveillé. J’avais chaud. Je me suis dit : C’est quoi ça ? Plusieurs mois plus tard, encore pareil : « Rappelle toi ta promesse ». Le lendemain, j’étais pas bien. Je vais voir le Secours Catholique et leur raconte ce qui se passe. N’est-ce pas en lien avec ta promesse de suivre Jésus si tu n’allais pas en prison ? Comment je fais, alors ? - C’est pas compliqué, on va repartir à Lourdes devant ta petite fiancée, tu auras ta réponse. Bernadette, Marie et Jésus t’attendent là-bas.
Pas de questions
Je suis allé à Lourdes et suis resté six mois chez les sœurs de saint Vincent de Paul. Elles faisaient tout pour me faire rencontrer une Communauté. Un soir à Lourdes, il y avait une sœur qui dansait. Je disais : C’est bien, ça, c’est quoi ? - C’est le renouveau charismatique. Un jour, la sœur m’a demandé de me préparer. Elle me donne un beau pantalon, une chemise bien belle pour rencontrer une Communauté. Je connaissais cet endroit. J’avais emmené un copain clochard dans ce lieu vingt ans auparavant. J’y suis allé et je suis resté. Voilà l’accueil que je cherchais. On ne me posait pas de questions...
Pendant trois semaines, je regardais les sœurs de la Communauté des Béatitudes. Tu es là pour remettre ta vie au Seigneur. - Il va falloir que vous m’appreniez. - Laisse-toi guider et tu verras bien. L’adoration ? Tu rentres, tu te prosternes, tu dis bonjour. Tu remets tout ce qu’il y a de sale dans ton cœur et c’est tout. Après tu ne parles plus, tu laisses agir. J’y vais et un quart d’heure après j’en avais marre. J’ai rien ressenti, j’en voyais qui dormaient. Pas mal, je gagnerai une heure pour me reposer. Puis, je suis resté vingt-cinq minutes. Au bout d’un mois, je restais une heure.
J’ai grandi dans l’amour
Plus je regardais l’hostie, plus je savais que tout ce que je portais de mal partait ; les souvenirs douloureux de mon enfance, de la prostitution. À l’adoration, j’étais bien comme nulle part ailleurs. Seigneur je commence à te suivre mais ne m’en demande pas trop. OK, je donne trois semaines, je ferai adoration, les offices, mais j’aimerais bien que tu me réveilles pour les matines la nuit, sinon, Bernadette, cela veut dire que je ne suis pas fait pour cette communauté.
Mardi arrive, on annonce les matines à 2h du matin. J’angoissais un peu disant au Seigneur Bon, c’est pas grave si je ne suis pas fait pour ça. Je me suis réveillé à une heure et demie. J’ai dit merci au Seigneur. Toute la nuit je suis resté dans cette chapelle. J’ai compris que je pourrais grandir avec le Seigneur.
Là, j’ai redécouvert l’amour d’une famille, l’amour d’un père, d’une mère dans l’adoration. Je me remettais dans la présence du Père, je me mettais comme un tout-petit dans ses bras, pareil pour Marie. Je ressentais cette chaleur mais aussi je pouvais la retrouver pendant les vêpres et même en travaillant. Moi, j’avais de la veine car je travaillais dans le parc et Bernadette était là. Il y avait une super belle chapelle éclairée la nuit avec une superbe cascade d’eau. Je nettoyais le lieu et lui parlais : Oh, celui-là commence à m’énerver… Je lui racontais mes petites histoires et là j’ai grandi dans l’amour…
Avec maman et mes frères, quand j’avais seize ans, on s’est fâchés à mort. Comme j’étais mineur, la police allait dire à maman ce que je faisais. Moi, je traînais dans les gares. Mon frère qui travaillait à la SNCF me voyait tous les jours. Il me crachait dessus… Je ne parlais plus avec personne. Un jour, dans ma prière, j’entendais toujours « demander pardon ». Je voulais dire à maman que j’étais à la communauté. Aux renseignements, j’ai eu son numéro et j’ai téléphoné. Elle a raccroché. Je recommençais et pareil, elle raccrochait.
Le plus beau cadeau
La première fois que je suis allé à Lisieux, il fallait demander des grâces de Thérèse en lui écrivant une lettre. Moi, je la priais pas trop : ma copine, c’était Bernadette. J’ai écrit ma lettre sachant que Thérèse arriverait à lire mon écriture, T’en fais pas, si tu ne sais pas lire, demande à Bernadette, elle sait lire le patois ! Dans la lettre, j’ai dit que je voudrais reparler à maman. J’ai aussi écrit à maman. Je lui disais : « Sache que je vis à la communauté des Béatitudes depuis sept ans. Quand je téléphone, tu raccroches, quand je t’écris, tu réponds pas. Je voudrais que tu me répondes et que tu me dises si tu acceptes que je passe te voir pendant mes vacances. Signé : ton petit Patrick qui t’aime. » Bon, je me suis dit, c’est bien beau mais si dans un mois, je n’ai pas de réponse de maman… Après un mois, j’ai reçu une lettre de maman. Elle m’a dit : « Je ne suis pas prête à te recevoir à la maison, tes frères ne veulent pas te voir… mais tu peux m’appeler. Signé : ta maman qui pense à toi. »
J’étais si heureux ! Je lui ai téléphoné pendant une heure. Le coup de téléphone le plus merveilleux de ma vie. Trois mois plus tard, je passais des vacances chez elle. Mon frère ne me disait pas bonjour mais ce n’était pas grave. Je suis resté trois semaines. On est allés sur la tombe de mon grand-père. J’ai pris la main de maman et je lui ai demandé pardon et elle aussi m’a demandé pardon. C’était très fort car la souffrance est partie et je me suis retrouvé avec un cœur léger et maman aussi et depuis, elle va mieux. Tout ce que l’on portait de sale disparaissait. C’était le plus beau cadeau de ma vie.
Maman comprend ce que je veux vivre, mes frères aussi. On est redevenus une famille soudée. On peut manger ensemble. Moi je ne parle pas du Seigneur, c’est tabou. Quand j’arrive, maintenant elle me dit : Mais tu peux mettre ta croix hein ! Ça va gêner personne de la commune ! Elle voit que je suis devenu un homme et que le Seigneur m’a sauvé !




