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Avant de prendre la parole, Erwin s’installe tranquillement sur sa chaise en me fixant des yeux. Il cache, sous une mine “bonhomme”, beaucoup de tendresse… et d’à-propos ! Il commence par me dire qu’il habite dans une “chambre de bonne” et qu’il a juste un coin pour réchauffer une boîte de conserve. Puis il éclate de rire en me confiant : J’habite sous les toits, mais je ne fais pas les sept étages à pied ! L’ascenseur s’arrête au sixième ! Cet homme de soixante-huit ans est un personnage, même s’il se sent lui-même de plus en plus comme nu. Il possède, c’est vrai, une âme toute franciscaine et un doux penchant pour les plus petits. Chapelet à la main, il me révèle un peu de sa vie, en oscillant entre humour et gravité. Il me raconte, de sa voix caverneuse, sa jeunesse parisienne, l’école de commerce de Londres, sa vie de directeur commercial dans le sud-ouest de la France à Cognac, l’Algérie… puis le “grand tournant” quand il entre, en 1985, chez les Compagnons d’Emmaüs, jusqu’en 2003. Cet homme, dans sa simplicité, sa générosité, son esprit de service, n’y paraît peut-être pas, mais la vivacité de son regard, un regard parfois joueur, révèle son intelligence et sa sensibilité. C’est un passionné de littérature, d’histoire… Il parle l’anglais, l’allemand… Je suis un “pique à tout” ! me dit-il en souriant. Ça a ses qualités et ses défauts ! Erwin se sait dans la main du bon Dieu, même s’il a vécu la souffrance et l’épreuve. Mais, dit-il, je n’ai pas le droit ni l’envie de me plaindre. Erwin aurait plutôt une grande conscience de son indignité et se sent rejoint par Le chemin de l’imperfection, ce si beau livre du Père André Daigneault sur la sainteté des pauvres que nous sommes. Dieu est amour, il n’est qu’amour et j'aime cet hymne à l'amour de saint Paul, déclare Erwin avec pourtant une pointe d’inquiétude dans la voix. Mais, poursuit-il, je dois me pardonner ! Tout en serrant la croix qu’il porte à son cou, il m’avoue une grande admiration pour deux femmes, sa grand-mère un peu janséniste, mais d’une foi si sûre, et sa tante avec son caractère exceptionnel, d’indépendance, de générosité, qui m’appelait : “Mon p’tit chat” ! Deux moments privilégiés pour Erwin : la “petite élévation” à la Messe (par Lui, avec Lui et en Lui...) et ce passage du Notre Père : « Que ton Règne vienne » !..



