Odile est assise dans son fauteuil et m’accueille avec un sourire plein de joie et de bonté. Il émane de cette petite femme impeccablement mise une beauté et une dignité toutes de douceur. Hier, une petite touche de rouge à lèvres est venue agrémenter sa tenue alors qu’elle sortait pour aller chez le coiffeur : Dites, vous ne voudriez quand même pas que je ressemble à une vieille de cent ans ! Pleine de vie, d’humour et d’espièglerie, elle craint que cette rubrique “portrait” ne la représente comme une sainte à mettre dans une niche ! Vous savez, je n’ai jamais été parfaite et je ne le serai jamais ! J’ai été très égoïste, trop gâtée par mes oncles et tantes et mes grands-parents !
Je me suis mariée avec un homme d’une famille bien plus modeste que la mienne mais qui avait un cœur extraordinaire. Il était éminemment spirituel, et il m’a tant fait rire !… J’ai été très gâtée… Le plus beau cadeau de ma vie, ce sont mes enfants. J’en ai eu six, sans respirer ! Mon mari était plus âgé que moi, alors on s’est dit : « Il faut se dépêcher ! »
Un cadeau qui ne s’est pourtant pas vécu sans heurts : les mauvaises fréquentations, la recherche du spirituel dans la divination et la tentation du suicide, l’échec scolaire, la maladie psychique, l’exclusion liée à une malformation congénitale, rien ne semble avoir épargné la famille. Ce n’est pas en vain qu’un prêtre ami dira à son successeur : Occupe-toi bien de ces petits-là ! Ils sont toujours au bord du trou et la Sainte Vierge les retient par les cheveux ! Odile reconnaît que Celui qui l’a le plus gâtée, c’est le Seigneur ! Sa vie de foi a commencé dès quatorze ans, grâce à l’école de religieuses qu’elle fréquentait et à un père spirituel qui m’a vraiment fait découvrir le Saint-Esprit.
Aujourd’hui, alors que chacun de ses enfants a évité le pire, elle témoigne qu’elle doit tout à la miséricorde de Dieu : Je le remercie tous les jours ! Je voulais toujours avoir raison ; j’ai été très maladroite avec une de mes filles. Mais le Seigneur a été plus que miséricordieux : il a été prévenant !
Son désir ? Finir ses jours dans la maison du Seigneur. Pour Odile, il est évident que Ses bontés ne sont pas épuisées : Je continue d’être très gâtée !
Elle me raccompagne à la porte et j’emporte avec moi son sourire lumineux qui emplissait la pièce comme une bouffée d’air frais. Oui, si c’est pour me laisser remplir du Seigneur de cette façon, vieillir ne me fait pas peur, bien au contraire !…



