Un sourire épanoui et une main chaleureuse nous accueillent. Cet homme, sans aucun signe distinctif si ce n’est la bonté qui se lit sur son visage, n’est autre que le père Francisco Pereira Crespo, fondateur et directeur de ce complexe social ultra-moderne érigé en plein quartier pauvre, à la périphérie de Lisbonne.
Par sa grande taille, la rondeur de sa physionomie, son regard à la fois bienveillant et malicieux, son silence et sa qualité d’écoute, il émane de cet homme une présence, une paternité rassurantes. Comment oublier ce jour où, venue à l’improviste, je le croise alors qu’il part pour une réunion à l’autre bout du diocèse ? Il m’accueille pourtant comme si j’étais la personne qui compte le plus au monde. Sa simplicité, sa modestie et sa gentillesse font oublier ses fonctions haut placées auprès de l’archevêque et même au niveau national.
« La charité est évangélisatrice. » Ces paroles de saint Vincent de Paul, patron de sa paroisse, le père Crespo les a faites siennes lorsqu’il est arrivé dans ce quartier, alors bidonville, il y a vingt-cinq ans. Avant d’y reconstruire la maison du Christ qui est l’église, j’ai voulu servir le Christ lui-même en la personne des pauvres. Accueilli avec des jets de pierres et des insultes par une population très marquée par le communisme, son audace, sa bonté et sa persévérance auront raison des hostilités. Bientôt, une nouvelle église sera érigée au cœur de ce quartier.
Homme entier, il mettra tout en œuvre pour rester fidèle au troupeau qui lui a été confié : envoyé pour six ans par sa congrégation, il demandera son incardination sur le diocèse afin de pouvoir rester à long terme. Il s’occupera des personnes âgées délaissées, des enfants et des jeunes livrés à eux-mêmes pendant que leur maman seule est au travail. Véritable homme d’affaires du Bon Dieu, il remuera Ciel et terre pour obtenir des fonds auprès de milieux plus riches.
Aujourd’hui, si son quartier peut s’enorgueillir de compter l’un des meilleurs centres sociaux de tout le Portugal, il s’attache à former spirituellement ceux qui y travaillent afin que tout soit vécu dans un esprit véritablement évangélique. À cause du manque de prêtres, sa paroisse s’étend géographiquement ; le diocèse lui propose de plus en plus de responsabilités…
Pourtant, le sourire et la paix dont il ne se départit jamais laissent deviner en lui l’homme de prière… « Ainsi, tous vous reconnaîtront pour mes disciples : à l’amour que vous aurez les uns pour les autres » (Jn 13, 35).



